L'incompréhensible refus de la convergence

Manon Massé se «rend-elle compte que pour prendre... (Archives La Presse)

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Manon Massé se «rend-elle compte que pour prendre le pouvoir, il faudrait que tout le Parti québécois vote avec Québec solidaire?» écrit l'auteur.

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Point de vue
Le Soleil

Je suis souverainiste. Je me considère également comme progressiste. J'ai toujours été mal à l'aise avec la charte des valeurs du Parti québécois, pourtant je tiens à ma langue et à ma culture comme à la prunelle de mes yeux. Et je n'ai jamais parlé de ce sujet avec la famille d'Afghans que j'accompagne depuis sept mois. Je suis contre l'austérité budgétaire. Je suis préoccupé par la situation des autochtones du Québec. J'ai toujours eu beaucoup de respect pour Françoise David, Amir Khadir et plus récemment pour Manon Massé qui, malgré les préjugés exprimés à son égard, s'est imposée dans la sphère politique québécoise. J'ai participé à une rencontre de «Faut qu'on s'parle» avec Gabriel Nadeau-Dubois.

Non, je ne suis pas partisan de Québec solidaire, même si je suis sympathique à une bonne partie de leurs prises de position. J'ai appuyé et financé le Parti québécois depuis que je me suis retiré de la politique municipale à Québec en 1993 et je vote pour ce parti depuis 1970. 

J'ai été déçu de la décision de Québec solidaire de refuser la convergence des forces nationalistes et progressistes québécoises.

Je ne comprends pas que Manon Massé puisse honnêtement affirmer qu'une prise du pouvoir par Québec solidaire est envisageable au Québec d'ici 10 ans. Elle est pourtant témoin à Montréal, où ils sont surtout concentrés, des prises de position des anglophones et des immigrants en faveur du fédéralisme. Elle doit bien entendre au Québec (et surtout à Québec) le discours de plus en plus affirmé de la droite, qui se traduit par des appuis croissants à la CAQ. Se rend-elle compte que pour prendre le pouvoir, il faudrait que tout le Parti québécois vote avec Québec solidaire? Je pensais que c'était précisément de ça qu'il s'agissait quand on parlait de «convergence».

Oui, le Parti québécois est moins intéressant que dans les années 70 et 80. Oui, le Parti québécois est probablement plus à droite qu'à ce moment-là. Oui les débats n'y sont plus aussi intéressants qu'à l'époque où les militants actuels de Québec solidaire y étaient. Qu'attendent-ils alors pour y être à nouveau? Il n'y a pas bien sûr de garantie que toutes leurs actuelles positions progressistes et sensées seront adoptées, mais la démarche souverainiste et progressiste sera plus riche et plus dynamique. Les débats devront encore se faire, en grand groupe rassemblé, et non plus en serre chaude.

Je les invite également à réfléchir sur l'état actuel et sur l'avenir de la social-démocratie au Québec. Celle-ci se mesure notamment par le taux global d'imposition (TGI) (soit l'ensemble des taxes et impôts de tous les paliers de gouvernement d'une nation mis en rapport avec le PIB de cette nation). Le TGI moyen de l'ensemble des pays de l'OCDE était en 2015 de 34,3 % selon l'OCDE. En Europe, où la social-démocratie est plus fortement implantée, une quinzaine de pays ont eu cette année-là des TGI supérieurs à la moyenne, le Danemark et la France se démarquant avec des TGI de 46,6 % et de 45,5 %. 

Le TGI a été estimé à 38,3 %, la dernière fois au Québec pour 2003, par Luc Godbout et Pierre Beltrame. En comparaison, le Canada présentait cette année-là un TGI de 32,5 % (31 % sans le Québec). En 2015, le TGI du Canada était encore de 31,9 %, malgré le passage conservateur. On peut aussi estimer que celui du Québec n'a pas beaucoup bougé depuis 2003, que l'État néo-libéral n'a pas encore fait son oeuvre et que la social-démocratie existe encore bel et bien au Québec. 

Mais la menace est présente, car, au contraire de l'Europe, nos voisins américains, États-Unis, Mexique et Chili, ont eu en 2015, des TGI respectifs de 26,4 %, 17,4 % et 20,7 %, soit bien en deçà de la moyenne de l'OCDE. Avec un Trump menaçant et un Couillard prêt aux concessions, au Québec, l'heure est moins à faire croître la social-démocratie qu'à la protéger. Il y a urgence de s'unir, non seulement pour obtenir la souveraineté, mais aussi pour protéger nos acquis de la social-démocratie.

Pierre Mainguy, Québec

(1) OCDE, Statistiques des recettes publiques, 1965-2015

(2) Luc Godbout et Pierre Beltrame, Fiscalité comparée, comparaison de l'importance des recettes fiscales par rapport au PIB, Document de travail, nov. 2006 




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