Cannabis: mieux protégés par un monopole d'État

Un monopole d'État de distribution du cannabis devrait... (La Presse canadienne, Justin Tang)

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Un monopole d'État de distribution du cannabis devrait relever du ministère de la Santé, afin que la population demeure au coeur des priorités, estime la porte-parole de l'Association pour la santé publique du Québec.

La Presse canadienne, Justin Tang

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Point de vue
Le Soleil

(Québec) En réaction au texte «Pot : gare aux poursuites», paru le 1er juin

La semaine dernière, nous apprenions que le gouvernement penchait pour un modèle de distribution du cannabis au privé plutôt que pour un monopole d'État. Pourtant, l'objectif principal de la légalisation du cannabis, martelé tant par nos autorités provinciales que fédérales, demeure la protection de la santé de la population. Confier la distribution du cannabis au secteur privé nous semble en contradiction avec cet objectif.

Le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, se fait alarmiste en évoquant de possibles recours collectifs contre les producteurs et les vendeurs de cannabis. Les recours contre les compagnies de tabac se basaient sur l'aspect trompeur de la promotion de ces produits. 

Dans le cas du cannabis, le gouvernement prévoit mettre sur pied des campagnes de sensibilisation informant la population au sujet des risques associés à la consommation de la substance. Il ne souhaite pas en faire la promotion ni augmenter sa consommation, mais plutôt l'encadrer afin de protéger la santé et la sécurité de la population. 

M. Dorval s'inquiète d'une possible banalisation du cannabis. Il évoque qu'une étatisation contribuerait «un peu à la banalisation» et rend le gouvernement responsable. Le gouvernement est responsable de protéger la santé et la sécurité de la population : s'il détient le monopole, il lui incombera davantage de responsabilité. 

En ce qui a trait à une banalisation, confier la distribution du cannabis au secteur privé risque davantage d'engendrer la banalisation de la consommation du cannabis : en effet, comment des sociétés privées réussiraient-elles à concilier des objectifs de rentabilité et de profits avec des objectifs de réduction de la consommation? 

Une société d'État ne relevant pas cette fois du ministère des Finances permettrait de sortir de cette logique de profits et de se concentrer sur l'objectif de réduction de consommation afin de protéger les jeunes en particulier, qui sont, rappelons-le, les plus grands consommateurs de cannabis et ceux les plus à risque en ce qui concerne les effets du cannabis sur le développement cérébral. 

À ce sujet, selon un sondage réalisé par ASPQ-SOM auprès de plus de 4000 Québécois, 45 % des répondants préfèrent un monopole d'État pour la distribution du cannabis et seulement 11 % sont favorables à la distribution au privé.

Effectivement, nos modèles de monopoles d'État que représentent Loto-Québec et la SAQ ne sont pas des exemples à suivre en matière de protection de la santé ni de réduction des méfaits. Cela s'explique probablement par le fait que ces deux sociétés publiques relèvent du ministère des Finances et qu'elles ont comme mission première de générer des revenus pour l'État. 

Voilà pourquoi nous croyons qu'un monopole d'État de distribution du cannabis devrait relever du ministère de la Santé et des services sociaux afin que la santé de la population demeure au coeur des priorités. Ainsi, exit la promotion puisque celle-ci ne sert qu'à augmenter les ventes d'un produit au détriment de ses compétiteurs. 

Il est faux de prétendre que s'il n'y a pas de promotion, les consommateurs se tourneront vers le marché noir. Ce n'est pas la promotion qui permettra de mettre fin au marché noir, mais bien une offre d'un produit sécuritaire, encadré et réglementé, dont les consommateurs connaissent la teneur en THC, traçabilité, accessible dans des points d'achat sécuritaire. 

Nous sommes toutefois d'accord avec M. Dorval en ce qui concerne le court délai avant l'entrée en vigueur du projet de loi fédérale, prévue pour juillet 2018. Le temps ne doit pas être un frein au développement d'un projet de loi provincial prometteur, sécuritaire et novateur. 

La légalisation du cannabis est une opportunité unique de faire de la prévention, par l'application du principe de précaution et par la réduction des méfaits et, ainsi, de sortir d'une logique prohibitive qui cause plus de dommages qu'elle ne fait de bien.

Émilie Dansereau-Trahan, M. A., responsable du dossier cannabis à l'Association pour la santé publique du Québec




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