Yémen, désastre humanitaire et culturel

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Un raid aérien a frappé près de la capitale Sanaa, jeudi dernier.

AP, Hani Mohammed

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Le Soleil

Depuis mars 2015, l'Arabie Saoudite et ses alliés, appuyés par les États-Unis et Israël, bombardent sans relâche le Yémen sous prétexte d'asservir les populations locales et d'anéantir les rebelles qui ont poussé à la démission le président en place depuis 2012.

Cette guerre a jusqu'ici, selon l'ONU, causé la mort de plus de 10 000 civils, provoqué le déplacement de trois millions de Yéménites et contraint 200 000 personnes à l'exil. Sur une population de 26 millions d'habitants, 14 millions ont besoin d'une aide alimentaire, tandis que sept millions souffrent de l'insécurité alimentaire, indique encore l'ONU, sans mentionner la destruction massive des habitations et des infrastructures. 

Cette catastrophe pour l'humanité, largement ignorée par les médias, est en voie de détruire un pays aux traditions millénaires. En 2004, j'ai eu le privilège de séjourner par deux fois au Yémen et de coordonner la production de la première stratégie nationale de biodiversité de ce pays. Je souhaite partager quelques notes de voyage pour vous donner une idée de ce que la guerre est en train d'anéantir :

«À la tombée du jour, lorsque s'allongent les ombres et que retraite le soleil brûlant, les rues de l'antique capitale Sana'a reprennent vie. Les habitants quittent la fraîcheur de leur maison pour celle des ruelles ombragées. Les curieux et les rares touristes partent à la découverte de cette cité moyenâgeuse classée par l'UNESCO parmi les merveilles du patrimoine mondial. Dans leurs minuscules échoppes, les boutiquiers attendant patiemment les clients en broutant des feuilles de qat cueillies dans les collines voisines. D'un côté les épices, les noix, les fruits secs, le thé, le café, le sucre en cristaux, les fruits et les légumes aux couleurs appétissantes, de l'autre, l'encens, le khôl et le rassoul imposent aux passants leurs parfums suaves. Au sein d'une cour minuscule, à l'abri des passants, un chameau harnaché depuis des heures à une meule séculaire contribue sans le vouloir à moudre les graines de sésame pour en extraire une huile légère et parfumée. 

Les ventres affamés par ces effluves alléchants s'attablent fébrilement autour d'une soupe aux lentilles ou de brochettes de viande hachée, qu'ils avalent en vitesse avec un morceau de pain. Des beignets tout chauds et dégoulinants de miel doré complètent le repas des plus gourmands.

Les commerçants de vêtements étalent les cotonnades et les étoffes tissées en Inde ou au Yémen qui viendront draper gracieusement le corps des femmes ou couvrir la tête des hommes de toutes conditions. Les orfèvres déploient leur panoplie de bijoux d'argent ciselé. Des milliers de bagues, de colliers et de bracelets couvrent les murs et les vitrines des boutiques. Combien de cous, de bras et de doigts faudra-t-il pour les porter tous?

Qui veut s'offrir une Jambiya, le classique poignard à lame courbée, n'a que l'embarras du choix. Petite ou grande taille, manche de bois, d'os ou de corne, fourreau recouvert de cuir, d'argent ou de fils d'or, il y en a pour toutes les bourses. Ce symbole masculin occupe une place prépondérante dans la vie des Yéménites qui le portent fièrement à la taille, en toutes occasions. Rarement s'en sert-on comme objet utilitaire, mais on le brandit avec grâce lors des danses traditionnelles rythmées au son des tambours. 

La lune se lève lentement au-dessus des minarets et des hautes maisons carrées, tandis que les muezzins appellent la prière du soir. Peu à peu s'illuminent les vitraux colorés qui ornent les fenêtres ou surplombent les moucharabiehs des demeures aux murs de pierre et de boue enjolivés de glaçures de stuc lactescent. Les cris des enfants emportés par leurs ébats résonnent sur les pavés usés et les murs millénaires. Tandis que la fumée des fourneaux s'élève dans l'air raréfié des hauts plateaux, au fond d'une ruelle, une ancienne mosquée accueille les dévots, l'heure est à la prière et au recueillement.»

Jacques Prescott, Gatineau




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