Tunisie: l'asthénie économique mine la transition démocratique

À quelques jours de la commémoration de ses 60 ans de régime républicain (25... (Archives AFP, Fethi Belaid)

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Le Soleil

(Québec) À quelques jours de la commémoration de ses 60 ans de régime républicain (25 juillet), la Tunisie arbore une grise mine. Elle affiche une asthénie économique sans précédent et des ambitions démocratiques sans équivalent dans les pays arabo-musulmans. Un paradoxe difficile à accepter pour (et par) ce pays initiateur du Printemps arabe et berceau de plusieurs civilisations ayant marqué l'histoire de l'humanité.

Plusieurs pays amis et experts internationaux n'hésitent plus à exprimer ouvertement leur inquiétude et impatience face à la situation. Tout récemment, le Fonds monétaire international (FMI) confirme l'extrême fragilité de l'économie tunisienne et déplore la lenteur excessive des réformes requises pour restarter l'économie et catalyser la transition démocratique ambitionnée.

Les symptômes de l'asthénie économique

Aujourd'hui, le taux de croissance peine à atteindre le 2 %, le taux de chômage est explosif (15 % en général et 35 % pour les femmes et les jeunes diplômés), l'inflation est à 5 %, les déficits se creusent et les réserves en devises baissent lamentablement, couvrant à peine trois mois d'importation. La dette internationale est de moins en moins soutenable, avec toutes les pressions que cela engendre sur la marge de manoeuvre budgétaire de l'État.

Face aux devises internationales, le dinar a perdu plus de 25 % de sa valeur depuis début 2016. Et la pente glissante ne faiblit pas, érodant au passage le pouvoir d'achat des citoyens et le niveau de vie en général.

Seule note positive, l'industrie touristique semble reprendre de plus belle, depuis quelques semaines seulement. La confiance et le retour des touristes dans ce beau pays constituent un annonciateur de reprise économique.

Cela dit et de manière générale, l'action gouvernementale reste incapable de renverser la vapeur de la déprime économique, ou du moins la stabiliser. Pour le FMI, la fragilité de l'économie tunisienne est structurelle, appelant des ajustements majeurs, urgents et courageux pour stopper l'hémorragie et éviter le pire.

Dans ce cadre, le FMI invite urgemment le gouvernement à repenser ses stratégies économiques, renouveler ses instruments d'intervention et clarifier ses paradigmes. Faute de quoi, la transition démocratique ne peut qu'en pâtir.

Une transition politique en péril

Depuis l'insurrection de 2011, les gouvernements ayant dirigé la Tunisie étaient constitués de coalitions impliquant les principales parties prenantes de la scène politique (partis, syndicats, élites, experts, etc.). Ce faisant, les politiques initiées sont restées constamment tributaires d'un consensus au minima, bloquant de facto toutes les réformes audacieuses et ayant un impact électoral ou un effet porteur d'aversion sociale.

Les revendications sociales et le risque terroriste n'ont pas donné de répit aux gouvernements successifs. Les revendications des jeunes en chômage ne faiblissent pas, surtout dans les régions minières et gazières du sud du pays.

Présidé par Youssef Chahed, l'actuel gouvernement d'union nationale n'a pas fait mieux que ses prédécesseurs. Malgré sa jeunesse et sa proactivité, Chahed n'a pas réussi à bénéficier de la confiance des jeunes au chômage et atténuer les blocages des sites industriels, la fermeture des puits de pétrole, l'obstruction des routes, etc.

Cela dit, Chahed a désormais le vent en poupe, depuis qu'il a annoncé sa «déclaration de guerre» à une corruption endémique qui gruge l'économie et mine la confiance des acteurs économiques. Malgré ses promesses, cette guerre à la corruption semble évoluer dans une démarche aléatoire et discrétionnaire, faute de moyens, d'expertise et de vision stratégique.

Autre point positif, le gouvernement Chahed est en passe de prendre le dessus dans sa lutte au terrorisme et l'insécurité. Ici, au moins les efforts sont couronnés de succès et l'attractivité du pays pour les investisseurs et les touristes est en phase ascendante.

Célébrer la démocratie, et parier sur la croissance économique

Lors de la commémoration du 60e anniversaire de l'avènement de la République en Tunisie (25 juillet), le gouvernement devait célébrer en grand la transition démocratique, et à raison. L'expérience démocratique de la Tunisie est porteuse d'espoir pour les nouvelles générations du monde arabo-musulman.

Mais, et sans attendre le gouvernement ne peut reporter sine die les douloureuses réformes économiques, à engager par un gouvernement résolu, et pourquoi pas reconfiguré dans ses alliances et convictions politico-économiques.

La complexité de la géopolitique environnante réduit fortement la marge de manoeuvre de la transition démocratique. La Tunisie n'a pas le choix que d'aller de l'avant pour réformer son administration publique, bannir la corruption, promouvoir l'investissement et valoriser le travail au détriment de la revendication improductive.

Asef Ben Ammar, Ph. D., analyste en économie politique, Université du Québec




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