D'une intolérance à l'autre

Six membres de la communauté musulmane de Québec... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Six membres de la communauté musulmane de Québec ont été tués dans un attentat dans une mosquée de Sainte-Foy, le 29 janvier dernier.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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Point de vue
Le Soleil

J'avais cinq ans lorsque nous sommes déménagés «sur Saint-Cyrille». Quelques jours plus tard, ma mère m'a appelée et dit d'un ton dramatique : «Fais attention, Lorraine. Il ne faut jamais parler aux gens qui habitent au coin de la rue, là-bas : ce sont des... protestants!»

J'ignorais ce que ce mot voulait dire, mais il représentait sûrement le mal incarné. Chaque fois que je passais devant la dangereuse maison, je hâtais le pas. Pourtant, je n'ai pas 120 ans, je suis née en 1944 et j'appartiens à la génération menacée par un autre danger, le «péril jaune»! Sans compter les méchants communistes!

Avons-nous évolué, au Québec? Certes. L'oecuménisme nous a réconciliés avec les protestants. On a tellement acheté de p'tits Chinois à 25 cennes de la Sainte-Enfance que le péril jaune devrait être conjuré. Et puis, les communistes sont grugés par le capitalisme.

Mais... on a tué des gens; d'autres souffrent encore à l'hôpital. Pour des raisons religieuses. Dans notre Belle Province... en 2017! Comme si les musulmans représentaient un autre danger. Sur Internet, circule ce genre de phrase : «Ils vont nous envahir et nous imposer leur religion!» Avec des idées comme celles-là, ou d'autres aussi pertinentes, 17 enfants se retrouvent orphelins. 

Ce qui me rassure, ce sont les milliers de gens qui ont eu le coeur de sortir pour exprimer leur sympathie envers les familles atteintes. Et aussi mes amis musulmans, qui comprennent que ce tueur est un cas isolé et continuent d'aimer notre pays et ses habitants. 

N'empêche que le problème n'est pas tout à fait réglé. Mine de rien, l'intolérance survient inévitablement lorsqu'on se croit en possession intransigeante de la vérité. Certains idéologues enragés crachent sur les pauvres minables, les fêlés, masos, arriérés, tôktôk (fous, en créole) qui fabulent en s'inventant un dieu, et ainsi gâchent leur vie. D'un autre côté, des croyants peuvent mépriser ces matérialistes épais et bornés, incapables d'élévation d'esprit, si orgueilleux qu'ils privent leur âme des voluptés dont elle a tant soif. 

Soit la religion est le mal incarné, soit elle est un moyen d'accéder au bien absolu. Encore là, parmi les croyants, il y a ceux qui s'en tiennent à un créateur sans adhérer à aucune religion, un peu comme le «grand horloger » de Voltaire (féroce anticlérical). Quant à Dieu, il a changé de visage avec les époques. Après le punisseur de ma jeunesse, le pape François a consacré l'année 2016 à Sa Miséricorde. En ce qui concerne Jésus, le cas est réglé pour ceux qui adoptent l'Évangile. Sinon, on peut le concevoir positivement (maître à penser, révolutionnaire, féministe, shaman, philosophe, un belle légende) ou négativement (misogyne, habile mystificateur, dominateur, mégalomane, maso). Ne parlons pas des autres religions : c'est sûr qu'en Inde, chacun a sa conception de Krishna ou de Vishnou.

Qui a raison? Tout le monde et personne. Qu'on croie que Dieu existe ou pas, c'est une croyance dans les deux cas. Adopter une religion ou l'autre, n'en vouloir aucune, cela relève de goûts et de besoins personnels. Le problème est d'être en possession de LA vérité, de vouloir l'imposer, de condamner - parfois hargneusement. Idéalement, les choses se vivraient dans des conversations pacifiques où chacun chercherait, avec le sourire, à comprendre le point de vue de l'autre. Mais souvent, les choses dégénèrent en chicanes stériles. À la limite du spectre, surgissent des terroristes, des assassins... un Alexandre Bissonnette. 

Problème récurrent autant du côté des croyants que des athées. Il y a eu des prêtres qui suivaient Cortés massacrant les autochtones, des inquisiteurs pour envoyer des gens au bûcher; il y a eu des Hitler, des Staline, des Mao Zedong. La cruauté humaine est dans le coeur de l'homme d'abord. Ensuite, il la transpose dans ses croyances - ou anticroyances - pour agir. On s'entretue pour n'importe quoi, le pouvoir, l'argent, un principe ou la religion qui, théoriquement, est là pour répandre la paix et l'amour. 

Croire ou non? Et en quoi? C'est selon... Certains aiment le baba au rhum, d'autres les pommes fraîches. Si les goûts des autres nous dérangent alors qu'ils ne font de mal à personne, c'est qu'on a un problème personnel... 

Chacun son choix. Respectons-le. 

Sinon, adoptons le point de vue de Brassens :

«Mourir pour des idées, d'accord, mais de mort len-en-en-en-te!» 

Lorraine Paquet




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