Comprendre Mikhaël, pour prévenir d'autres drames

Le présumé meurtre d'une mère par son fils... (Photothèque Le Soleil)

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Le présumé meurtre d'une mère par son fils souffrant de troubles mentaux dans le quartier Saint-Jean-Baptiste le 11 mai dernier rappelle que la santé mentale demeure un enjeu de société important.

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Le Soleil

(Québec) Des amis et des voisins ont déposé quelques bouquets dans une boîte aux lettres, sur la petite rue Sainte-Madeleine, en haute ville, à Québec. La boîte est accrochée devant une belle maison, là où un jeune homme aurait récemment tué sa mère, avant de s'enlever la vie en sautant du haut d'un hôtel de banlieue anonyme.

 Des fleurs devant le logis d'une morte, le jour de la fête des Mères? Ouf! Ça fait un peu lunaire, effarant, surréaliste même. Mais c'est aussi un beau geste de douceur et d'humanité. Un geste qui peut sembler dérisoire, insignifiant, mais qui vient mettre un peu de baume sur nos chairs vives collectives. Une action de catharsis, qui témoigne de notre capacité à sympathiser avec autrui, même si ça peut sembler n'être qu'une goutte d'eau dans un océan de douleur. Un grain de sable dans un désert d'amertume. 

Pour sûr, une telle tragédie dans une petite communauté tissée serrée comme celle de Saint-Jean-Baptiste, ça détricote un maillage. Ça assomme. Ça clashe. Et ici, je dois avouer que cette histoire m'a aussi profondément bouleversé. D'autant plus que je connaissais la mère, madame Lamothe, le fils Mikhaël et son père, Jean--François Ryan. Des gens charmants, avec leur histoire familiale, leurs blessures, mais surtout des gens qui aspiraient à un bonheur «normal», quoi...

Cela dit, il y avait bien quelques hic dans tout cela, notamment le fait que Mikhaël souffrait depuis longtemps d'un trouble de santé mentale. Un trouble doublé d'un sérieux problème de consommation. La «comorbidité», ça s'appelle - on consomme pour engourdir le mal, pour moins souffrir... et des fois, souvent, ça provoque des psychoses, comme chez Mikhaël. C'est certainement l'un des fléaux de notre époque, parce que les gens qui en sont atteints vont souvent consommer n'importe quoi, sur la rue, avant d'arriver tout croche à l'urgence. 

La comorbidité, rappelons-le, augmente de 12 % les chances de se suicider dans un Québec où le ratio de suicide est de quasiment quatre hommes pour une femme. Une province, c'est connu, où les hommes tardent à consulter à cause de la stigmatisation, mais aussi parce qu'ils ont honte ou parce qu'ils se croient (hélas) capables de régler leurs problèmes sans aide. (Cavanagh et al, 2003 - CRISE-UQAM).

Donner du sens au drame

Mikhaël était un beau bonhomme de 32 ans, père d'une mignonne fillette. Ça faisait des années qu'il essayait de s'en sortir, et ça faisait des années que ça n'aboutissait pas. Le gars entendait des voix et faisait des psychoses à répétition. Il avait suivi de nombreuses thérapies, mais malheureusement, ça ne tenait pas longtemps, ça ne débouchait pas sur du solide. D'où son désespoir, ses tentatives de suicide et ses automutilations. Aux dires de deux de ses grandes amies, c'était un bon gars, chaleureux, humain, qui voulait la meilleure vie possible pour sa fillette. Mais quand il consommait et qu'il se mettait à entendre ses démons, c'était autre chose...

En fait, si je me suis permis cette mise en contexte, ce n'est certes pas pour dédouaner l'homme. Je voulais juste que Mikhaël, sa mère Jocelyne et son père deviennent un peu plus que des statistiques morbides, de la matière à radio-poubelle ou des gros titres en rouge dans la section faits divers des journaux.

Bien sûr que le possible crime de Mikhaël était aussi horrible qu'inexcusable. Et, oui, on peut et on doit condamner une telle chose. Mais on peut aussi essayer de comprendre et de prévenir. Et on peut donner du relief à pareille histoire, en rappelant que seulement un très petit pourcentage des gens atteints d'un trouble de santé mentale sont dangereux pour les autres. Dérangeants, peut-être, dangereux, non. En fait, les personnes atteintes d'un trouble sont bien plus susceptibles de subir elles-mêmes de la violence.

On peut aussi servir de cette triste affaire comme d'un levier pour réclamer (encore) des mesures adéquates et renforcer celles déjà existantes en matière de «soigner et prévenir» les troubles de santé mentale. Pourquoi pas?

Ainsi : une première ligne décidément plus forte et mieux outillée, un meilleur accès aux urgences psychiatriques et aux maisons de thérapie, un financement rehaussé (enfin) pour les groupes communautaires, les maisons d'hébergement, les résidences intermédiaires et les centres de crise, plus d'encadrement et plus de soutien pour les familles d'une personne avec un trouble, une meilleure concertation entre les intervenants et les différents groupes devant la comorbidité, un système de psychothérapie gratuit et universel, un travail de prévention plus soutenu, plus d'aide aux victimes, etc.

Pour que pareils drames à Québec, Montréal ou Saint-Romain ne demeurent pas vains, il faudrait faire une fois pour toutes de la santé mentale une priorité à longueur d'année. En faire un vaste chantier. Harnacher cette richesse collective, comme on l'a fait de nos rivières. 

Et il faudrait aussi que le ministre Barrette arrête de crier sur tous les toits de façon irresponsable qu'on est capables de faire plus avec moins dans le réseau. C'est faux. Archi faux. 

Pour faire plus en santé mentale, il faut aussi plus! Rien de moins! 

Gilles Simard, pair-aidant en santé mentale, Québec




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