Élection française: le rejet des partis politiques

Selon l'auteur, les Républicains et les Socialistes ont,... (AFP, Patrick Kovarik)

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Selon l'auteur, les Républicains et les Socialistes ont, en durcissant leurs positions, libéré un espace au centre. La politique ayant horreur du vide, cet espace a permis l'émergence du centriste Emmanuel Macron.

AFP, Patrick Kovarik

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Le Soleil

En France, la Cinquième république a vu deux partis de gouvernement alterner, soit le Parti socialiste à gauche et les Républicains à droite.

Ils ont parfois changé de nom, ils se sont souvent divisés et unis au sein de leur courant politique, mais le système politique avait créé une dynamique dualiste qui faisait en sorte que deux grandes familles politiques, une à gauche et l'autre à droite, semblaient s'incarner dans la durée. Ces deux grandes familles politiques, avec plusieurs sensibilités politiques en leur sein, se sont partagé le pouvoir pendant des décennies. Le 23 avril 2017, une page a été tournée.

Les résultats de l'élection présidentielle française témoignent d'un véritable rejet des partis politiques traditionnels. Pour la première fois dans l'histoire de la Cinquième république, aucun représentant des deux principaux courants de gauche et de droite ne se retrouve au second tour. En fait, jamais les deux grands partis français n'ont eu des résultats électoraux aussi bas lors d'une élection présidentielle. 

Les partis politiques traditionnels ont subi un balayage. Il s'agit d'une tendance préoccupante qui consiste à accorder sa préférence aux figures apolitiques. Une tendance qui renvoie à une caractéristique problématique de plusieurs démocraties occidentales : le rejet des partis politiques, quand ce n'est pas le rejet des politiciens dits «traditionnels».

La structure de la société s'est fragilisée. Il n'y a plus comme autrefois de groupes sociaux qui permettaient à des organisations de se bâtir dans la durée. Désormais, les citoyens sont socialement sans attache. Ils ne se reconnaissent plus dans les partis politiques et réagissent en fonction de leur humeur du moment en se basant sur leurs sentiments ou même leurs ressentiments.

Non seulement on a assisté à un rejet des «vieux partis», mais les deux candidats au second tour de l'élection présidentielle - Emmanuel Macron et Marine Le Pen - ne se disent ni de gauche ni de droite. En effet, le Front national, bien que fortement ancré à l'extrême droite, ne se présente depuis Jean-Marie Le Pen comme «ni de droite ni de gauche». Quant à Emmanuel Macron, au centre de l'échiquier politique, il a fait plusieurs affirmations où il ne se disait «ni de droite ni de gauche».

Le «logiciel» politique, pour reprendre la formule d'Emmanuel Marcon, est peut-être en train de se reconfigurer. On assiste à une recomposition du paysage politique français. Un nouveau cadre qui cherche à se définir autrement que par l'axe gauche-droite.

Ironiquement, lors des primaires des deux principaux partis, les Républicains ont rejeté Alain Juppé et les Socialistes Manuel Valls, les plus centristes de leurs candidats. Ainsi, les primaires, en désignant François Fillon chez les Républicains et Benoît Hamon chez les Socialistes, ont eu pour effet de renforcer les identités à gauche et à droite de ces partis. En durcissant leurs positions, ces partis politiques ont libéré un espace au centre. La politique ayant horreur du vide, cet espace au centre a permis l'émergence du centriste Emmanuel Macron.

Ce réalignement de l'axe politique a aussi eu comme corollaire négatif l'essor de l'extrême droite. Le Front national a réalisé lors de cette élection présidentielle le score le plus élevé pour l'extrême droite de l'histoire de France. L'effritement des partis politiques traditionnels favorise l'émergence du populisme.

Ce réalignement de l'axe politique, avec un courant centriste pro-européen, urbain et ouvert sur le monde et un courant extrémiste anti-européen, populiste et fermé, qui estompe le clivage gauche-droite n'est peut-être que temporaire. Toutefois, ce qui est très inquiétant avec ce réalignement, c'est qu'en l'absence des partis traditionnels de gauche et de droite, le courant extrémiste deviendra la seule prochaine force d'alternance.

Philippe Bernier Arcand, auteur de Le Parti québécois : d'un nationalisme à l'autre, Montréal




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