Ottawa et sa fonction publique tentaculaire

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Le Soleil

En fin de semaine, j'ai un peu «pété les plombs» à la lecture des chroniques sur le budget fédéral. Je ne sais pas pourquoi, mais avec l'âge on dirait que la patience diminue devant les médiocrités et les «embourrassages» politico-technocratiques.

C'est incroyable ce qu'on peut inventer lorsqu'on n'a rien à dire. Et du budget fédéral, on n'avait rien à dire. Un budget de continuité, de voir venir, de défense des fonctionnaires qui ont retrouvé un peu d'air après l'ère Harper, de je-ne-sais-pas-quoi-faire et de quoi-qu'on-ait-à-faire, faisons-le sur-le-dos-des-provinces!

Je suis arrivé au Québec, il y aura 50 ans en août prochain. C'était l'Expo 67 (c'est remarquable qu'on n'ait pas besoin d'en dire plus pour souligner la grandeur d'un moment), alors que je rencontrais l'agent d'immigration auquel je soumettais ma requête pour devenir résident. Après une demi-heure de conversation pour moi civile, il s'est levé, m'a tendu la main et m'a dit: «Bienvenue au pays monsieur, et merci d'avoir choisi le Canada».

Vous avez envie de vous battre pour un pays qui vous accueille comme ça! Mon copain Kenny, 30 ans, deux maîtrises, chercheur émérite en microbiologie, se bat depuis trois ans pour obtenir la résidence. Il a fini par suivre un petit cours d'informatique pour «fiter» dans les critères... Et ce n'est pas encore gagné! Je l'admire beaucoup pour sa résilience.

Donc, après avoir été accueilli avec tant d'égards, c'était dans la fonction publique qu'il fallait me défoncer; je l'ai gagnée en 1970 et y ai vécu une vingtaine d'années merveilleuses, tellement que je n'ai malheureusement pas vu grandir mes enfants... J'y ai côtoyé des dizaines de personnes admirables, fonctionnaires et ministres, des deux côtés politiques, se donnant de tout leur coeur pour faire du Québec une société moderne, juste et équitable. Et ils ont réussi... Si je peux me permettre, nous avons réussi.

La seule ombre au tableau pour moi est venue des relations fédérales-provinciales. Chaque innovation, chaque tentative d'améliorer des choses, même évidentes, se traduisaient en des négociations ardues d'abord motivées par le désir de ne pas perdre de pouvoirs. Plus que cela même, de tenter d'en gagner! Et les obstacles ne venaient pas toujours du politique, loin de là. Les ententes de principe avec les ministres fédéraux ne faisaient souvent pas long feu lorsqu'elles étaient reprises par la haute fonction publique fédérale.

Aujourd'hui, l'évolution du Canada se fait à travers ses budgets, les tentatives de modernisation constitutionnelle ayant donné les résultats que l'on sait. À travers ses budgets, après des passes d'armes parfois épiques avec les gouvernements provinciaux, auxquels on achète des pouvoirs d'intervention en cultivant leurs dissensions.

Quels sont les véritables tenants de ces tactiques fédérales? De quels principes démocratiques découlent-elles? Où sont les citoyens qui les soutiennent? Il n'y a que des réponses négatives à ces questions; les seuls acteurs des batailles fédérales sont les hauts fonctionnaires fédéraux qui défendent et tentent de magnifier les pouvoirs de leur administration. Essayons demain une réforme constitutionnelle qui rééquilibrerait les pouvoirs de la confédération; au-delà de l'effet des disparités provinciales, quels citoyens se battraient pour les pouvoirs d'Ottawa?

Aucun, sauf les agents de la machine fédérale, non pas comme citoyens, mais comme animateurs de l'organe tentaculaire que constitue la fonction publique fédérale! Non pas à travers une expression démocratique, telle qu'un vote, mais à travers l'élaboration des textes constitutionnels, à travers la machine qu'ils sont censés servir, mais qu'ils utiliseront en fait à leur service. Les obstacles seront tout, sauf démocratiques!

Rassurons-nous, nous ne sommes pas les seuls dans cette condition. Peut-être que si la fonction publique européenne avait été plus modeste, le Brexit n'aurait pas eu lieu. Y aura-t-il un jour un Brexit canadien?

Jean-Pierre Delwasse, Saint-Malachie




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