L'université, tellement plus qu'un levier économique

Sophie D'Amours... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Sophie D'Amours

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Point de vue
Le Soleil

L'éducation d'un peuple constitue l'assise d'une société prospère et riche, riche non pas qu'au sens économique ou financier, mais riche aussi d'une vision sociale en quête de justice, de vérité, d'équité et de dignité humaine, de capacités nouvelles et d'ouverture sur l'avenir. L'université est porteuse privilégiée de cette vision qui invite à jeter un regard neuf sur sa mission d'enseignement, de recherche et d'engagement dans les collectivités.

Au cours des dernières années, l'université s'est fortement définie dans la perspective d'offrir un puissant levier économique aux collectivités par la formation d'étudiants aptes au travail et par le développement de technologies et solutions à haut potentiel commercial. Cette perspective, bien que souhaitable et utile, n'offre pas aux collectivités tout le potentiel des universités pour trouver des solutions aux défis sociaux, tant contemporains que futurs. Une institution d'enseignement supérieur doit aussi être un moteur d'innovations sociales et de résolution des grandes questions humaines et humanitaires qui interpellent nos sociétés. Elle doit promouvoir l'accès à une science consciente, enrichie de recherches fondamentales, de savoirs pratiques, d'interactions avec les milieux, d'analyses critiques et de créativité.

La conscience des ruptures technologiques et sociales

Nous sommes à l'aube d'importantes ruptures technologiques, lesquelles permettront, notamment, d'explorer les potentiels du génome, d'étendre les capacités humaines par la robotique et l'intelligence artificielle, d'imprimer à la maison nos produits ou de réduire l'empreinte carbone. Les ruptures possibles portent un potentiel de déséquilibre social majeur devant lequel nos collectivités auront besoin de philosophes, de sociologues, d'économistes et d'autres experts du secteur des humanités, pour guider nos choix et assurer le progrès social et un développement humain durable. Les créateurs nous guideront à leur façon en nous présentant, à travers leurs oeuvres, leur compréhension de cette évolution. Ils sauront nous alerter, comme ils l'ont fait dans le passé tant par leurs recherches que par leurs enseignements, des écueils, risques et opportunités associés aux promesses de cette évolution. Autant les universités doivent saisir toutes les occasions qu'offre la révolution technologique en cours, autant elles doivent aussi en développer et partager la vision sociétale globale.

L'adaptation de la démarche universitaire

Qu'ils soient scientifiques, sociaux, culturels ou technologiques, les défis ne cessent de se complexifier. Nos approches pédagogiques et scientifiques peinent parfois à aborder globalement l'étude et la mise en valeur de cette complexité et des défis qu'elle engendre. Trop souvent, nos universités s'ancrent dans un modèle bipolaire, où enseignement et recherche sont déployés en deux axes mal intégrés d'une même

ambition. Pourquoi ne pas miser sur la synergie, stratégique et assumée ? Pourquoi ne pas créer de nouvelles logiques et approches d'apprentissage intégrant enseignement et recherche, résolument axées sur l'interdisciplinarité ? Les étudiantes et étudiants ont l'habileté de s'inscrire en leader de ces nouveaux espaces, d'inspirer par leur énergie, leurs idéaux et leur créativité. Ils doivent être au coeur de la réflexion sur l'adaptation de nos pratiques. Prenons par exemple la question du numérique. C'est avec les étudiantes et étudiants que nous, enseignants et chercheurs, pourrons imaginer les usages qui assureront une expérience universitaire unique et enrichie. Assurément, notre appropriation du numérique ne doit pas s'en tenir à la formation en ligne pour développer les compétences, le savoir-être, le savoir-faire et le savoir-vivre ensemble si nécessaires à la réussite. Pour une bonne part, les universités n'ont pas encore pleinement saisi les adaptations à venir et elles n'ont pas suffisamment réfléchi aux usages et aux leviers fondamentaux du numérique et de l'espace créatif qu'il permet. Ce constat s'applique à d'autres dimensions sociétales majeures pour lesquelles nos universités doivent instamment adapter leurs approches.

L'internationalisation

Plusieurs universités québécoises sont des leaders de la francophonie. Elles jouent un rôle essentiel dans l'épanouissement des peuples francophones. Ceci requiert toutefois qu'elles demeurent branchées sur l'ensemble du monde scientifique. Elles doivent être internationales - s'offrir la richesse d'une diversité culturelle, linguistique et scientifique. Nous pouvons être fiers de notre très forte position dans la francophonie, tout en offrant à nos étudiants l'opportunité réelle d'une trajectoire scientifique internationale. Il faut aller bien au-delà d'une stratégie où l'internationalisation de nos universités se concentre sur la mobilité étudiante et professorale. Peu d'institutions d'enseignement supérieur ont établi une stratégie de développement international, encore moins un plan de contribution à l'entraide humanitaire.

Qu'est-ce qui distingue une université d'une autre ? La réponse est simple : ce sont les professeurs et les équipes d'enseignants et de chercheurs. Tout en étant imputables d'une gestion saine et prudente, les universités doivent miser davantage sur les études et la recherche et, simultanément, réduire la taille des bureaucraties. Elles doivent miser sur les talents avant le béton ou les systèmes. Une université se distingue par le dynamisme et la compétence de ses personnels, femmes et hommes, qui s'engagent à valoriser et à réaliser pleinement sa mission première, qui n'oublient jamais que tous les jours, des étudiantes et des étudiants leur font confiance pour leur avenir et leur réussite.

Le fait est que les compressions budgétaires des dernières années ont fragilisé les universités québécoises. À l'image d'un « tabouret », la solidité d'une université, outre son personnel, repose sur trois piliers : la qualité de ses programmes d'études, l'excellence de sa recherche et la pertinence de ses services à la collectivité. Comme le « tabouret », chaque université ne peut réaliser sa mission et servir de levier que si ces

trois piliers sont aussi solides les uns que les autres. Force est de reconnaître que ceci n'est plus le cas. Un réinvestissement public s'impose, maintenant. Pourquoi tant d'hésitation ? Que faire pour convaincre les citoyens de la pertinence et de l'importance de leurs universités? La solution passe assurément par le dialogue, tant avec la population qu'avec les gouvernants. Ouverture, accessibilité, partenariat, efficience, gouvernance transparente et exemplaire de la part des universités sont des ingrédients essentiels pour que ce dialogue soit crédible, constructif, rassembleur et porteur.

Cessons de croire à une illusion

Il est impensable pour le Québec d'aspirer à une économie saine, environnementalement et socialement responsable, avec des universités mal adaptées et mal aimées. Renversons cette dynamique par un engagement collectif à rebâtir les piliers de nos universités pour que celles-ci durent, qu'elles deviennent des laboratoires vivants et des accélérateurs d'innovation, qu'elles nous procurent le pouvoir de construire solidement l'avenir tous ensemble, et qu'elles suscitent la fierté citoyenne.

Sophie D'Amours, professeure titulaire, Université Laval et candidate au poste de rectrice de l'Université Laval




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