Pourquoi pas de péage sur le pont Champlain?

Le pont Champlain sera démoli après l'inauguration, en... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse)

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Le pont Champlain sera démoli après l'inauguration, en décembre 2018, de la nouvelle structure le remplaçant.

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Point de vue
Le Soleil

En répondant à une question au Sénat, le ministre fédéral de l'Infrastructure et des Collectivités, Amarjeet Sohi, a confirmé qu'il y aurait un péage sur le nouveau pont international Gordie-Howe, à Windsor, en Ontario, projet dont le coût pourrait s'élever à 4,8 milliards $ selon des médias.

Il y a donc deux projets majeurs de construction de pont se chiffrant à plusieurs milliards de dollars en cours au Canada, soit le pont international Gordie-Howe et le nouveau pont Champlain, dont le coût total s'établira également à plus de 4 milliards $. Toutefois, il y aura un péage sur le pont international Gordie-Howe, alors que l'accès au pont Champlain, à Montréal, sera gratuit. De leur côté, les Prince-Édouardiens continuent à payer 46,50 $ en droits de passage pour emprunter le pont de la Confédération, dont le coût de construction s'est établi à un peu plus d'un milliard de dollars.

Ces trois ponts sont gérés et entretenus par le gouvernement du Canada. Pourquoi donc les contribuables canadiens payent-ils la totalité des coûts liés à la construction et à l'entretien du nouveau pont Champlain, alors que les utilisateurs des deux autres ponts doivent s'acquitter d'un péage pour couvrir ces mêmes coûts?

En plein milieu de la dernière campagne électorale, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, avait annoncé qu'il n'y aurait pas, s'il était élu, de péage sur le nouveau pont Champlain, projet qui est financé par le gouvernement fédéral, et ce, même si l'ouvrage actuel a été un pont à péage jusqu'en 1990.

Cet engagement à faire du nouveau pont Champlain un pont sans péage va à l'encontre de la volonté du gouvernement de «tirer parti de cet investissement dans l'infrastructure, en attirant du capital privé de façon à multiplier le niveau d'investissement», comme il l'avait affirmé dans son propre énoncé économique de 2016. En d'autres termes, il ne faudra plus s'attendre à ce que le gouvernement prenne en charge la totalité des coûts associés aux projets d'infrastructures; il fera plutôt équipe avec le secteur privé ou lui confiera entièrement la réalisation des projets.

Évidemment, les investisseurs privés ne vont pas financer les projets d'infrastructures au Canada par pure bonté; ils s'attendent à récupérer leurs investissements et plus encore, ce qui signifie péages. Se pose alors la question suivante: si les revenus tirés des péages sont si essentiels à la viabilité d'un programme de renouvellement d'infrastructures, pourquoi n'y aura-t-il pas de péage sur le nouveau pont Champlain?

Comme l'a déclaré le ministre fédéral de l'Infrastructure et des Collectivités, Amarjeet Sohi, la position du gouvernement est la suivante:

«[C]oncernant le nouveau pont Champlain sans péage à Montréal, l'ouvrage que nous construisons est un remplacement. Ce n'est pas un nouveau pont. Le pont qui existe doit être remplacé. La raison pour laquelle nous nous sommes engagés à ne pas prévoir un péage sur le nouveau pont est que le pont actuel n'a pas de péage.»

En fait, il convient de rappeler que le pont Champlain actuel a été un pont à péage pendant la majeure partie de sa vie utile, plus précisément du 28 juin 1962 au 4 mai 1990. De plus, à l'origine, le plan pour le remplacement du pont Champlain prévoyait des péages qui avaient été évalués (par le directeur parlementaire du budget) à entre 2,60 $ et 3,90 $ et ce plan figurait dans le budget de 2014 du gouvernement fédéral. Toutefois, la question des péages est devenue un enjeu au cours de la campagne électorale fédérale de 2015, et le gouvernement qui a été élu a abandonné l'idée d'imposer de tels droits.

Le ministre Sohi a expliqué que le gouvernement prévoit établir le péage sur le pont international Gordie-Howe de façon à ne pas imposer «un fardeau trop lourd pour les usagers immédiats». Il semblerait que ce qui constitue un «fardeau trop lourd» varie d'une région à l'autre: un péage de 46,50 $ pour quitter l'Île-du-Prince-Édouard par le pont de la Confédération, un péage (dont le coût reste à déterminer) sur le pont international Gordie-Howe et aucun péage sur le nouveau pont Champlain.

Si tous les contribuables canadiens doivent financer collectivement tant la construction que l'entretien du pont Champlain et que Montréal obtient un pont sans péage d'une valeur de quatre milliards de dollars financé par le gouvernement fédéral, alors les Canadiens dans le reste du pays sont en droit d'être traités de la même manière.

Si nous abandonnons la politique, de longue date, de l'utilisateur-payeur pour les mégaprojets touchant les transports au Canada, alors les Prince-Édouardiens peuvent s'attendre à l'élimination des péages sur le pont de la Confédération. Et les résidents du Sud de l'Ontario devraient, quant à eux, pouvoir emprunter leur nouveau pont sans avoir à payer pour le construire et pour l'utiliser.

La question que le gouvernement du Canada doit se poser - et à laquelle il doit répondre - est la suivante: l'idée de construire un nouveau pont Champlain sans péage est-elle sensée sur le plan financier pour les citoyens? Et pourquoi les Canadiens sont-ils traités différemment selon leur lieu de résidence?

Percy Downe, sénateur résidant à Charlottetown




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