Ne pas faire du troc avec la gestion de l'offre

À cause de la grande taille des fermes... (AP, Toby Talbot)

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À cause de la grande taille des fermes et du climat avantageux dans plusieurs régions, les agriculteurs américains sont généralement capables de vendre leurs produits à un prix plus bas que leurs homologues canadiens. Ils pourraient donc exporter davantage au Canada.

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Le Soleil

Depuis l'élection de Donald Trump, on s'attend à ce que l'ALENA soit renégocié. Déjà, le système canadien de gestion de l'offre de certains produits agricoles (lait, oeufs et volailles) est ciblé comme un enjeu des négociations à venir au sujet de cette entente de libre-échange.

Certains lobbys américains réclament l'abolition des tarifs qu'impose le Canada à l'importation de ces produits. Il s'agit à leurs yeux de barrières tarifaires qui sont incompatibles avec le libre-échange. À cause de la grande taille des fermes et du climat avantageux dans plusieurs régions, les agriculteurs américains sont généralement capables de vendre leurs produits à un prix plus bas que leurs homologues canadiens. Ils pourraient donc exporter davantage au Canada. 

Au Québec, certains analystes et commentateurs invitent les gouvernements fédéral et provinciaux à se préparer, voire à se résigner, à faire des concessions majeures au système de gestion de l'offre. Pour eux, le Canada pourrait abandonner progressivement la gestion de l'offre, ce qui constituerait une sorte de monnaie d'échange qui permettrait à la fois de préserver l'essentiel des avantages de l'ALÉNA et peut-être d'arracher quelques gains, notamment sur le bois d'oeuvre. 

La FCCQ est en désaccord avec ce raisonnement défaitiste. 

La gestion de l'offre a été mise en place pour appuyer, certes, l'industrie, mais aussi pour éviter de verser d'importantes subventions agricoles et pour protéger les marchés agricoles canadiens concernés contre les fluctuations excessives des prix sur les marchés internationaux. Au Québec plus de 6900 entreprises agricoles, réparties dans toutes les régions, opèrent dans ce système; elles sont responsables de plus de 40 % des recettes agricoles totales. Avec ce système, les consommateurs paient ces produits un peu plus chers. Mais son abolition se traduirait-elle réellement par des baisses significatives des prix aux consommateurs? Combien d'exemples d'économies annoncées ne se sont pas concrétisés? Et puis, si nos producteurs agricoles vivaient «la crise du lait» qui sévit en Europe, particulièrement en France, aurions-nous fait un réel progrès sur le plan de l'économie des régions? 

Nous ne croyons pas qu'il faille risquer la précarisation de milliers d'entreprises agricoles ainsi que les emplois dans les entreprises de transformation pour entrevoir d'hypothétiques gains dans d'autres secteurs économiques. Les Américains seront en position de demande sur beaucoup d'enjeux. Le Canada doit aussi se positionner avec vigueur et fermeté parce que nos deux économies sont interdépendantes. D'un côté comme de l'autre, personne ne gagnera à brader un secteur économique. 

Un positionnement de faiblesse à l'égard de la gestion de l'offre serait d'autant plus injustifié que les Américains soutiennent eux aussi leur agriculture. Selon le plus récent rapport de l'OCDE, les États-Unis ont accordé des subventions et d'autres aides financières aux producteurs agricoles pour un montant de 38,8G$ en 2015; le Canada pour un montant de 4,2G$, ce qui représente dans les deux pays, un soutien financier équivalant à 9,4 % des recettes agricoles (contre 18,9 % pour l'ensemble des 28 pays de l'Union européenne). En cette matière, force est de constater que nos pratiques sont semblables à celles des Américains. 

Au cours des prochaines négociations, nous pensons qu'il faudra faire valoir l'étendue de nos liens commerciaux, l'équilibre de la balance commerciale agroalimentaire et insister sur certaines de nos façons de faire respectives.

Stéphane Forget, Président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec




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