Hommage à un architecte méconnu du Canada

Roger Tassé est un des plus grands sous-ministres... (Archives La Presse canadienne)

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Roger Tassé est un des plus grands sous-ministres de la Justice que le Canada ait connus, estime l'auteur.

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Le Soleil

Samedi dernier le 3 juin étaient célébrées, en territoire Outaouais, les funérailles de monsieur Roger Tassé, l'un des plus grands sous-ministres de la Justice que le Canada ait connus.

Roger Tassé, un homme droit, et un homme de droit, aura été entre autres, et avec d'autres l'architecte principal du rapatriement de la Constitution du Canada, ainsi que l'inspiration de sa Charte Canadienne des Droits et Libertés. Dépourvu de toute partisannerie, il aura été fidèle au Canada, au Québec, aux Peuples Autochtones, ainsi qu'à la Francophonie, quels qu'étaient les gouvernements en place.

Il a servi avec intelligence, doigté et imagination le gouvernement Trudeau.Puis sous le gouvernement Mulroney il s'est illustré «dans l'honneur et l'enthousiasme» comme l'un des bâtisseurs de l'accord du Lac Meech, qui sera malheureusement décrié pour des raisons «obscures» par des gens avec lesquels il avait honnêtement contribué à l'évolution du Canada.

J'ai connu Roger Tassé alors que j'étais député de Manicouagan et secrétaire parlementaire aux Affaires Indiennes et du Nord Canadien à Ottawa dans les années 1979 et 1984. Je l'ai vu oeuvrer obstinément pour la reconnaissance des Peuples Autochtones, des Indiens et des Indiens Issus de Traité et des Peuples Métis. Son travail se concrétisera par l'adoption des articles 35 et 25 de la Constitution Canadienne de 1982.

J'ai été nommé Négociateur fédéral en chef dans les négociations avec les Attikameks et les Montagnais, 1997-2004. Ottawa exigeait, dans sa politique globale et territoriale, qu'à part les droits et titres négociés, tous les autres droits, titres et revendications étaient éteints. 

Voici d'ailleurs au texte la même clause, qui se retrouvait à l'article 2.1 de la Convention de la Baie James et du Nord Québécois. «En considération des droits et avantages accordés aux présentes aux Cris de la Baie James et aux Inuits du Québec, les Cris de la Baie James et les Inuit du Québec cèdent, renoncent, abandonnent et transportent par les présentes toutes leurs revendications, droits, titres et intérêts autochtones, quels qu'ils soient aux terres et dans les terres du Territoire, et le Québec et le Canada acceptent cette cession.» 

Mais en 1997, pour les Attikameks et les Montagnais, cette politique globale et territoriale en était une de dépossession. Impossible d'avoir une Entente sur cette base. Le Fédéral, malgré mes mises en garde exigeait quand même toujours l'application de cette politique que je croyais non seulement dépassée, pour ne pas dire plus, mais carrément injuste.

Voyant l'impasse qui nous guettait et l'échec annoncé, c'est à Roger Tassé que j'ai fait appel pour modifier cette politique d'extinction dans notre négociation (Mamuitun) et aussi trouver une formule politique et juridique satisfaisante pour toutes les parties et avec la clause de certitude appropriée.C'est lui qui a convaincu les autorités politiques fédérales de la justesse de notre démarche. Le ministre de la Justice de l'époque Martin Cauchon nous a été d'un précieux secours.

Louis Bernard, ancien secrétaire général du Québec, était au dossier pour le Québec. Louis étant lui-même un homme de vision, et Roger un homme de solution les deux éminents juristes avec d'autres se mirent à la tâche et trouvèrent après bien des embûches la formule recherchée. Louis Bernard et Roger Tassé avaient travaillé de très près ensemble dans le dossier Constitutionnel en 1982. Les deux hommes s'estimaient réciproquement. D'ailleurs cela rendait un tantinet suspect la nature de nos travaux et...une entente. 

Rémy Kurtness le négociateur des trois Communautés Montagnaises , Louis Bernard le négociateur du Québec et moi-même avons paraphé l'Entente de Principe d'Ordre Général au printemps 2004 après cinq ans d'efforts soutenus. Sans le travail persévérant, juridique, politique et hautement visionnaire de Roger Tassé jamais nous n'aurions pu signer cette entente et ainsi ouvrir les voies de l'avenir pour la reconnaissance des territoires autochtones sans extinction de droits.

Les autochtones du Canada doivent savoir qu'ils doivent beaucoup à la conception du pays que se faisait Roger Tassé; il ne voulait laisser personne sur le trottoir de l'Histoire. Tous avaient «sa» place avec ses différences dans le Canada de Roger Tassé.

Que ce soit la Constitution Canadienne et sa Charte, l'Accord du Lac Meech, l'accord de Charlottetown, la reconnaissance des Peuples Autochtones et Inuit du Canada etc. Roger Tassé se faisait un devoir d'appliquer la maxime «Tous pour un , un pour tous»

Je me devais de rendre cet hommage à Roger Tassé l'homme à l'audace responsable celui qui savait faire grandir un débat sans humilier personne!

À son épouse, Renée, à sa famille dont il était si fière,et à ses amis (es) «d'un Océan à l'autre» soyez assurés que la compétence et l'Humanisme qui ont inspiré son action et ses oeuvres, vont lui survivre bien au delà de son départ. 

André Maltais, ex négociateur fédéral en Chef dans le dossier Attikamek et Montagnais Ste-Foy




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