Arrêt Jordan: une double injustice pour les victimes

L'arrêt Jordan fait couler beaucoup d'encre et plusieurs opinions similaires à... (123RF)

Agrandir

123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
Le Soleil

L'arrêt Jordan fait couler beaucoup d'encre et plusieurs opinions similaires à la mienne ont déjà été émises. Cependant, l'indignation qui m'habite et persiste me pousse à aujourd'hui dénoncer publiquement ce qui s'apparente à de l'abus de la part de notre système de justice.

Tout d'abord, je tiens à être claire: qu'on aspire à diminuer les délais dans les tribunaux est tout à fait approprié, et ce, qu'on soit assis sur le banc des accusés ou qu'on soit la partie plaignante. Se présenter au tribunal est un «événement de vie», qui peut apporter beaucoup de stress et d'anxiété, et ce, sur une longue période étant donné la lenteur des procédures judiciaires.

D'ailleurs, la lenteur des procédures judiciaires peut décourager certaines victimes à porter plainte, puisque celles-ci peuvent se sentir incapables de traverser ce long processus. Néanmoins, pour d'autres personnes victimes d'acte criminel, de faire reconnaître leurs droits et sentir qu'il y a toujours de la justice au sein de notre société est fondamental afin de reprendre du pouvoir sur leur vie.

Depuis l'arrêt Jordan, les victimes qui décident de porter plainte peuvent espérer que les procédures judiciaires seront moins longues, ce qui est légitime. Cependant, elles courent également le risque de se sentir invalidées, dans l'éventualité où les procédures prendraient fin en raison des délais. Dans une telle situation, les victimes se retrouvent à vivre une double injustice: celle d'avoir subi un préjudice, ajoutée à celle de ne pas avoir été entendue et reconnue par notre système en place, qui est censé les protéger.

Le fait que le système puisse invalider implicitement des citoyens qui décident de reprendre du pouvoir sur leur vie n'est pas anodin. En effet, lorsqu'on est victime d'un acte criminel, il est démontré que le fait de ne pas être cru (de ses proches, des policiers, etc.) est parfois aussi marquant que l'acte criminel en soit. C'est pourquoi je perçois que l'arrêt Jordan favorise un manque de reconnaissance, une bafouassions des droits des victimes, ce qui peut engendrer d'autres conséquences psychologiques et sociales (augmentation des problèmes de santé mentale, des problèmes de dépendances, de difficultés relationnelles, etc.).

L'arrêt Jordan entraînera probablement des économies pour notre système de justice en raison de la possible diminution du nombre de victimes qui porteront plainte et des arrêts de procédures, mais ce sera au détriment de ces mêmes victimes, qui se tourneront vers notre système de santé et services sociaux et les ressources communautaires afin d'avoir du soutien, dans l'éventualité où il leur restera assez de confiance envers les ressources de notre système.

Annick Moreau, Québec




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer