Notre silence les a confortés

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Selon Pierre Céré, candidat à la direction du Parti québécois en 2015, en stigmatisant les personnes issues de l'immigration, nommément et particulièrement les personnes de confession musulmane, en faisant d'elles la nouvelle menace, certains leaders politiques, pour arriver à leurs fins, n'auront réussi qu'une seule chose : libérer et nourrir des démons.

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Ma compagne et moi étions invités il y a quelques semaines dans une réunion familiale où nos convives recevaient leurs amis. Quand nous sommes arrivés, les gens étaient regroupés au salon, à écouter l'un des leurs discourir sur l'immigration. Sans ironie perceptible, et parlant des Juifs, il disait regretter que Hitler soit mort si jeune. Silence... Et quelques regards obliques. Les musulmans? Ils finiraient tous au fleuve (famille Shafia). Silence... À peine quelques regards obliques, puis des débuts de commentaires sur ces musulmans qui ne nous respectent pas. Et on aurait pu glisser ainsi, et tout doucement, vers des échanges anodins à propos du lac pas assez gelé...

Candidat à la direction du Parti québécois en 2015, il n'y a pas une assemblée, ou presque, où je n'ai entendu, venant de l'assistance, en sourdine ou clairement exprimés, des propos xénophobes, sinon racistes, visant les musulmans en particulier, l'immigration de façon générale. À peu près jamais de réaction contraire. Comme si plusieurs se sentaient confortés et décomplexés de penser ainsi, et les autres, gênés de réagir.

Des leaders d'opinion ont participé à cela. Jean-François Lisée n'a rien inventé avec ses faux débats de l'été dernier, qu'il dit regretter aujourd'hui, à propos de la mitraillette sous la burka et du burkini dans les piscines. Se rappelle-t-il seulement avoir fait répéter à une assistance partisane dans Saint-Henri un pesant «ça suffit» se référant au hijab? Les exemples du genre, piscines et autres janettes, sont si nombreux...

Ce qui avait débuté avec le Code de vie d'Hérouxville en 2007, et le pataugeage identitaire de l'ADQ de Mario Dumont, s'est aggravé quand le Parti québécois s'est engagé lui-même dans une telle stratégie. Ainsi, à l'automne 2007, le PQ déposait un projet de loi sur la citoyenneté québécoise, envisageant de refuser cette citoyenneté avec perte de droits civiques à des citoyens pourtant canadiens vivant au Québec. C'est à cette époque que Dany Laferrière avait publiquement questionné le silence des intellectuels québécois par rapport à ces dérives, avant de se faire rabrouer par d'autres écrivains.

Stratégie de rupture

La laïcité est rapidement devenue une stratégie de rupture multipliant les amalgames avec l'immigration et l'extrémisme. Les Québécois ont besoin d'une victoire politique collective, d'une infusion d'identité, disait celui-là même qui jonglait avec le «nous» et le droit de vote pour ceux et celles qui n'obtiendraient pas leur citoyenneté québécoise. Un nouveau chef qui, encore récemment, réfléchissait sur la possibilité de retarder le droit de vote pour les nouveaux citoyens canadiens en sol québécois.

Bernard Drainville a été le porteur de ballon de cette Charte, fougueux mais simple porteur tout de même, d'une stratégie alarmiste présentant la laïcité comme un rempart contre les extrémistes qui ciblent nos écoles et nos hôpitaux, contre les terroristes. Ceux qui osaient critiquer et questionner étaient rapidement ostracisés.

En stigmatisant ainsi les personnes issues de l'immigration, nommément et particulièrement les personnes de confession musulmane, en faisant d'elles la nouvelle menace, certains leaders politiques, pour arriver à leurs fins, n'auront réussi qu'une seule chose : libérer et nourrir des démons. Notre silence les a confortés, voire renforcés.

Chercher à comprendre 

Il faut chercher à comprendre les inquiétudes et les frustrations des uns et des autres, mais pour mieux faire reculer la peur et l'ignorance. François Legault et certains de ses conseillers identitaires seront tentés de nous ramener dans ce clivage malsain. Que fera le Parti québécois? Aura-t-il la force, le courage en quelque sorte, de s'y opposer? De proposer un projet porteur pour l'ensemble de la société québécoise?

Le Québec moderne repose sur la diversité, nos appartenances sont plurielles et il n'y aura aucune construction durable de quelque projet de société, sans avoir intériorisé ce changement de paradigme. Notre action et notre engagement ne peuvent se fonder que sur l'acceptation de la différence, embrassant ici les enjeux démocratiques, et cela va bien au-delà des clivages partisans.

À la suite des tragiques évènements de Québec, l'examen de conscience auquel nous sommes conviés est important. Il ne faudrait surtout pas manquer ce rendez-vous. Il ne faudrait surtout pas rester silencieux.

Pierre Céré, auteur d'Une gauche possible et de Coup de barre

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