Le NCH: des milliards pour un mauvais projet

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Une maquette du méga-hôpital qui commencera à être construit sur le site de l'hôpital de l'Enfant-Jésus en mai.

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Le Soleil

Mardi le 11 avril, le ministre Barrette annonçait le démarrage prochain de la construction de la première phase du NCH - Nouveau Centre Hospitalier - issu de la fusion de L'Hôtel-Dieu (HDQ) avec l'Hôpital de l'Enfant-Jésus (HEJ).

Résumons : le NCH est un projet de près de quatre milliards $ déguisé en deux milliards $, démarré sans aucun processus décisionnel préalable, fantasme du CHU de Québec et de quelques médecins d'avoir un «CHUM» eux aussi, dénoncé par le bureau du ministre, contesté par plusieurs experts, conduit tambour battant avec la collaboration forcée, résignée et muette d'une forte majorité de médecins.

Ainsi, à moins d'un retour à la raison de dernière minute, va se construire une exorbitante fausse bonne idée.

La bonne idée alléguée, c'est de réunir toutes les spécialités dans un hôpital de 750 lits où les patients seront l'objet des meilleurs soins possibles.

Mais l'apparente bonne idée se détraque lorsqu'on sait que depuis 20 ans, il ne se construit presque plus de très gros hôpitaux en Occident. Pourquoi? Parce qu'on s'est aperçu qu'au-dessus de 600 lits, les hôpitaux perdaient en qualité et en efficacité de soins. Et surtout quand le gros hôpital résulte d'une fusion.

La «bonne idée» se fausse complètement lorsqu'on compare le projet actuel, à deux milliards, avec la promesse originale de super hôpital qui, on s'en est rendu compte en 2014, aurait coûté quatre milliards. Pourquoi? Parce qu'aucun processus décisionnel digne de ce nom n'a précédé une décision initialement chiffrée superficiellement à 1,3 G$. On a décidé de réaliser un rêve sans en vérifier ni la pertinence, ni la faisabilité. Puis quand on a réalisé le coût du rêve, le Conseil du Trésor a décidé d'un plafond de 2 G$.

Alors, du gros hôpital où tous les services de pointe sont réunis, on passe au gros hôpital où la majorité des services sont soit fortement diminués soit éliminés. L'oncologie, les neurosciences et certains secteurs des disciplines chirurgicales sont assez bien servis. Pour la plupart des autres services, on coupe de manière radicale et désastreuse pour atteindre la cible de deux milliards.

La gériatrie, entre autres, est réduite drastiquement. La future unité de dialyse n'est qu'à 25 % des besoins. L'unité de psychiatrie est carrément éliminée. On ne prévoit plus qu'une seule salle de cathétérisme cardiaque. On réduit le nombre de bureaux de consultation à un niveau dysfonctionnel, si bien que la formation des futurs médecins en médecine ambulatoire, au CHU de Québec, pourrait être compromise.

Mais toutes ces coupures ne suffisent pas à ramener le budget au niveau prescrit. Alors pour déguiser un projet de 4 G$ en projet de 2 G$, on affirme fallacieusement que le stationnement de 100 M$ sera autofinancé, on ignore le coût de requalification de L'Hôtel-Dieu, on passe sous silence le coût de construction ailleurs des nouvelles unités de soins requises à la suite de leur élimination dans la conception du NCH. De plus, l'ancienne partie de l'HEJ, labyrinthique et amiantée, restera en place. On est loin d'un vrai «CHUM» complètement neuf. On dépense allègrement dans le béton, peu dans les soins.

Et les médecins? Au début, la perspective des futures installations immobilières et techniques en a gagné un certain nombre. Ils y voyaient d'inspirantes possibilités pour leurs patients. Aujourd'hui, au vu des coupures qu'on leur annonce depuis dix-huit mois, la grande majorité a déchanté. Mais nul ne proteste publiquement, de peur de représailles et convaincu que les dés sont jetés. Alors, résignation et silence.

À l'automne 2014, le cabinet du ministre Barrette lui recommandait, dans un rapport étoffé, de stopper le projet (www.ladose.ca/megahopital-notes). On y affirme notamment que «le dossier comporte son lot d'erreurs, d'omissions et de vice cachés, et résulte d'un virage précipité aux motivations nébuleuses». On écrit : «Le projet prévoit de dépenser près de 70 % du budget pour de la reconstruction inutile, au sens où les espaces ainsi clonés sont présentement neufs et fonctionnels». On y lit également que «le projet ne saurait être optimisé afin de le rendre abordable sans réduire drastiquement l'offre de services en soins de courte durée dans la région métropolitaine de Québec». Peu importe, le ministre Barrette, en son déni arrogant habituel, persiste.

Or tout cet argent ne comblera qu'environ 30 % des besoins hospitaliers de la région de Québec. Quel argent restera-t-il pour rénover les autres hôpitaux dans lesquels 70 % des soins sont prodigués? Déjà, aujourd'hui, ces autres hôpitaux du CHU ont besoin de mises à niveau en profondeur.

Que faire? Malgré les millions déjà dépensés, il faut stopper ce mauvais projet et démarrer le processus décisionnel adéquat. Il s'agit de prendre les bonnes décisions en matière hospitalière pour Québec, en pensant aux cinquante prochaines années.

Après tout, on avait déjà dépensé 70 millions pour la rénovation avortée de L'Hôtel-Dieu. Ce n'est pas parce qu'on a dépensé tout près de la même somme sur le NCH qu'on doit poursuivre cette fausse bonne idée.

Louis Germain




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