La Turquie devient-elle un État djihadiste?

Des manifestants réclamant la libération du journaliste Mathias... (AFP, Geoffroy Van Der Hasselt)

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Des manifestants réclamant la libération du journaliste Mathias Depardon (dont on voit le visage sur les affiches), arrêté le 8 mai en Turquie alors qu'il effectuait un reportage pour le National Geographic.

AFP, Geoffroy Van Der Hasselt

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Point de vue
Le Soleil

La dégradation du respect des droits de l'homme en Turquie et les récentes révélations qu'il s'y fait la production de document de propagande djihadiste laissent douter des prétentions démocratiques du gouvernement de ce pays.

Amnesty International (AI) a dénoncé dans un rapport le 22 mai le licenciement par le gouvernement turc de plus de 100 000 employés de son secteur public depuis la tentative de coup d'État militaire de juillet 2016. L'ONG considère ces mises à pied comme abusives et discriminatoires. AI pointe les importantes conséquences de cette action faite sur de simples dénonciations sans aucune procédure de défense. Des médecins, enseignants, policiers, militaires et autres fonctionnaires publics ont perdu leur emploi et été empêchés d'en avoir d'autres dans leur champ d'expertise. Selon l'organisme, cette vaste purge visant les opposants politiques réels ou présumés serait comparable à un anéantissement professionnel à grande échelle.

Les violations des droits de la personne ne sont pas récentes et semblent s'empirer avec le temps en Turquie. Un rapport de Human Rights Watch en 2014 avait déjà averti d'une augmentation de la répression de la dissidence et de la liberté d'opinion dans les médias. L'organisme dénonçait aussi l'affaiblissement de la primauté du droit. Le nombre de prisonniers en Turquie est passé de 50 000 en 2010 à plus de 160 000 en 2014. Plus de 47 000 autres opposants politiques y ont été incarcérés depuis juillet 2016. Le Haut-Conseil turc de l'enseignement a d'ailleurs interdit à tous les universitaires de quitter le pays. La Turquie entière est devenue une prison pour les opposants au régime. Après une visite en début 2017, la délégation de la «Commission civique Union européenne-Turquie» a rapporté une escalade de la violence et de la répression depuis un an et demi.

Au classement 2017 de la liberté de presse de Reporters sans frontière (RSF), la Turquie occupe la 155place sur 180. Des journalistes turcs sont emprisonnés pour avoir dénoncé de simples cas de corruption au sein du gouvernement. Le 18 mai, RSF avec deux autres organisations de défense de la liberté de presse et 19 médias écrits demandait la libération immédiate d'un journaliste de 37 ans, Mathias Depardon, arrêté le 8 mai alors qu'il faisait un reportage pour le magazine National Geographic.

Recul des valeurs démocratiques

Les liens autrefois secrets entre le gouvernement turc et les organismes djihadistes semblent se renforcer. Le rédacteur en chef du journal Cumhuriyet, Can Dündar, a montré ces liens et été condamné pour trahison après avoir révélé et prouvé avec des photographies en 2015 que la Turquie fournissait des armes aux djihadistes en Syrie. Jusqu'à ces révélations-chocs qui ont valu la prison au journaliste, les autorités turques avaient nié aider les islamistes. Craignant pour sa vie, Dündar a déménagé en Allemagne après sa libération. La Turquie s'éloigne donc actuellement des valeurs fondamentales d'une démocratie. Elle réduit la liberté de sa presse et l'indépendance de sa justice.

Le président Erdogan semble aussi s'éloigner des valeurs humanitaires les plus fondamentales. Il affirme actuellement penser à la possibilité de rétablir la peine de mort dans son pays. Ce dernier réagit d'ailleurs très violemment face à ceux qui dénoncent ses positions. Il a publiquement menacé les Européens de ne plus pouvoir marcher en sûreté dans les rues de n'importe quelle partie du monde s'ils continuaient à dénoncer ces violations des droits de l'homme. La Turquie a même interdit en mai à une délégation parlementaire allemande de rendre visite à des soldats déployés sur la base d'Incirlik. C'était, selon le magazine Der Spiegel, une réaction à la décision de l'Allemagne de donner asile à des officiers turcs et à leur famille qui ne voulaient pas retourner en Turquie.

Chose encore plus préoccupante, pendant qu'elle emprisonne les journalistes qui ne font que leur travail, la Turquie permet l'édition de livres d'endoctrinement de Daech. De tels livres qui montrent des massacres et les décrivent comme des actes héroïques y seraient produits pour distribution à l'extérieur du pays. La coalition internationale aurait trouvé il y a quelques jours en Syrie de ces livres de propagande édités par une compagnie basée à Istanbul en Turquie. Il est donc pertinent face à toutes ces révélations de se demander si la Turquie se transforme en pays faisant la promotion active du djihadisme dans le monde.

Michel Gourd, L'Ascension de Patapédia




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