La répression porte atteinte aux droits humains

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Dans les dernières années, un mouvement de migration de l'industrie du sexe de la rue vers des modes de communication sur internet s'est produit en partie à cause de la Loi sur la protection des communautés et des personnes exploitées, qui criminalise les clients.

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Le Soleil

En réaction au texte «Des hôteliers formés pour déceler les escortes», paru le 7 février

Les travailleuses du sexe de la ville de Québec s'inquiètent des efforts récents contre notre présence dans les hôtels et contre nos clients. La répression, qu'elle soit sociale ou policière, contribue à notre isolation, au stigma et à la violence envers nous. Nous demandons donc au SPVQ de cesser de cibler nos clients et à l'AHRQ d'inclure notre communauté dans toute initiative relative à notre présence dans leurs établissements.

Selon l'article du 7 février, l'Association hôtelière de la région de Québec (AHRQ) se pose des questions sur la présence de personnes travailleuses du sexe dans leurs établissements. Bien que cette question soit importante et qu'il peut être pertinent pour les hôteliers de s'éduquer sur les lois qui criminalisent le travail du sexe et leurs impacts sur nos droits humains, il est important de ne pas confondre le travail du sexe avec l'exploitation sexuelle. Quand il est question de travail du sexe, les avis sont multiples et, malheureusement, on oublie trop souvent les principales et les principaux intéressés.

En effet, il y a eu dans les dernières années un mouvement de migration de l'industrie du sexe de la rue vers des modes de communication sur Internet, en partie à cause de la Loi sur la protection des communautés et des personnes exploitées (LPCPE), qui criminalise les clients et qui suggère que les travailleuses et travailleurs du sexe (TDS) sont, en tout temps, victimes d'exploitation sexuelle. Malheureusement, travailler en ligne veut aussi dire être plus isolés, ne pas avoir de lieu physique pour se rencontrer entre paires. 

L'instauration de la LPCPE, maintes fois dénoncée par le Projet L.U.N.E., met réellement la sécurité des TDS en danger : les clients sont plus stressés qu'avant, ils sont parfois agressifs parce qu'ils ont l'impression de prendre plus de risque. Le temps de négociation est devenu pratiquement inexistant, les transactions doivent se faire vite et dans le secret, ce qui fait que les TDS ont moins le temps d'évaluer si elles sont confortables ou non à suivre le client. Il est faut de croire qu'une loi qui criminalise nos clients et collègues de travail puisse nous protéger de quoi que ce soit.

La pire conséquence de la LPCPE, selon les paires-aidantes impliquées au Projet L.U.N.E., reste qu'il discrédite la parole des TDS. Les personnes travailleuses du sexe devraient être les seules à juger si elles donnent, ou non, leur consentement et le fait de les considérer automatiquement comme des victimes d'exploitation leur enlève ce pouvoir une fois de plus.

L'AHRQ se pose des questions sur l'industrie du sexe. Elle cherche à mieux comprendre la réalité des TDS dans leurs institutions et on peut l'espérer, à assurer leur sécurité. Plusieurs raisons peuvent amener les travailleuses du sexe à travailler dans des hôtels, l'une d'elles est certainement leur sentiment de sécurité dans ces établissements dont l'aménagement nous permet une certaine intimité sans être trop isolées. Si vous voulez vous mobiliser pour notre sécurité, demandez-nous comment on veut faire respecter nos droits et, avant de faire appliquer des lois ou d'entreprendre des initiatives pour nous reconnaître dans vos hôtels, connaissez les conséquences qu'elles ont sur les personnes que vous voulez aider : la réduction des méfaits et l'intervention par les paires sont des alternatives à la répression qui ont fait leurs preuves. 

Si l'objectif est la compréhension, pourquoi ne pas utiliser les ressources qui sont disponibles pour accompagner les TDS là où elles sont, selon les besoins qu'elles jugent prioritaires plutôt que de solliciter le service de police qui est là pour faire appliquer des lois? La sortie publique de l'AHRQ risque de lancer un message aux travailleuses.eurs du sexe que nous ne sommes pas bienvenues dans les hôtels de Québec et que rencontrer un client dans un hôtel est maintenant beaucoup plus risqué pour nous.

Nous sommes également très déçues et inquiètes des opérations récentes du SPVQ qui ont annoncé des services sexuels en ligne et arrêté les clients qui ont répondu aux annonces. Non seulement ces opérations nous privent de revenus, elles rendent nos communications avec nos clients beaucoup plus difficiles. Si nos clients doivent se préoccuper de la possibilité d'une arrestation, il devient impossible pour nous de discuter ouvertement avec eux de nos prix, de nos services, de nos limites et de poser les questions nécessaires pour assurer que la rencontre se passe bien. Quand nos clients sont ciblés par la répression policière, il revient à nous de les protéger, souvent aux dépens de notre propre sécurité. Les opérations policières récentes portent donc atteinte à nos droits humains.

Nous, personnes travailleuses du sexe, sommes dans vos hôtels, dans vos salles de classe, nous sommes les parents des enfants que vous gardez, des citoyennes à part entière. Nous sommes les expertes de notre métier et de nos besoins. Nous voulons travailler en sécurité et être respectées comme travailleuses et comme personnes et nous voulons être impliquées dans les prises de décisions qui nous concernent.

Les équipes du Projet L.U.N.E. (Québec) et de Stella, Lamie de Maimie (Montréal)

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