Je sais ce que c'est que de voir sa mère souffrir

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La société devra changer si nous voulons que nos parents soient respectés et bien traités, dit l'auteure de cette lettre.

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Le Soleil

J'ai 56 ans, je n'ai pas étudié en médecine, je n'ai fait aucun cours universitaire! Je n'ai que des études secondaires. Je peux vous dire que présentement, je sais ce que c'est que de voir sa mère souffrant de démence. Ç'a débuté il y a trois ans, et puis-je vous dire qu'au tout début, on est pas mal tout seul à chercher des solutions pour qu'on puisse prendre soin d'elle. Le système d'aujourd'hui est fait en fonction de qui ne prendra pas la responsabilité, on se lance souvent la balle!

Qui, au juste, va prendre charge de sa santé? On doit frapper à beaucoup de portes avant que quelqu'un nous l'ouvre. On l'a vu souvent pleurant, demander de mourir et voir l'appartement souillé sans oublier qu'elle-même était souillée, désorganisée. Je vais passer vite cette période qui fut autant pour elle que pour nous, ses enfants, extrêmement difficile.

Elle vivait dans une résidence pour personnes autonomes et semi-autonomes. Nous n'avons rien à dire sur cette résidence. Les gens faisaient de leur mieux dans les circonstances. Et merci de nous avoir accompagnés et aidés dans les différentes démarches pour démontrer que ma mère ne pouvait plus demeurer seule et avait besoin de soins particuliers.

Je peux par contre déplorer l'aide de son médecin de famille, qui la suivait depuis une vingtaine d'années, qui fut quasi absente! Nous avions beau lui expliquer comment ça se passait et ce que nous observions, mais ça ne pesait nullement dans la balance. Ma mère - selon elle - était apte à prendre soin «d'elle-même». Nous devions régler d'autres problèmes plus importants! Et encore une fois, je n'irai pas plus loin.

Tout ça pour vous dire qu'après plus de deux ans de crises, d'agressivité, de larmes, d'entrée et de sortie d'hôpital, nous avons eu quelqu'un qui a fait en sorte que ma mère soit prise en charge, car elle souffrait de démence. Elle devait être admise dans un CHSLD. Et selon certains, nous devrions nous compter chanceux que ça se soit fait rapidement!

Je sais très bien qu'il y a des chances que je devienne un jour comme ma mère, cette femme qui croit que sa mère est encore vivante, et lui manque. Qui aimerait aller la voir lorsqu'il va faire beau. Qui a de la difficulté à reconnaître ses enfants! Qui ne sait pas si nous sommes en été ou en hiver, s'il fait chaud, s'il fait froid, si elle a soupé, dîné, déjeuné; que c'est l'heure du coucher du lever! Qui dort 15 heures par jour, car elle est agressive et qu'on doit la médicamenter pour la calmer! On vient me dire que c'est ça une vie digne d'être vécue? Laissez-moi en douter.

Je vais parler pour moi à partir d'ici:

Je ne veux pas être confinée dans une chambre 12 par 12, sans voir autre chose que le ciel de ma fenêtre!

Je ne veux pas être le fardeau de ma fille! Que je ne reconnaîtrai plus de toute façon.

Je ne veux pas vivre sans savoir que je suis vivante!

Je ne veux pas vivre comme ma mère. Je préfère partir au moment ou ma vie ne sera qu'un corridor de CHSLD. Puis-je prendre le contrôle de ce que je veux pendant que c'est ce que je ne veux pas?

La société devra changer si nous voulons que nos parents soient respectés et bien traités. Nous devrons repenser ces résidences pour personnes dépendantes socialement. Ce n'est pas dans des immeubles de 20 étages en béton, où l'on doit attendre le printemps pour prendre de l'air, et encore! Où les travailleurs ont sous leur responsabilité plus de cinq patients. Si une telle société est revue et corrigée en fonction des vieux - et n'ayons pas peur du mot «vieux», ici - pour les intégrer non les confiner, eh bien à ce moment-là, je repenserai à demander l'aide à mourir. Mais présentement, on est loin de là!

En terminant, je veux féliciter toutes ces personnes qui travaillent chaque jour avec nos vieux. Ils travaillent fort et font souvent des miracles avec très peu!

Je préfère que mon nom ne soit pas publié pour éviter qu'on reconnaisse ma mère, que j'aime du plus profond de mon coeur.

R.S., Québec




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