Francophonie: rien ne saurait arrêter le changement

Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie... (La Presse, Martin Chamberland)

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Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie

La Presse, Martin Chamberland

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Le Soleil

En réponse au texte «Michaëlle Jean à mi-mandat: quel bilan pour l'OIF?» paru le 7 janvier

Des terroristes ont de nouveau frappé le Mali cette semaine, faisant plus de 60 morts et 115 blessés. Pour les Maliennes et les Maliens, c'est de nouveau le choc, face à une telle barbarie. Pour mon équipe aussi, dont 11 membres étaient au nombre des otages d'une brigade terroriste à l'hôtel Radisson Blu, en novembre 2015.

Nous sommes partenaires de la mise en oeuvre de l'Accord de paix, que ces forces de destruction ne veulent pas voir aboutir. Cela explique mon souci de donner l'heure juste sur les chantiers que nous menons avec beaucoup de témérité, aux côtés notamment des pays et des populations les plus vulnérables, et à leur demande. 

Mon souci constant est d'accompagner les pays dans leurs efforts, leurs désirs d'émergence, leur volonté d'une coopération plus conséquente, de tirer vigoureusement vers l'avant la Francophonie comme force de proposition, d'actions et de solutions.

Gouverneure générale du Canada, puis Envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti, j'ai vu trop d'éparpillement, de doublons et d'attitudes en silo, pour envisager la tâche autrement que dans le rassemblement des forces et le partenariat. Dans le cadre de la stratégie économique que nous menons, au plus près des populations, le programme de soutien à l'entrepreneuriat des jeunes et des femmes que nous déployons, d'abord dans 12 pays d'Afrique francophone, est un parfait exemple. 

Les très petites, petites et moyennes entreprises et industries sont des moteurs qui permettent à tout pays de tirer vers le haut son PIB. Il ressort de ce programme une approche intégrée, avec des dispositifs d'appui structurant, incubateurs et accélérateurs d'entreprises, avec les acteurs économiques, les institutions nationales, partenaires internationaux, les collectivités et des investisseurs dynamiques de tout l'espace francophone. 

La preuve est faite par l'OCDE et le FMI et nombre d'études qu'investir dans les initiatives économiques des jeunes et des femmes est un choix irréfutablement judicieux, pour une croissance partagée, un développement humain inclusif, responsable et durable.

La feuille de route, que nous portons énergiquement, n'est pas aléatoire, mais bien celle décidée par les chefs d'État et de gouvernement qui m'ont aussi élue lors du Sommet de Dakar en 2014. 

Nous ne nous éparpillons pas. L'ambition des pays est grande et parfaitement légitime, et demande de l'audace. L'idée n'est pas de trop embrasser, mais de consolider nos acquis, de partager les solutions en marche dans l'espace francophone, avec des partenaires tout aussi volontaires et de toutes nos forces réunies. Nous agissons avec méthode autrement que dans la précipitation.

Réformes et initiatives

Nos ressources sont limitées, toutes les organisations multilatérales font face au même défi. Mais notre mérite est d'avoir réussi à responsabiliser nos pays membres, associés et observateurs, y compris le Qatar, en les amenant à régler, par exemple, les paiements arriérés des contributions statutaires. Les réformes engagées dans nos propres directions, équipes et programmes portent également leurs fruits. Un autre tour de force dont nous pouvons nous féliciter. 

Je tiens à dire aussi le travail phénoménal mené avec les jeunes francophones des cinq continents qui ont répondu massivement à l'initiative Libres ensemble, que j'ai lancée début 2016. 

D'abord une plateforme interactive sur les réseaux sociaux, en moins d'un an, Libres ensemble est devenu un mouvement très actif y compris sur le terrain et a réussi à rejoindre cinq millions de jeunes de l'espace francophone. De là est né aussi un programme de financement participatif innovant, Finance-ensemble, pour soutenir généreusement le démarrage des meilleurs projets soumis par les jeunes entrepreneurs sociaux. 

Ce qui me conforte, c'est qu'au 16e Sommet d'Antananarivo, nos réalisations ont été saluées par les chefs d'État et de gouvernement, ainsi que par les chefs de délégations. Tous et d'un commun accord, ont approuvé les orientations du rapport détaillé que je leur ai présenté de nos actions politiques pour plus de démocratie, de sécurité et de stabilité, en faveur des droits et des libertés, en éducation, formation professionnelle, culture, promotion et valorisation de la langue française, nos stratégies numérique, jeunesse et économique, tous ces chantiers et combien d'autres encore sont engagés avec leur concours et leur assentiment.

Je m'enorgueillis sincèrement de cette Francophonie résolument inscrite dans le monde, bravant les urgences, les défis et les menaces nouvelles. Le monde bouge, la Francophonie aussi. Le changement est en marche, rien ne saurait l'arrêter. La Francophonie trahirait le projet de ses pères fondateurs si elle devait faire abstraction de la montée en puissance du terrorisme et de la radicalisation extrême, de l'aggravation des inégalités, du taux scandaleusement élevé et potentiellement explosif de chômage des jeunes, du non-accès tout aussi scandaleux et économiquement pénalisant des femmes à l'emploi et aux responsabilités, du nombre jamais égalé, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de réfugiés et de déplacés, de la persistance de crises et de conflits intra étatiques, de la dégradation de l'état de notre planète.

Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie

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