Ce n'est pas nous qui avons inventé le lit à deux patients

Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.

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Le Soleil

(Québec) C'est peut-être une autre création du gouvernement libéral, comme la roue à trois boutons? C'est encore la faute des docteurs!

Pas étonnant, car depuis que le Parti libéral est au pouvoir, tout ce qui ne va pas dans le réseau de la santé est attribuable aux médecins. Trop d'attente dans les urgences? Barrette blâme les médecins. Trop d'attente pour être opéré? C'est la faute des médecins. Difficulté à obtenir un rendez-vous? C'est la faute des médecins, voire des femmes et des jeunes médecins. Des frais accessoires facturés pour des services non couverts par la RAMQ? Barrette blâme les médecins. La situation financière du Québec inquiète? C'est assurément la faute des médecins. De nos jours, si quelque chose va mal, c'est la faute des médecins!

Aujourd'hui, le ministre de la Santé invente des lits qui serviront à deux patients en même temps et, évidemment, il blâme les médecins!

Selon ce qu'affirme Gaétan Barrette, sa réforme fonctionne, mais ce sont les médecins qui refusent de suivre... Alors, il y va d'une série de lois et de règlements pour mettre au pas (avec son bâton) toutes celles et tous ceux qui ne veulent pourtant qu'une chose: soigner les patients.

Fidèle à son habitude, aujourd'hui encore, il met la responsabilité de sa mauvaise gestion des urgences sur le dos des médecins spécialistes! D'un côté, les médecins doivent accepter les patients qui entrent par l'urgence dans un délai précis: les cibles ministérielles. Mais pour accepter ces patients, ça prend des lits libres sur les étages déjà bien complets. Maintenant, si vous voulez être opéré en moins d'un an, et non dans les six mois comme le ministre l'a annoncé jeudi, il faudra bien que vous ayez un lit pour récupérer après l'intervention chirurgicale. Utiliser au maximum les blocs opératoires afin de diminuer les listes d'attente, ça prend des lits. Pas de lits, pas d'opérations!

Ce fameux lit, c'est un débat qui dure depuis que les ministres de la Santé ont commencé à réduire le financement des services offerts dans les hôpitaux. Malgré toutes les belles promesses électorales et les millions annoncés en grande pompe, si votre grand-mère perd sa dignité dans les couloirs de l'urgence, ce n'est certainement pas parce qu'un chirurgien a opéré votre grand-père pour un cancer du côlon! Ces personnes, vos grands-parents par exemple, ont toutes droit à des soins médicaux prodigués dans des délais raisonnables... et en même temps si leurs états de santé l'exigent! Alors, peut-être le ministre devrait-il revoir ses plans d'utilisation de lits... ou opter pour des lits superposés!

Le dossier des urgences est aussi loin d'être simple à régler. D'autres ministres de la Santé sont aussi passés par ce purgatoire, mais Gaétan Barrette est le seul à se targuer d'obtenir des résultats exceptionnels. Facile, quand on fait passer ses échecs sur le dos des autres.

Il faudra plus que du personnel dans des cliniques pour éviter que les personnes âgées en perte d'autonomie cessent d'aller à l'urgence. Et que dire des personnes en soins de longue durée qui sont de plus en plus âgées et de plus en plus malades? Il est peut-être temps de leur offrir plus qu'un bain si le ministre Barrette ne veut pas qu'elles viennent occuper le lit dont le chirurgien rêve pour pouvoir opérer tous ses patients dans le prochain mois!

Il est incontestable que la situation actuelle est inacceptable pour la population, qui mérite d'être traitée avec respect et transparence. Il serait temps que le ministre décide de collaborer avec les équipes en place; la confrontation qu'il affectionne tant est efficace pour trouver des coupables, mais n'offre absolument rien de bon à la population. Les résultats ne sont pas là et, non, ce n'est pas la faute des médecins!

Dre Diane Francoeur, présidente, Fédération des médecins spécialistes du Québec




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