Bonne sainte Anne, sauvez votre musée

Malgré la qualité de sa collection, dont une... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Malgré la qualité de sa collection, dont une large part est consacrée à la dévotion à sainte Anne, le musée n'arrivait plus à attirer les curieux.

Le Soleil, Patrice Laroche

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Le Soleil

Les journaux nous apprenaient récemment, la fermeture du Musée de sainte Anne.

C'est mon ancêtre Étienne de Lessart (1623-1703) débarqué à Québec en 1645 qui avait donné les terres pour la construction de la première église de Sainte-Anne en 1658 au début du pays français. Dès son arrivée dans la cité de Champlain, Étienne s'était fait construire une barque à voile d'une trentaine de pieds, chambre à l'avant et à l'arrière, et faisait du cabotage sur le Saint-Laurent de Trois-Rivières à Chicoutimi. Le premier du métier!

Il avait obtenu un immense lopin de terre sur la Côte de Beaupré, y avait érigé une bonne maison, cultivait la terre pour récolter du blé, de l'orge, des pois, des choux et faisait du troc de victuailles en échange de peaux de fourrures qu'il exportait en France. Pour un marin fermier, il était normal que la paroisse et l'église soient consacrées à Sainte Anne protectrice séculaire des gens en mer et des voyageurs sur l'onde océanique. Très rapidement la maison d'Étienne accueillera des pèlerins épargnés d'un naufrage en leur offrant le gite et le repas pour satisfaire leurs voeux. Étienne, mort à 80 ans, aura dix enfants et fut seigneur de L'Île-aux-Coudres et de Lanoraie.

Dans le dernier quart du 19e siècle, la reconstruction d'un nouveau temple inauguré en 1878 devient rapidement une basilique mineure et s'organise physiquement en véritable sanctuaire dans la plus pure tradition millénaire gréco-latine, comme à Delphes par exemple. Le Saint des Saints rempli d'ex-voto de miraculés dès l'entrée dans la nef abrite la statue radiée d'or de la thaumaturge installée sur une colonne triomphale près du choeur. On la regarde avec crainte et déférence.

Puis, le site sacré accessible par chemin de fer et par navire à vapeur, exploite tous les caractères du sanctuaire classique, fontaine d'eau miraculeuse, chemin de croix rédempteur dans la montagne, scala sancta (escalier sainte) qu'on monte à genoux en priant, le fabuleux cyclorama de Jérusalem, une grande résidente pour les religieuses et les Rédemptoristes maîtres de l'entreprise, un lieu d'accueil des infirmes et des malades, tables à pique-nique, réfectoires, hôtels, restaurants, boutiques à souvenirs, tout cela dans des parfums d'encens et dans un univers de cantiques et de psaumes d'allégresse portés par les grandes orgues. J'ai connu tout cela dans mon enfance, chaque été, en juillet, il y a 70 ans, j'ai acheté des médailles et une neige de la statue de la bonne sainte Anne. Mes parents étaient abonnés aux Annales. Des millions de fidèles ont vécu et vivent encore ces atmosphères. On aimait surtout les pique-niques!

Le musée demeure un magnifique édifice de style international, une des constructions les mieux réussies du sanctuaire, bien harmonisé à la majestueuse basilique tout près. Tous devraient visiter ce site et son temple. Les collections de trésors patrimoniaux du musée sont uniques, plusieurs remontant à l'époque du Régime français. Et ces espaces peuvent accueillir des expositions temporaires sur l'histoire de la Nouvelle-­France et sur la culture religieuse de notre pays à l'ère du rationalisme scientifique et de la société laïque.

Cette institution devrait être reprise par une corporation à but non lucratif, financée par les deniers de l'état fédéral et l'état du Québec, non pas pour son rapport à la religion, mais parce qu'elle s'inscrit vigoureusement dans l'élan du patrimoine national explicatif de notre passé et de notre identité. Le Musée de sainte Anne devrait être une antenne professionnelle du Musée de la civilisation, dynamisé depuis quelques années par des bénévoles et ouvert gratuitement au public. Sommes-nous si pauvres culturellement et économiquement, qu'on ne peut plus conserver l'essentiel aux portes du Cap-­Tourmente, du Mont-Sainte-Anne et de Charlevoix?

Michel Lessard, Lévis




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