Le projet Lab École, un trompe-l'oeil pour la galerie

L'architecte Pierre Thibault, le chef Ricardo Larrivée et... (Photothèque Le Soleil)

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L'architecte Pierre Thibault, le chef Ricardo Larrivée et le père des cubes énergie Pierre Lavoie plancheront sur l'école de demain pour le ministère de l'Éducation.

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Le Soleil

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, vient de lancer, avec une fierté toute candide, son projet Lab École qui sera dirigé par trois personnalités bien connues, le chef cuisinier Ricardo Larrivée, l'architecte Pierre Thibault et le promoteur de sport, Pierre Lavoie, chargés de mener divers «chantiers» pour «développer les concepts des écoles québécoises du futur».

Il est déplorable que le ministre de l'Éducation confie à des personnalités qui n'ont rien à voir avec le monde scolaire la direction d'une entreprise devant guider l'école de demain. Il se réalise, dans nos écoles, d'excellents projets pédagogiques animés par des enseignants créatifs dont on aurait tout avantage à s'inspirer.

Quelles sont les idées lumineuses de ces nouveaux penseurs de l'éducation? Dans un document publicisant le projet Lab École, il est prévu que nos écoles deviennent «les plus beaux bâtiments du quartier» avec des «potagers sur les toits». Apprentis-chefs cuisiniers, nos enfants pourront à l'école «se faire à déjeuner comme à la maison»; les menus scolaires seront «adaptés à la région», car «on doit travailler sur la fierté régionale». Les jeunes ont aussi tout avantage à aller à l'école à pied pour arriver avec un «cerveau oxygéné».

Opération poudre aux yeux, ce projet masque les véritables problèmes qui minent aujourd'hui l'école québécoise et auxquels malheureusement les décideurs n'osent pas s'attaquer. Pour améliorer notre système d'éducation, il faudrait s'efforcer de remédier entre autres aux déficiences suivantes :

1 Comme l'a souligné récemment le Conseil supérieur de l'éducation, le système scolaire du Québec est à deux vitesses, avec une voie pour les élèves plus favorisés et plus performants, celle des écoles privées largement subventionnées et des écoles publiques à vocation particulière, et une autre voie moins réputée, celle des écoles publiques ordinaires qui se retrouvent avec de plus en plus d'élèves en difficulté d'apprentissage et de comportement. Ce système à deux voies, en plus d'accentuer les inégalités sociales, détériore le climat des écoles qui doivent faire face à une trop forte concentration d'élèves difficiles.

2 La profession enseignante au Québec vit un profond malaise. Elle montre un taux alarmant d'attrition (entre 15 % et 25 %) ou de désir d'abandon (plus de 40 %). Parmi les facteurs de stress les plus souvent signalés, il y a la précarité des conditions d'emploi pour les jeunes enseignants, la conduite de la classe perturbée de plus en plus par des élèves récalcitrants, la relation trop souvent tendue avec les parents qui prennent davantage le parti de leur enfant, le sentiment d'impuissance devant d'énormes défis pédagogiques posés par l'augmentation des élèves en difficulté. La profession enseignante n'est pas réellement valorisée au Québec. Enseigner y est vu, en général, comme un métier de second ordre.

3 La gestion du système scolaire est d'une rigidité qui entrave ses capacités d'adaptation et d'innovation. Sur le plan des conventions collectives, un critère sacro-saint comme l'ancienneté fait en sorte que, contre tout bon sens, des enseignants novices se voient confier les groupes les plus difficiles. Sur le plan des programmes d'études, les réformes conçues par le ministère d'Éducation sont souvent implantées sans la validation et sans l'encadrement nécessaires.

4 La préparation de la relève laisse à désirer. Les universités, pour des raisons purement financières, reçoivent encore trop d'étudiants dans les programmes d'enseignement primaire et secondaire par rapport à la demande de main-d'oeuvre dans le domaine. Bien des jeunes diplômés végètent dans des emplois précaires pendant des années. Il conviendrait d'être plus sélectif à l'entrée, non seulement pour assurer un bon emploi aux diplômés, mais aussi pour accueillir les meilleurs candidats et leur offrir un encadrement pédagogique plus soutenu et plus poussé.

5 La relation entre l'école et la famille s'est détériorée. Longtemps vue comme une institution chargée principalement de l'initiation des jeunes à différentes disciplines, l'école devrait aujourd'hui s'occuper de tout, de la sécurité routière à l'utilisation judicieuse des cartes de crédit en passant par la politesse dans les transports en commun. Nombre de parents pour toutes sortes de raisons (conciliation travail-famille ardue, conflits conjugaux...) se croient autorisés aujourd'hui à déléguer aux enseignants le rôle qu'ils devraient jouer eux-mêmes dans l'éducation de base de leurs enfants. Une description claire des tâches des uns et des autres s'impose.

Inconsistante société où des fantasmes de vedettes sont présentés comme des panacées pour la réussite scolaire des jeunes!

Claude Simard, professeur retraité et ex-doyen de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval




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