Pourquoi compter les calories?

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L'ajout des calories sur les menus est certes une bonne décision, mais il ne faudra pas s'attendre à des miracles si l'intention est de diminuer le taux général d'obésité au Canada, selon Sylvain Charlebois, l'auteur de ce texte.

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Le Soleil

Depuis le 1er janvier en Ontario, tout opérateur de service alimentaire ayant 20 établissements et plus doit maintenant afficher le nombre de calories contenues dans chaque mets apparaissant au menu.

Quelques États américains ont déjà adopté une loi similaire, mais au Canada c'est une première. Ce nouveau règlement interpelle les restaurants de tous genres; cafés, dépanneurs, épiceries et cinémas. Alors que plusieurs diététistes et critiques de la malbouffe célèbrent cette décision, d'autres demeurent sceptiques.

Plusieurs estiment que cette nouvelle mesure ne servira pas à grand-chose, à long terme. Au début, les consommateurs remarqueront ces nouvelles données et seront possiblement influencés par celles-ci. Mais après un certain temps, il y a fort à parier que la majorité des consommateurs ontariens ne les verront même plus. Une étude de l'Université Carnegie Mellon démontrait que les consommateurs avaient en effet légèrement augmenté leur consommation de calories. 

Par contre, le pouvoir du compte de calories aura vraisemblablement plus d'influence dans les restaurants où l'on doit s'asseoir pour commander. Selon certaines recherches, en offrant plus de temps au client pour commander, ses habitudes de consommation risquent de changer. De plus, il existe plus de choix sur un menu en restauration avec service à la table. Il est donc plus facile de faire un choix «santé», et du coup, moins calorifique. Évidemment, nous tenons pour acquis que l'information sur les menus est exacte, ce qui n'est pas toujours le cas.  

L'ajout des calories sur les menus est certes une bonne décision, mais il ne faudra pas s'attendre à des miracles si l'intention est de diminuer le taux général d'obésité au Canada. Les consommateurs peuvent devenir plus consciencieux sans nécessairement changer leurs habitudes. C'est ce que l'on a observé à New York depuis 2008 et à Seattle depuis 2012 où les calories sont indiquées sur les menus depuis déjà un bon moment. Selon certaines statistiques, plus de 22 % des Canadiens sont obèses et presque 59 % ont un surplus de poids. À ce chapitre, Terre-Neuve affiche le plus haut taux d'obésité au pays tandis que la Colombie-Britannique enregistre le plus faible. L'ensemble des pays industrialisés vit un phénomène semblable. Le problème est beaucoup plus complexe et digne d'une approche stratégique plus élaborée.

Le principal problème se situe au niveau de la fréquentation des restaurants par les Canadiens. Ceux-ci dépensent maintenant plus de 80 milliards $ en alimentation, hors ménage. De cela, 63 % des recettes proviennent des grandes chaînes. L'année 2016 sera encore une autre période record. Ces dernières années, les recettes en restauration augmentent de 4 % ou plus par an, un rythme qui dépasse nettement la hausse observée en épicerie. Bref, le ménage moyen canadien dépense maintenant près de 30 % de son budget en alimentation à la consommation hors ménage, du jamais vu. 

Aux États-Unis, 2016 fut une année historique. Chez notre voisin, où le taux d'obésité dépasse maintenant 38 %, le ménage moyen en 2016 a dépensé davantage en restauration qu'à l'épicerie, et ce, pour la première fois de son histoire. Si la tendance se maintient, le ménage canadien atteindra ce seuil d'ici quelques années. En effet, d'ici 2035, le consommateur canadien moyen dépensera possiblement autant d'argent au restaurant qu'à l'épicerie. C'est un peu ce qui encourage des entreprises comme Cara, 3G Capital et même Warren Buffett à s'intéresser autant à la restauration ces dernières années. 

Compte tenu de la forte corrélation entre le taux d'obésité et le taux de fréquentation des consommateurs en restauration, l'effort d'ajouter le nombre de calories sur les menus sera vraisemblablement infructueux. De visiter notre restaurant favori une fois de temps en temps n'est pas un péché, mais de le visiter trop souvent l'est peut-être pour notre bien-être.

Sylvain Charlebois, Faculté de management, Université Dalhousie, Halifax 




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