Élections en Iran: lumière sur le massacre de 1988

En 1988, une fatwa de l'ayatollah Khomeiny, fondateur... (Photothèque Le Soleil)

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En 1988, une fatwa de l'ayatollah Khomeiny, fondateur du Régime islamique, ordonna l'exécution des prisonniers politiques récalcitrants, dont la plupart étaient des sympathisants des Moudjahidine du Peuple et des forces de gauche.

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Le Soleil

Les récentes élections présidentielles en Iran le 19 mai dernier ont fait ressurgir le massacre de 1988, l'un des épisodes les plus macabres de l'histoire du pays.

À la fin guerre Iran-Irak (1980-1988), le fondateur de la république islamique était confronté à une situation sociale explosive et sous pression pour accepter un cessez-le-feu dans cette guerre des plus meurtrières, avec des revendications économiques et sociales pressantes et des appels à la libération des prisonniers politiques dont le nombre s'élevait à plus de 30 000. Mais en cédant, le régime savait qu'il serait confronté à des revendications de réformes plus profondes et a donc fait le choix de la solution extrême. 

Une fatwa de l'ayatollah Khomeiny, fondateur du régime islamique, ordonnat l'exécution des prisonniers politiques récalcitrants, dont la plupart étaient des sympathisants des Moudjahidine du Peuple et des forces de gauche, accusés d'être «en guerre contre le Dieu». La plupart d'entre eux avaient déjà passé plusieurs années en prison, par exemple pour avoir pacifiquement distribué des brochures, participé à des manifestations pacifiques contre le gouvernement ou en raison de leur affiliation (réelle ou supposée) à divers groupes politiques de l'opposition. Ils n'avaient pas été libérés car ils refusaient de «se repentir». 

Jusqu'à présent, aucun responsable iranien n'a été déféré à la justice ou n'a fait l'objet d'une enquête concernant ces exécutions extrajudiciaires malgré des preuves tangibles comme un enregistrement révélé en 2016, où l'on entend les membres de la «commission de la mort» confirmer les crimes de vive voix. En outre, certains responsables occupent toujours des postes clés au pouvoir, notamment dans le juridique.

Cette tragédie a été classée par Amesty International en tant que «crime contre l'humanité resté impuni». De nombreuses familles iraniennes restent traumatisées par cet épisode sanglant et réclament des comptes. Les autorités tourmentent les familles en surnommant les fosses communes où sont enterrés leurs proches «la'nat abad» (terres maudites), et en traitant les victimes de «hors-la-loi» qui ne méritent pas de véritables sépultures ou funérailles. Enfin, les familles n'ont pas le droit de déposer des messages commémoratifs ou de se rassembler sur le site des fosses communes. 

Ebrahim Raïssi, principal candidat face à Hassan Rohani, est un ancien membre de la terrible «commission de la mort», chargée du massacre de 1988. Le mollah Moussavi, proche du candidat radical, a déclaré le 16 mai au sujet de Raïssi que : «La fierté de ce grand homme est d'avoir exécuté les membres des Monafeghine (terme péjoratif désignant les Moudjahidine du peuple)». 

Mehdi Khazali, candidat à l'élection présidentielle disqualifié par le Conseil des gardiens, affirme quant à lui que «Si nous cherchons à agir sur la base des lois de cette république islamique, il (Raïssi) devrait être exécuté vingt mille fois pour les 20 000 exécutions sommaires dont il est responsable.»

Raïssi était le candidat favori du Guide suprême, qui détient tous les pouvoirs en Iran. Cette candidature a été perçue par certains comme une maladresse politique, qui a brisé un tabou soigneusement préservé par les mollahs depuis près de 30 ans. 

Les mollahs redoublent d'efforts pour dissimuler cet épisode. Par exemple, certaines fosses communes sont détruites, comme le signalent Amnesty International et Justice for Iran dans un récent rapport. Des photos et vidéos montrent des bulldozers en plein chantier juste à côté de la fosse commune d'Ahvaz. Ce type d'acte a pour clair objectif de détruire les preuves, privant ainsi les familles des victimes de leur droit à la vérité et à offrir une sépulture à leurs proches. 

Selon la directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International, Magdalena Mughrabi, «Au lieu d'effacer le souvenir des personnes tuées et d'entraver la justice, les autorités iraniennes doivent veiller à ce que les sites des fosses communes des exécutions massives de 1988 soient préservés et protégés jusqu'à ce que des enquêtes indépendantes et dignes de ce nom puissent être menées. Les familles ont le droit de savoir ce qui est arrivé à leurs proches et de les enterrer dignement.»

Crise politique et sociale

Ces tentatives d'effacer la mémoire commune révèlent une sérieuse inquiétude au sein du régime, en particulier depuis la diffusion de l'enregistrement audio mentionné précédemment. En effet, en plus des vives réactions au sein du système, le peuple a également profité des élections pour demander des comptes aux autorités concernant le massacre de 1988 et les médias évoquent fréquemment la tragédie et le malaise au sein du pouvoir.

Ces réactions font trembler les mollahs, qui redoutent un soulèvement de la population. Le guide suprême a pour sa part manifesté sa colère vis-à-vis du mouvement pour la justice dans les massacres de 1988. Pour lui, «les places du martyr et du bourreau ne doivent pas être interverties». Rappelons que les «bourreaux» de Khameini comprenaient de nombreux mineurs, parfois de 12-14 ans, des femmes enceintes et des femmes septuagénaires. 

Chaque année, des dizaines de milliers d'Iraniens du monde entier, ainsi que leurs soutiens internationaux, se rassemblent à Paris et sur Internet pour demander «Un Iran libre». Un appel pour rendre justice aux victimes du terrible massacre de 1988 et la mise sur pied d'un tribunal international pour juger les auteurs de ce crime contre l'humanité retiendront particulièrement l'attention cette année.

Le prochain rassemblement annuel de la Résistance iranienne, qui se tiendra le 1er juillet prochain à Paris, participera à consolider la mobilisation des démocrates iraniens. En effet, les militants de l'opposition iranienne mènent une campagne dans plusieurs villes iraniennes pour montrer l'ampleur du soutien iranien au mouvement pour le changement démocratique et le respect des droits de l'homme dans leur pays.

Hamid Enayat, Exilé politique iranien, Paris




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