Imaginez que votre enfant est un Tremblay...

Les réactions seraient-elles les mêmes si l'enfant-soldat emprisonné... (Archives AP)

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Les réactions seraient-elles les mêmes si l'enfant-soldat emprisonné à Guantanamo s'était appelé Tremblay? C'est la question que se pose l'auteure de la lettre.

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Point de vue
Le Soleil

(Québec) Je crois que les réactions négatives actuelles au dédommagement accordé à Omar Khadr sont dues à une méconnaissance de la situation. Je vous propose un exercice, soit supposer que c'est votre enfant qui est en cause.

Le nom de famille de votre enfant est Tremblay; son père est un Québécois «de souche» et vous êtes une Gagnon, Québécoise de souche. Le père de votre enfant mineur part avec lui en Afghanistan sans que vous le sachiez, prétextant un voyage touristique en Italie. À un moment donné, vous apprenez que votre enfant a participé à une bataille en Afghanistan, qu'il a été gravement blessé, qu'il a été détenu à Bagram (juin 2012) et qu'il est maintenant détenu à Guantanamo (octobre 2012). Vous cherchez alors à sortir votre enfant de l'enfer de Guantanamo. 

Vous apprenez que le Canada a, le 5 juin 2000, signé plusieurs traités internationaux relatifs aux droits des enfants, notamment le protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés (goo.gl/uAeeSm). Pleine d'espoir, vous vous adressez au premier ministre du Canada, à d'autres politiciens, à votre député, etc., en leur demandant de respecter les engagements pris par le Canada et de tout faire pour sortir votre enfant de Guantanamo. 

Or, le gouvernement canadien ne fait rien pour votre enfant et, pire, vous apprenez que des représentants de votre gouvernement ont interrogé votre enfant alors que ces représentants savaient que, pendant trois semaines précédant leurs interrogatoires, les Américains l'avaient soumis au «programme grand voyageur». Pendant trois semaines, les Américains ont réveillé votre enfant toutes les trois heures, l'ont transféré de cellule en cellule plusieurs fois par jour dans le but, selon les mots de la Cour suprême du Canada, «d'amoindrir sa résistance lors des interrogatoires». 

Après, le gouvernement canadien ne fait toujours rien pour votre enfant, un Tremblay. À un moment donné, vous apprenez que votre enfant sera devant une commission militaire de Guantanamo, qui accepte en preuve les déclarations de votre enfant obtenues sous la torture (le programme grand voyageur n'est pas la seule torture subie (goo.gl/AM5ouZ).

Avant le simulacre de procès, vous pouvez enfin parler à votre enfant et il vous dit qu'il n'a tué personne et qu'il ne veut pas plaider coupable aux accusations. Devant la perspective qu'il soit détenu jusqu'à la fin de ses jours à Guantanamo s'il ne plaide pas coupable, vous lui dites de plaider coupable afin que son avocat puisse négocier son retour au Canada pour purger une partie de sa peine au pays. Vous apprendrez plus tard qu'un soldat américain, présent lors de la bataille, a affirmé qu'il était impossible que votre enfant ait lancé la grenade qui a tué le soldat américain (son avocat n'a pas eu accès à ce témoignage lors du procès de Guantanamo).

Vous qui avez lu mon texte en supposant que c'était votre enfant qui avait subi le sort de Khadr, que pensez-vous maintenant?

Plusieurs personnes parlent de l'affaire Khadr en référant à des situations déplorables qui n'ont rien à voir avec cette affaire. La situation des anciens combattants, et celle des Canadiens tués à l'étranger alors qu'ils faisaient de l'aide humanitaire sont déplorables. Cependant, il ne s'agit pas de torture connue et tolérée par le gouvernement canadien, il ne s'agit pas d'implication du Canada dans la torture d'un citoyen canadien, il ne s'agit pas de manquement du Canada aux traités internationaux signés et il ne s'agit pas d'enfant-soldat. 

Il est important qu'aucun enfant-soldat, peu importe son nom de famille, subisse le sort que Khadr a subi. Pour que le gouvernement canadien se rende compte qu'il ne peut manquer impunément à ses obligations et qu'il ne doit pas répéter ses erreurs du passé, une indemnité importante devait être accordée à Omar Khadr, ce qui n'effacera pas les souffrances qu'il a vécues. Le gouvernement canadien a dépensé 5 millions $, parait-il, pour contrer les demandes précédentes justifiées faites par Khadr devant les tribunaux, demandes qui ont toutes été accueillies : c'est de l'argent très mal dépensé. 

Si le gouvernement canadien n'avait pas conclu d'entente et qu'il avait continué à dépenser de l'argent pour contester le dernier recours de Khadr, il est fort à parier que les tribunaux ne lui auraient pas accordé moins de 10 millions $, et peut-être plus. Khadr aurait bien mérité de vivre enfin une vie paisible, mais la veuve d'un soldat américain lui réclame 138 millions $ alors qu'un autre soldat américain, présent lors de la bataille en Afghanistan, a affirmé que Khadr n'avait pu lancer la grenade qui a tué ce soldat. 

Huguette Gagnon, avocate à la retraite, Lévis




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