La justice selon Charles Lynch

Combien de Ghomeshi, de Duffy, seront mis au... (Le Droit, Etienne Ranger)

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Combien de Ghomeshi, de Duffy, seront mis au pilori, livrés à la vindicte populaire malgré leur innocence? demande Romain Gagné, l'auteur de cette lettre.

Le Droit, Etienne Ranger

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Point de vue
Le Soleil

À la fin du XVIIIe siècle, peu avant la guerre d'indépendance des États-Unis, Charles Lynch, un juge de paix «patriote», décida d'instaurer une justice expéditive et brutale qui se concluait souvent en exécutions sommaires. Cette «loi de Lynch» est à l'origine du terme «lynchage».

Eh bien, le climat délétère de la dernière semaine et son tourbillon de surenchère moralisatrice ne peuvent que me rappeler ce malheureux épisode historique.  S'est installée à l'évidence une course effrénée au scandale dont l'arène principale est notre assemblée nationale et où la joute partisane boueuse de l'opposition-tribunal   n'a d'égale que cette «police moraliste 2.0 de médias travestie en journalisme d'enquête». De faux maîtres de la vertu carburent à la manchette qui tue sans aucun souci de protection des réputations et du respect de l'intégrité et de l'indépendance du pouvoir judiciaire. 

Engrenage hystérique des logiques de masse qui lança à l'hiver la chasse aveugle aux coupables du cafouillage de l'A-13,  cascade de fuites accusatrices dont les plus récentes sont celles du président de la fraternité des policiers du SPVM qui allègue qu'une enquête criminelle visant un actuel député libéral a été bloquée,   puis celles  de l'interne à l'UPAC (l'affaire Bibeau-Charest-Dufresne). Mais le blizzard levé, l'épreuve des faits vient souvent contredire la frénésie des accusateurs.  L'émission Enquête a en effet dû reconnaître récemment avoir faussement accusé le DG de la SQ d'absentéisme lors de la tempête de l'A-13, et également un de ses cadres dont on alléguait qu'il avait été «sur le party» ce soir-là. 

Mais pour ces rétractations, combien de réputations seront salies sans rétablissement des faits, combien de soupçons pèseront toujours sur les victimes? Combien de Ghomeshi, de Duffy, seront mis au pilori, livrés à la vindicte populaire malgré leur innocence? Quand le politique se confond avec le pouvoir judiciaire, et les médias avec un tribunal inquisitoire, l'état de droit et sa séparation des pouvoirs sont mis à mal.

Contrairement à l'idée reçue, la présomption d'innocence n'est pas limitée au seul domaine criminel, elle constitue un droit fondamental (Jean-Claude Hébert, La Presse, 14 avril 2016) et l'assise de notre système de justice. Malheureusement, cette présomption est bafouée allègrement. Des justiciers  de tout acabit, des chevaliers blancs et leurs cris d'orfraie concourent à créer un climat délétère de suspicion généralisée. Le pire dans ce déchaînement démagogique de pseudo-sonneurs d'alerte, c'est qu'ils manquent eux-mêmes à leur devoir éthique en livrant dans l'espace public des éléments confidentiels d'enquête inachevée, la contaminent et entachent la réputation de leur institution et de leur métier. 

Parlement tribunal

Tristes feuilletons d'intégristes de la moralité qui confondent morale et moralisme. La morale, disait Alain, n'est jamais pour le voisin, sinon il ne s'agit plus de morale, mais de moralisme. Posture passionnelle d'indignation, pharisaïsme de tartuffe, posture faussement morale qui projette sa moraline à la moindre rumeur, qui se nourrit des ragots, de courriels privés, qui sermonne, accuse par association, joue de l'amalgame, pourfend, fustige l'autre et exploite le ressentiment populaire. La canonnade, cette semaine, d'émissions «spéciales corruption» a atteint un point de saturation inédit. 

On s'interroge dans les rangs de l'opposition sur le peu d'effet de sa performance dans les sondages.  Arrêtez de concourir, députés, au grand prix de la pureté PQSCAQ, cessez de jouer les «muckrakers» pour la couronne céleste sans vous interroger sur votre propre turpitude. Encore un peu et vous n'auriez pour unique projet politique que de battre les libéraux. Projet réactif, s'il en est. Changez de monture et de ton, votre cavalerie y gagnera. Ne transformez pas le parlement en tribunal. Les Québécois en ont soupé de ce climat hargneux pour gagner des points dans la faveur populaire. L'effet escompté pourrait vous décevoir.

Romain Gagné, Québec




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