La croix ou les valeurs du Christ?

Le débat entourant le crucifix de l'Hôpital du... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Le débat entourant le crucifix de l'Hôpital du Saint-Sacrement a pris des allures de croisade, selon l'auteur de ces lignes.

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Point de vue
Le Soleil

Je suis un catholique de tradition et de conviction. Être catholique n'est pas pour moi une «identité» à défendre ou à brandir. C'est plutôt un appel à suivre le Christ et son Évangile, tout en étant conscient de mes limites et de mon indignité sur ce chemin. À ce titre, j'éprouve un profond malaise avec le débat ayant cours présentement autour du crucifix de l'Hôpital Saint-Sacrement.

Après une plainte, cet objet religieux a été décroché du mur du hall d'entrée de l'établissement. La direction a jugé, sur la base de son interprétation de la jurisprudence, que c'était la chose à faire. Nous vivons dans une société de droit. Les institutions publiques ont un devoir de neutralité religieuse. Le diocèse de Québec avait proposé un compromis : ajouter une fiche d'interprétation au crucifix afin de le réduire à un objet patrimonial. Préférant vraisemblablement s'éviter de longues et onéreuses procédures judiciaires, la direction de l'hôpital n'a pas retenu cette solution et maintient sa décision. Alors que notre système de santé est aux prises avec des problèmes tellement plus urgents, entre autres à cause d'idéologiques politiques d'austérité, comment le leur reprocher?

Cette triste affaire aurait pu et dû s'arrêter là. Malheureusement, elle a plutôt pris des allures de croisade. À un point tel, apprend-on dans Le Soleil du 28 février, «qu'une importante menace à l'intégrité de l'hôpital et de ses dirigeants a été reçue». Des menaces violentes et agressives faites au nom d'un crucifix? Alors que ce dernier est le signe par excellence de l'amour inconditionnel, de la miséricorde absolue et du don de soi? La contradiction est totale!

Mais ce qui est encore plus troublant, c'est de constater que des croyants et des autorités religieuses s'associent - sans gêne - à la cabale de certains animateurs de radios de Québec qui instrumentalisent ce débat. Ces derniers prêchent sur les ondes, depuis des années, l'exact contraire de l'Évangile. Ils propagent en effet la haine et le mépris envers le prochain : les féministes, les pauvres, les handicapés, les assistés sociaux, les écologistes, les artistes, les personnes LGBT, les immigrants, les musulmans et toutes les figures publiques qui remettent en question le statu quo... Et aujourd'hui, ces mêmes agitateurs se targuent de défendre la Croix du Christ? On nage en plein délire!

En outre, plusieurs qui ne s'étaient jamais préoccupés des religieuses jusqu'à maintenant dénoncent aujourd'hui le soi-disant affront qui serait ainsi fait à leur mémoire. Or cet argument ne tient pas la route, car comme le précise un communiqué du CHU de Québec : «une plaque rendant hommage au travail d'édification de la communauté des Soeurs de la Charité est déjà présente dans le hall d'entrée de l'Hôpital. Les prochains travaux de rénovation du hall d'entrée nous donneront par ailleurs l'occasion d'encore mieux mettre en valeur l'apport historique légué par les religieuses dans l'édification de l'Hôpital du Saint-Sacrement.» 

Enfin, il faudrait quand même rappeler à certains que le crucifix n'est pas un fétiche identitaire! Pour les catholiques, il n'est pas réductible à une pièce de patrimoine ou à une oriflamme nationaliste. Être fidèle au Christ est bien plus exigeant : «Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive» (Luc 9, 23). Honorer notre histoire et notre foi, par-delà le maintien ou non d'un crucifix sur un mur, est beaucoup plus radical. Il s'agit de s'engager envers tous ceux et celles à qui le Christ s'est identifié : prendre soin des malades, nourrir les affamés, visiter les prisonniers, vêtir ceux qui sont nus, partager avec les pauvres, accompagner les souffrants, accueillir les étrangers et faire justice aux opprimés et à ceux qui ont été abusés.

En ce temps de carême, puissions-nous revenir à ces vérités plus sérieuses et fondamentales.

Marco Veilleux, Montréal, citoyen de Québec de 1992 à 2001




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