Le bonheur n'est pas dans une loterie

L'auteur s'interroge sur la vraie nature du bonheur,... (123RF, Ivan Smuk)

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L'auteur s'interroge sur la vraie nature du bonheur, «que nous avons trop souvent tendance à confondre avec le plaisir, comme s'il suffisait finalement de s'amuser ou de se distraire pour être heureux».

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(Québec) Dernièrement, la loterie a fait de nombreux gagnants dans notre région. Il y a quelques jours encore, nous apprenions que 27 employés du Service de la trésorerie et de l'évaluation municipale de la Ville de Saguenay devront se partager un gros lot de 23 M$. Cet heureux événement fait notamment suite au gros lot de 60 M$ qu'un couple de Chicoutimi avait remporté en février dernier. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette déferlante de «nouveaux millionnaires» dans la région risque de faire l'objet de bien des convoitises. Qui, en effet, n'a jamais rêvé d'être riche? Et pourtant, en de telles circonstances, il s'en trouve toujours pour dire, comme le veut le vieil adage, que l'argent ne fait pas le bonheur.

Que penser d'une telle affirmation? Est-ce de l'hypocrisie? De la jalousie? Un mélange des deux? Ou bien y aurait-il un fond de vérité dans ce fameux adage? Personnellement, je penche davantage pour cette dernière option, bien qu'il me faille admettre que ce genre de propos ne manque pas d'ironie à une époque de consumérisme exacerbée comme la nôtre. En fait, j'aurais presque envie de dire que c'est à la fois vrai et faux, dans la mesure où il me semble que l'argent constitue une condition nécessaire, mais non suffisante du bonheur. 

Qu'est-ce à dire? D'abord, que pour être heureux, nous avons nécessairement besoin d'un minimum d'argent, ne serait-ce que pour subvenir à certains de nos besoins vitaux comme manger, boire et se soigner! Mais aussi que l'argent ne suffit pas, car il existe bien d'autres besoins humains fondamentaux qui ne peuvent être comblés par aucun bien ou service que nous pourrions nous procurer avec de l'argent (l'amour, par exemple). Mais tout cela nous amène aussi forcément à nous questionner sur la vraie nature du bonheur, que nous avons trop souvent tendance à confondre avec le plaisir, comme s'il suffisait finalement de s'amuser ou de se distraire pour être heureux. 

Le bonheur, le vrai, n'a pourtant rien de frivole et exige tout un travail sur soi. Et si le plaisir constitue de fait un état de contentement passager engendré par la satisfaction d'un besoin ou d'un désir en particulier, le bonheur se caractérise quant à lui par un état de satisfaction générale dont les principales composantes sont la stabilité et la durabilité. Autrement dit, le bonheur est une fin en soi (notre «souverain bien», comme disaient les Anciens) alors que le plaisir n'est qu'un moyen parmi tant d'autres dont nous faisons usage pour tenter de parvenir au bonheur.

Pour ma part, je crois qu'il en est de même pour l'argent que pour le plaisir, c'est-à-dire qu'il ne s'agit que d'un moyen et non d'une fin. 

Ainsi, si je soutiens effectivement l'idée que l'argent ne fait pas le bonheur, je ne pense pas pour autant qu'il soit inutile au bonheur, et encore moins qu'il lui serait nuisible. En fait, j'aurais plutôt tendance à dire que l'argent agit un peu comme un catalyseur, c'est-à-dire qu'il peut accroître le bonheur de ceux qui y sont déjà disposés, mais en revanche accroître le malheur de ceux qui ne le sont pas. D'ailleurs, pour revenir spécifiquement sur le sujet des jeux de loterie, il est assez triste de constater que bien des gens qui s'adonnent à ce «loisir» sont issus de milieux socioéconomiques défavorisés et que ces derniers tendent le plus souvent à voir en l'argent une sorte de «recette miracle» à leurs problèmes. Or, la réalité est souvent toute autre, comme nous l'a démontré le tristement célèbre cas de la famille Lavigueur.

Finalement, l'intérêt de ce vieil adage voulant que l'argent ne fasse pas le bonheur réside probablement dans le fait qu'il nous pousse à réfléchir sur notre propre rapport (complexe, il va sans dire) à l'argent ainsi qu'à l'essence même de ce que constitue le bonheur. Car bien que nous puissions prétendre rejeter le «dieu argent» (j'emprunte cette expression au pape François), il n'en demeure pas moins difficile de nier la part de convoitise que suscite la richesse un peu partout autour de nous... et en nous. Comme quoi la cupidité peut être un bien vilain défaut, surtout lorsqu'elle tend à nous donner l'illusion que le bonheur pourrait peut-être nous tomber dessus par hasard.

Sébastien Lévesque, professeur de philosophie, Cégep de Jonquière




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