Interdire les poissons-appâts vivants: décision difficile, mais nécessaire

La décision d'interdire l'utilisation d'appâts vivants à la pêche d'hiver dans... (Photothèque Le Soleil)

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(Québec) La décision d'interdire l'utilisation d'appâts vivants à la pêche d'hiver dans les cours d'eau de la plaine du Saint-Laurent, seule partie du Québec et seule période de l'année où cette utilisation était encore autorisée, continue de soulever un débat délicat entre pêcheurs, pourvoyeurs, scientifiques et gestionnaires. Il s'agit effectivement d'un choix difficile, car, pour plusieurs pêcheurs, c'est la méthode la plus efficace. Cette décision, la suite d'une démarche amorcée dans les années 1970, est cependant nécessaire pour réduire les risques d'atteinte permanente à l'intégrité de ce qui reste de notre capital naturel dans les eaux intérieures.

Suite au retrait des glaciers qui recouvraient l'ensemble du Canada, il y a plus de 10 000 ans, les lacs et cours d'eau nordiques ont été colonisés par un petit nombre d'espèces. Ce lent processus a doté le Québec d'un riche capital naturel caractérisé par la présence de l'omble de fontaine (la truite mouchetée) sur une vaste portion de son territoire, de part et d'autre du Saint-Laurent. Peu productifs, ces milieux sont extrêmement sensibles aux changements. Or, les conséquences d'introductions de poissons-appâts ont été très bien documentées, au Québec et ailleurs. 

Elles vont d'une forte chute de la densité des populations, et des rendements de pêche qui en résultent (de 30 à 90 % inférieurs), à la disparition de certaines de celles-ci. Sauf rares exceptions, le phénomène est irréversible. Les gestionnaires ontariens de la faune ont récemment reconnu que leurs populations d'omble de fontaine sont sur le point de disparaître et que l'introduction d'espèces en est en partie responsable. Le portrait est similaire dans le nord-est des États-Unis. Le Québec constitue donc le dernier domaine d'envergure de l'omble de fontaine, l'espèce la plus pêchée.

La découverte récente de la très envahissante carpe de roseau dans les eaux québécoises du Saint-Laurent est une très mauvaise nouvelle. Les impacts observés chez nos voisins du sud sont dramatiques et son potentiel d'établissement dans le bassin des Grands Lacs est très élevé selon une récente analyse de risques canado-américaine. Des jeunes carpes seront bientôt présentes dans les sites d'approvisionnement des pêcheurs commerciaux. 

D'autres poissons non indigènes actuellement présents dans les Grands Lacs (dont deux autres espèces de carpes asiatiques) pourraient aussi s'implanter dans le fleuve Saint-Laurent. En outre, plusieurs des espèces de poissons indigènes et non indigènes du fleuve, ainsi que des pathogènes et des parasites présents dans les tissus des poissons ou dans leurs eaux de transport, constituent aussi une menace pour les eaux intérieures. L'expérience l'a maintes fois démontré, la disponibilité commerciale de poissons-appâts vivants favorise leur dispersion là où leur utilisation est pourtant interdite et, pour être efficace, une réglementation restrictive doit être complète. La menace est donc indiscutablement réelle pour les eaux intérieures et le réchauffement amorcé du climat continuera à l'avenir de faciliter la survie des espèces invasives.

Le Québec n'est pas la seule juridiction en Amérique du Nord à interdire l'utilisation de poissons-appâts vivants : cinq autres provinces ainsi que trois territoires canadiens et quatre états américains appliquent les mêmes règles. Même si elle porte atteinte à la pêche d'hiver dans le sud du Québec, nous pensons, comme l'ont aussi signifié plusieurs autres collègues, que cette mesure est nécessaire. Une amélioration de la qualité du poisson-appât mort est envisageable, des méthodes de pêche peuvent être développées, un support peut être offert à l'industrie pour s'adapter. À l'inverse, aucune mesure efficace ne peut corriger les effets permanents d'une introduction d'espèces compétitrices ou pathogènes dans un réseau sensible peuplé d'espèces à haute valeur écologique et économique.

Pierre Dumont, Montréal, et Yves Mailhot, Bécancour, biologistes




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