Le jeûne intermittent et la perte de poids

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(Québec) Récemment, une journaliste m'a demandé ce que je pensais du jeûne intermittent comme méthode de perte de poids. Le jeûne intermittent, c'est un peu comme l'entraînement par intervalles, où l'on alterne entre des périodes d'efforts et des périodes de repos. Ici, cependant, l'effort ne signifie pas de s'époumoner à courir, mais plutôt de ne pas ou ne presque pas manger. Et pour reprendre son souffle, le jeûneur intermittent mange normalement entre ses périodes d'abstinence alimentaire. On parle de plus en plus de cette méthode dans les médias, notamment en raison du livre à succès The Obesity Code publié il y a environ un an par le Dr Jason Fung. Je me suis rendu compte en fouillant un peu le sujet que plusieurs études scientifiques se sont intéressées au jeûne intermittent. Voyons tout ça de plus près.

Pour ceux qui seraient intéressés à faire connaissance avec le Dr Fung et sa fameuse méthode, vous avez l'embarras du choix. Ce néphrologue de l'Hôpital général de Scarborough, en Ontario, a sa propre chaîne YouTube et a accordé de nombreuses entrevues dans différents médias. Si la lecture vous fatigue, mais que vous avez un petit 10 heures devant vous, vous pourrez «écouter» son livre puisque celui-ci est disponible en format audio. Bref, il est partout!

Dans son livre ainsi que dans ses différents entretiens et conférences, le Dr Fung prend soin de nous expliquer pourquoi les diètes traditionnelles ne fonctionnent pas. Comme plusieurs promoteurs de nouvelles méthodes amaigrissantes, il remet en question l'importance des calories ingérées lors de la perte de poids. Rappelons qu'il propose de jeûner de façon intermittente... Moi qui pensais que jeûner était une forme sévère de restriction calorique, je n'ai apparemment rien compris! Sans blague, c'est un peu difficile à réconcilier, n'est-ce pas?

Un autre élément que le Dr Fung présente pour expliquer le succès de son approche est l'action de l'insuline. Je tenais à vous en parler un peu parce que je constate que pratiquement toutes les méthodes amaigrissantes populaires nous rebattent les oreilles avec la sacro-sainte insuline. Ceux qui vantent les mérites des diètes Montignac, Atkins, Miami, The Zone et autres nous disent tous que c'est par la réduction des concentrations d'insuline que leur diète amène la perte de poids. Je ne suis pas en train de dire que l'insuline n'est pas une hormone importante, bien au contraire. Et effectivement, pendant une perte de poids, il y a des changements importants dans l'action de l'insuline. Mais méfiez-vous quand vous verrez que votre salut passe par une réduction d'insuline et que la réduction de l'apport en énergie est une notion démodée. Vous pourriez être déçu, et votre insuline aussi! 

Les effets documentés

Je pourrais continuer à décortiquer et à analyser les prétentions de différents promoteurs de méthodes amaigrissantes incluant celle du Dr Fung. Mais ce serait un travail pratiquement sans fin et un peu décourageant. Regardons plutôt ce que la littérature scientifique nous dit sur les effets du jeûne intermittent.

Tout d'abord, je dois mentionner qu'il n'existe pas de définition unique pour décrire le jeûne intermittent. Comme mentionné dans un article sur le sujet, on peut le pratiquer de différentes façons. Il peut correspondre à une abstinence totale d'aliments pendant une période donnée (par exemple 24 heures) suivie d'une alimentation à volonté pour les 24 heures suivantes et ainsi de suite. Parfois, ce qu'on appelle jeûne est en fait une période où l'apport énergétique est minimal. On pourrait par exemple consommer un maigre 20 à 25 % de nos besoins énergétiques pendant une journée puis revenir à une alimentation normale la journée suivante et continuer ainsi en alternance. Les jeûnes religieux tels que le ramadan sont également considérés comme des formes de jeûne intermittent.

Si plusieurs définitions existent pour décrire le jeûne intermittent, une caractéristique qui les rallie est qu'il y a toujours des périodes où l'apport énergétique n'est pas restreint entre les périodes de jeûne. Cette caractéristique est importante et a conduit à l'élaboration d'une hypothèse selon laquelle le jeûne intermittent pourrait minimiser les effets d'adaptation métabolique en réponse à la restriction calorique. Dans un billet précédent, je vous expliquais que lorsque le corps est privé de calories, il peut se mettre en mode «économie d'énergie» par crainte de mourir de faim. Serait-il possible que, lorsqu'on jeûne de façon intermittente, les périodes où l'on s'alimente selon nos besoins énergétiques fassent diminuer la vigilance du corps par rapport à la menace de mourir de faim? Un peu comme si l'on disait à notre corps : «Hey body, fais-toi en pas, je ne te fais pas mourir de faim, tu vois je mange normalement, là!» L'idée est intéressante, mais selon les études réalisées, le jeûne intermittent n'aurait pas d'effets différents de ceux d'une restriction calorique en continu sur les changements dans l'efficacité énergétique. 

Facile d'adhérer au jeûne intermittent?

Des auteurs ont proposé qu'un autre aspect qui pourrait avantager le jeûne intermittent soit l'adhésion accrue à ce type d'approche comparativement aux méthodes conventionnelles. On sait que l'adhésion aux consignes du régime est le nerf de la guerre en matière d'amaigrissement. Peut-être est-il plus facile d'envisager une démarche de perte de poids quand on sait qu'on peut manger normalement une journée sur deux? C'est ce qu'ont récemment testé des chercheurs de l'Université de l'Illinois, à Chicago, chez un groupe de 100 personnes souffrant d'obésité. Leur hypothèse était que les participants du groupe «jeûne intermittent» auraient plus de facilité à suivre les consignes du traitement et perdraient donc plus de poids que ceux faisant partie du groupe soumis à une restriction calorique en continu. Il est important de souligner que cette étude était une première puisqu'aucun essai clinique randomisé n'avait été réalisé au préalable pour documenter les effets du jeûne intermittent.

Les participants du groupe «jeûne intermittent» devaient consommer 25 % de leurs besoins énergétiques (soit environ 500 kilocalories) sous forme d'un seul repas à l'heure du dîner lors de la journée dite de jeûne puis, le lendemain, ils devaient consommer 125 % de leurs besoins énergétiques et ainsi de suite pour une période de six mois. Ces pourcentages ont été établis pour que la restriction calorique soit similaire à celle des participants du groupe «restriction traditionnelle» qui devaient, quant à eux, consommer 75 % de leurs besoins énergétiques tous les jours pendant six mois. Donc, au final, les deux groupes étaient soumis à une restriction globale de leurs apports énergétiques quotidiens de 25 %. Il y avait également dans l'étude un groupe témoin qui ne suivait aucun régime. Une période de six mois visant le maintien du poids suivait la phase de perte de poids.

Contrairement à l'hypothèse de départ, l'adhésion au jeûne intermittent n'a pas du tout semblé facile. À preuve, 38 % des participants de ce groupe ont abandonné l'étude, ce qui était plus élevé que le taux d'abandon dans le groupe de restriction traditionnelle (29 %). Par ailleurs, les chercheurs ont démontré que les individus soumis au jeûne intermittent avaient de la difficulté à suivre les recommandations : ils mangeaient trop les jours de jeûne et moins que prescrit les jours de «fête». Pour ce qui est de la perte de poids, elle était similaire dans les deux groupes, autant après 6 mois qu'après 12, et se situait entre 5 et 7 % du poids initial. Les changements dans le profil métabolique, par exemple les taux de glucose et d'insuline, étaient également similaires pour les deux groupes à l'étude.

Considérant tout cela, j'ai donc répondu à la journaliste que le jeûne intermittent ne semblait pas offrir d'avantage comparativement à une diète plus traditionnelle. Je lui ai également mentionné que je me questionnais sur la difficile compatibilité entre le fait de ne pas manger une journée sur deux et la pratique régulière d'activité physique. C'est sans penser aux effets de cette méthode amaigrissante sur l'humeur et la concentration lors des journées de jeûne. Bref, cette méthode ne nous offre pas le code promis menant à une perte de poids durable.

Ce texte est d'abord paru sur le site Les blogues de Contact. Pour participer à la discussion ou pour consulter les autres billets du site, rendez-vous ici. Les blogueurs conservent l'entière responsabilité des propos tenus dans leurs billets.

Simone Lemieux, auteure est nutritionniste et professeure à l'École de nutrition. Ses recherches portent notamment sur l'obésité et les comportements alimentaires




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