Il nous manque deux planètes

L'humanité vit depuis le 2 août, sur des ressources... (AP, Gerald Herbert)

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L'humanité vit depuis le 2 août, sur des ressources empruntées aux années et aux générations subséquentes, selon l'organisme Global Footprint Network.

AP, Gerald Herbert

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<p>Gilles Gagné</p>
Gilles Gagné

Collaboration spéciale

Le Soleil

Le rappel de l'organisme Global Footprint Network, à l'effet que l'humanité vit, depuis le 2 août, sur des ressources empruntées aux années et aux générations subséquentes, rejoint directement les propos tenus récemment en Gaspésie par le scientifique David Suzuki.

S'il y a un aspect qui distingue ce généticien et documentariste, c'est sa capacité, malgré l'immensité de son savoir, de résumer des situations complexes en mots de tous les jours, accessibles pour une grande partie de la population.

Bien des gens sont rébarbatifs à l'idée de lire des textes scientifiques. Il est vrai que ces textes peuvent agir comme repoussoirs, quand ils sont trop techniques, ou lorsqu'ils ne sont pas bien vulgarisés.

Étant donné l'importance que revêt la science dans la compréhension de ce qu'il est permis d'appeler «l'un des enjeux mondiaux de l'heure», la protection de l'environnement, cette présence de M. Suzuki à New Richmond a permis à plus de 500 personnes de mieux comprendre l'urgence de la situation. Au moment où une partie de la banquise de l'Antarctique se détache, une surface assez grande qu'il faudra modifier les cartes, une réflexion s'impose.

L'un des concepts les plus probants qu'il a démystifiés consiste à comprendre l'importance des effets exponentiels des changements climatiques sur notre vie de tous les jours. Ces changements découlent en grande partie de l'utilisation des ressources pour satisfaire notre surconsommation.

Le mot «exponentiel» peut constituer l'un de ces thèmes rébarbatifs faisant détourner les esprits vers autre chose que l'environnement. Pourtant, l'exemple du généticien canadien est simple à comprendre.

S'il y a deux bactéries dans une éprouvette, et que ces deux bactéries n'occupent que 3 % de l'espace ambiant, elles sont sous l'impression qu'il reste amplement de place pour se reproduire, puisque 97 % de l'éprouvette est libre. Une fois reproduites, en supposant qu'elles se divisent par le centre pour procréer et qu'elles ont besoin d'un an pour le faire, les bactéries occuperont 6 % de l'espace de l'éprouvette.

En continuant de se reproduire, elles occuperont 12 % de l'espace l'année suivante, puis 24 % la troisième année, 48 % la quatrième, et 96 % la cinquième. Où prendront-elles la nourriture pour continuer cette croissance, considérant qu'elles sont confinées à l'éprouvette?

C'est ainsi que David Suzuki présente la situation de la terre. Collectivement, nous n'avons pas compris comment fonctionne l'effet exponentiel sur la planète et ses ressources limitées de notre présent parcours de consommation. Le Global Footprint Network établit que nous avons présentement besoin de 1,7 planète. Au rythme actuel, nous aurons bientôt besoin de trois planètes pour satisfaire les besoins des humains. Mais nous n'avons pas trois planètes.

La difficulté de comprendre ces concepts vient notamment du fait que nous ne voyons pas l'impact négatif de nos habitudes individuelles de vie sur l'environnement, pas plus que nous voyons l'effet positif des changements favorables que nous pourrions chacun et chacune adopter, en coupant notamment en deux ou en quatre l'utilisation de nos voitures.

Nous nous dirigeons néanmoins dans le mur, en refusant de dissiper le banc de brume qui bloque la vue. Cette brume illustre notre ignorance et l'inconfort, bien relatif, découlant des changements souhaitables des habitudes de consommation. Restons confortables maintenant, devant l'incertitude caractérisant l'inconfort de demain!

Dans certaines langues autochtones, le mot «déchet» n'existe pas, parce que tout était réutilisé. Il est en partie là, le message de David Suzuki, dans cette nécessité de réfléchir sur les façons dont certains peuples, dont des membres des Premières Nations, ont réussi à se rendre jusqu'à nos jours, en l'absence prolongée du rythme de consommation caractérisant le monde industrialisé.

Cette réflexion doit s'accompagner d'actions. La reprise du contact avec la nature, considérant que l'enfant moyen passe six minutes par jour dehors et six heures devant un écran, semble couler de source ici.




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