100 jours encore pour juger Trump

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Pour John Parisella, le consensus qui semble se dégager sur Donald Trump et son administration est plutôt négatif.

AFP, Saul Loeb

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Le Soleil

Après 100 jours à la présidence américaine, quel est le bilan de Donald Trump? L'analyse de John Parisella, ancien délégué général du Québec à New York et Washington.

En 1933, au plus fort de la Grande Dépression, le nouveau Président Franklin D. Roosevelt a enclenché une série de mesures visant à sortir son pays du marasme économique causé par la crise financière et économique de 1929 dans un échéancier de 100 jours. C'est cet échéancier qui est traditionnellement repris pour évaluer la nouvelle présidence après ses 100 premiers jours. Nous en sommes là avec le Président Trump.

Le consensus qui semble se dégager sur Donald Trump et son administration est plutôt négatif. Dès son entrée en poste, le Président Trump choisit d'affronter les médias traditionnels, les qualifiant de «colporteurs de fausses nouvelles». Il subit ensuite un échec cuisant sur le plan juridique avec son décret ciblant les réfugiés provenant de sept pays à majorité musulmane. Tout récemment, il essuie un revers dans sa tentative d'abroger la réforme de santé Obamacare, n'ayant pu obtenir l'ensemble du vote de son propre parti. 

À cela s'ajoutent des tensions dans son entourage immédiat. Le stratège et idéologue de l'extrême droite, Steve Bannon, est à couteaux tirés avec des membres de la famille Trump en poste à la Maison-Blanche - le couple Ivanka Trump / Jared Kushner. La démission du conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, ainsi que la récusation du Procureur général, Jeff Sessions, et les enquêtes sur le rôle de la Russie durant la campagne présidentielle démontrent davantage un départ difficile et parfois chaotique.

Trump a beau multiplier devant les caméras la signature de décrets visant à défaire l'héritage d'Obama en matière de santé, d'environnement et d'une utilisation accrue du charbon en énergie ; il reste que son administration parait assiégée et incapable d'imposer son agenda. Son tempérament imprévisible et son style confrontationnel ont eu des répercussions sur son taux de popularité. Jusqu'à sa décision d'intervenir en Syrie le 7 avril, les sondages indiquaient un taux d'approbation autour de 40% -du jamais vu pour un nouveau président depuis Franklin D. Roosevelt.

Bref, son Administration semble être en crise perpétuelle.

Quant à son voisin du nord de la frontière, il faut avouer que les relations Canada - États-Unis ont beaucoup fait jaser la classe politique et le monde des affaires d'ici. Le discours protectionniste de Trump concernant l'avenir de l'ALENA a causé de sérieuses préoccupations chez nos gouvernements, nos entreprises et potentiellement, les milieux de l'emploi et de la consommation. 

Malgré le sommet Trudeau-Trump en mars, l'incertitude règne quant à l'avenir de l'Accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada.

L'entente sur l'épineux dossier du bois d'oeuvre est également en suspens, et ce malgré les nombreuses victoires canadiennes devant les tribunaux associés à l'ALÉNA et à l'Organisation mondiale du commerce. Ce sont les régions ressources du Québec et de la Colombie-Britannique qui pâtiront le plus d'une renégociation.

Les 100 prochains jours

Très bientôt, Trump va présenter sa réforme fiscale et son budget pour 2017-2018. On prévoit des baisses d'impôts substantielles, ce qui risque d'affecter notre compétitivité en termes d'emploi et d'investissement. De plus, certains membres de son parti prônent l'instauration d'une taxe frontalière sur des biens importés du Canada et du Mexique. Rien de rassurant donc pour les partenaires de l'ALÉNA.

Tout cela était prévisible si on se fie aux propos de Trump en campagne électorale tout au long de laquelle il a cultivé une image anti-establishment de Washington et anti-élite. Son discours, «America First» énoncé à son assermentation reste présent dans sa façon de gouverner. Du moins jusqu'au 7 avril dernier au moment de sa décision concernant la Syrie.

Depuis, on observe des virages époustouflants loin de son discours isolationniste de campagne. Après l'envoi de 59 missiles en Syrie, les Américains ont déployé une bombe massive en Afghanistan visant l'État islamique. Depuis une semaine, le Président menace d'intervenir en Corée du Nord pour stopper tout programme nucléaire et tend la main à la Chine, pays qui fut l'objet des plus virulentes critiques de Trump lors de la campagne électorale, en tant qu'allié essentiel au dénouement de l'impasse avec le Président nord-coréen Kim Jong-Un.

Notons également que Trump vante le bien-fondé de l'OTAN après avoir dénigré l'alliance stratégique depuis le lancement de sa candidature en 2015.

Après avoir ménagé ses critiques envers la Russie et le Président Vladimir Poutine, il considère maintenant, par la voix de son secrétaire d'État, que les relations russo-américaines sont à leur plus bas depuis la fin de la guerre froide.

Ces virages, qualifiés de «flips flops» dans la presse américaine, sont-ils réels? Font-ils partie d'une nouvelle stratégie où est-ce que la réalité de gouverner remplace les improvisations d'une campagne à la Présidence? Peut-on prendre ce Président au mot?

La crédibilité d'un Président est son plus grand atout. À date, des doutes persistent concernant ses vraies intentions et ses objectifs. Au-delà de ce dont nous avons été témoins dans les 100 premiers jours, il m'apparaît que les 100 prochains jours seront beaucoup plus déterminants de ce que sera la présidence de Donald Trump. À suivre.

John Parisella, professeur invité au Cérium, ancien Délégué général du Québec, New York, Washington 




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