Trump: défis ou menaces pour le Canada?

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Avec les politiques de Trump, des emplois sont en jeu au Canada, selon Nelson Michaud.

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Le Soleil

Lorsqu'il est arrivé à la Maison-Blanche, pour signifier quelle serait sa ligne directrice en termes de politiques, Ronald Reagan a demandé que le portrait de son prédécesseur, Calvin Coolidge, soit accroché dans la salle du cabinet, là où s'anime le pouvoir exécutif américain. À entendre le discours inaugural de Donald Trump, il ne faudrait pas se surprendre d'y trouver aujourd'hui le portrait de l'isolationniste James Monroe. Qu'est-ce que cela signifie pour le Québec et le Canada?

Le commerce

L'aspect le plus saillant est assurément celui du commerce. Le premier ministre Trudeau a fait l'erreur de rapidement se dire très ouvert à renégocier l'ALENA, persuadé que le Canada y trouvera sa part du gâteau. Des analystes, toujours éblouis par l'aura médiatique du jeune dandy, et les entrepreneurs prêts à déménager ou à intensifier leurs opérations au sud de la frontière, applaudissent : les États-Unis ne peuvent se passer de nous, 35 États ont comme principal partenaire économique le Canada. Une telle analyse est assez friable : puisque le poids des États-Unis dans l'économie canadienne est plus grand que le poids commercial relatif du Canada aux États-Unis, l'impact d'une nouvelle entente qui resserrerait la frontière sera plus fortement ressenti ici que chez nos voisins. En clair, des emplois sont en jeu. Car, pour un même marché, si plus de gens produisent aux États-Unis un bien x, comme le veut le président Trump, il y en aura nécessairement moins qui le fabriqueront au Canada : «achetons américain et engageons américain», a-t-il clamé.

Il faudra aussi voir où porteront les réformes américaines. Tout le monde parle du bois d'oeuvre. Mais qu'en est-il de la culture? Sera-t-elle sacrifiée comme monnaie d'échange? Souvenons-nous que les Américains considèrent la culture comme un produit industriel, Hollywood, Broadway et Vegas obligent. Comme homme d'affaires, le président fraîchement assermenté a bénéficié personnellement de cette vision des choses. Et il y a à peine un peu plus d'une décennie, les États-Unis réintégraient l'UNESCO pour pouvoir s'opposer à la convention sur la protection de la diversité des expressions culturelles. Dans ce contexte et en vue d'une ouverture de l'ALENA, peut-on espérer que nos institutions culturelles recevront le même encadrement public dont elles bénéficient (déjà peu largement, diront-elles) actuellement? Il s'agit ici de protéger l'expression de notre identité.

Quel que soit l'angle sous lequel on observe la situation, il faut être irrémédiablement idéaliste pour voir dans l'ouverture de l'ALENA une occasion qui profitera à l'ensemble des Québécois et des Canadiens.

Le multilatéralisme

Plus inquiétant encore est l'effritement des fondements de la politique étrangère canadienne : le multilatéralisme. Le premier ministre Trudeau a voulu se distancier du gouvernement conservateur en privilégiant le travail à l'intérieur des institutions multilatérales : l'ONU, le Sommet de Paris sur le climat, etc. L'isolationnisme américain proposé par le président Trump risque de saper, à la base, les efforts de ces institutions. Les références à une Amérique aux Américains et personne d'autre sont nombreuses dans le bref énoncé prononcé sur les marches du Capitole : de «nous allons redessiner la face de l'Amérique et du monde» jusqu'à cette tirade où, après avoir regretté l'engagement international américain, il conclut en disant : «À partir d'aujourd'hui, ce sera uniquement : les États-Unis en premier. Toute décision portant sur le commerce, les taxes, l'immigration ou la politique étrangère sera faite au profit des Américains.»

On prétendra que le reste du monde peut évoluer sans se soucier de cette distance prise par un seul acteur. Des enseignements qui nous viennent à l'esprit, l'échec de la Ligue des Nations, ancêtre de l'ONU, boudée par des États-Unis isolationnistes, nous rappelle que sans être fécondé par les joueurs d'envergure, le multilatéralisme se résume à ses promesses sans jamais être en mesure de porter ses fruits. Dans ce contexte, où se situera, comment s'articulera et, surtout, à quoi servira la contribution canadienne au monde?

Le premier ministre Trudeau doit retourner immédiatement à sa planche à dessin et travailler avec sa nouvelle ministre à la définition d'un rôle adéquat pour le Canada. Car il est temps de cesser de rêver : depuis avant Mackenzie King, le Canada n'a jamais été aussi loin du radar présidentiel, ses objectifs n'ont jamais été aussi mis au défi et sa capacité de répondre n'a jamais été aussi affaiblie par un dirigeant qui ne semble pas vouloir émettre les signaux appropriés à la défense de nos intérêts.

Nelson Michaud, Ph.D.

Professeur titulaire, École nationale d'administration publique

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