Le français, pour ouvrir les portes du monde

Malgré la présence - surprenante - de l'anglais... (AFP, Sia Kambou)

Agrandir

Malgré la présence - surprenante - de l'anglais aux plus récents Jeux de la Francophonie, il faut souligner que la langue française est un précieux outil de rencontre.

AFP, Sia Kambou

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
Le Soleil

(Québec) Il est difficile de critiquer l'anglais, qui a la prétention d'ouvrir toutes les portes. Or les 8e Jeux de la Francophonie qui viennent de se terminer en Côte d'Ivoire nous amènent malgré nous sur ce terrain. Il fut difficile, en effet, de ne pas tiquer devant ces participants de la délégation canadienne qui le privilégiaient sur le village des Jeux, à Abidjan. Mais ils n'étaient pas les seuls.

Il faut passer rapidement sur la stupéfaction qui nous est venue devant cette situation, sous peine de n'en pas bien saisir la portée. Membre de la Francophonie, le Canada, par exemple, était de toute façon libre de choisir des candidats qui ne parlent pas le français, même pour des Jeux qui ont cette langue pour point de ralliement. 

Il faut également laisser de côté l'orgueil. Le Québec a beau avoir un siège à l'OIF, aux Jeux, quand il fait son entrée au stade, il le fait encore à la lettre C. Laisser de côté, finalement, une sensibilité québécoise qui, dans une année d'intense pavoisement, se trouve pour seul horizon les couleurs canadiennes. Sans ce pas de côté, on raterait une occasion d'interroger la situation, à même de nous rendre sensible ce qu'il peut en être profondément de la francophonie. 

Pas que le Canada 

De toute façon, cette présence anglophone est la même qui se lisait sur ces quelques costumes de délégation affichant par exemple Lebanon, la même qui a suscité les interrogations aux récents Jeux de la Francophonie canadienne à Moncton. La même qui, finalement, sur le plan politique, s'est installée dans les relations internationales et jusqu'aux dirigeants francophones, de Philippe Couillard à Emmanuel Macron. 

Devant le faux universel dont on habille souvent la langue anglaise, les Jeux, mélange insolite de compétitions culturelles et sportives, furent un espace fort de rencontres pour nous rappeler les possibles d'une langue. Photographes et peintres malgaches et suisses, coureurs maliens et luxembourgeois, les artistes et sportifs venaient d'un peu partout sur la planète. 

Loin des réceptions protocolaires et par-delà les mailles trop étroites du filet sécuritaire autour des Jeux, le français est apparu d'autre part comme un précieux outil de rencontre avec la population ivoirienne. Les Abidjanais, quand on prend la peine de leur rendre visite, s'avèrent d'une générosité sans fard, et avides d'authenticité. Dans un contexte de mondialisation où les clés qui ouvrent au monde sont tenues pour avoir un nom anglais, on semble oublier facilement l'ampleur de la francophonie, et l'amplitude des possibles qu'elle porte. 

Évidemment, rien ne serait plus facile que de réduire ces Jeux à leur seul pan compétitif : une compétition muette. De la même manière, au fond, qu'il serait possible de réduire les relations internationales à un espace d'intérêts économiques comme l'ALENA, ou militaires comme l'OTAN. Le souci de la langue, dans un tel contexte, apparaitra effectivement secondaire. 

Or l'avenir n'est pas de ce côté. 

Comme une ignorance 

Des participants de 84 gouvernements et États étaient rassemblés dans la capitale économique de Côte d'Ivoire et, à prêter l'oreille à plusieurs éditorialistes et responsables qui ont pris ici la parole, on entend qu'il y est question de dialogue et d'ouverture, de solidarité, d'«unité dans la diversité». 

Il est aussi rapidement visible que, par-delà les origines et les couleurs du langage ou celles de la peau, Abidjan a rassemblé mille fraternités en latence, et ce qui est le noeud de notre irritation initiale, à bien y penser, tient assurément moins à la langue de certains participants sur le village des Jeux qu'aux difficultés d'une nation qui ne s'est pas encore donné tous les moyens de rejoindre le monde. 

Au final, nous devons admettre que le problème tient bien moins à l'anglais - d'autres participants font usage de leur langue nationale - qu'à une mésestime dans laquelle il nous arrive de tenir notre propre langue. Un vaste espace est là, économique et politique certes, mais avant tout culturel; or comment rendre crédible cette richesse quand, dans notre myopie américaine, il ne saurait y avoir d'universel qu'anglais? 

Il y a là comme une ignorance de la vaste communauté à laquelle, du seul fait de notre langue, nous appartenons, pourrions appartenir. Une appréciation erronée de cette langue porteuse d'avenir. Cette même langue qui, chez nous, est trop souvent tenue pour un repli sur soi. 

Les Jeux, eux, sont là pour nous rappeler que nous appartenons, pour reprendre le mot d'Habib Bourguiba cité lors de la cérémonie d'ouverture, à un «empire» immense. Et pour nous rappeler, peut-être, qu'on sous-estime la grandeur de ce monde qui nous tend des bras ouverts. 

Simon Lambertauteur, délégation du Canada-Québec

Andréanne Gagnonphotographe, délégation du Canada-Québec 

Gabrielle Lajoie-Bergeron, peintre, délégation du Canada-Québec 

Jérome Bérubéconteur, délégation du Canada-Québec 

Carl Vincentmarionnettiste, délégation du Canada

Léa Philippemarionnettiste, délégation du Canada

Benoît Yao Davidsonconteur, délégation du Canada




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer