Faut-il sonner le glas du néolibéralisme?

Aux États-Unis, Bernie Sanders incarnait pour plusieurs démocrates... (AFP, Nicholas Kamm)

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Aux États-Unis, Bernie Sanders incarnait pour plusieurs démocrates une solution au néolibéralisme, souligne l'auteur.

AFP, Nicholas Kamm

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Le Soleil

Le 2 juin dernier, un article paru dans Les Affaires titrait «Le néolibéralisme est mort, selon le FMI!». Entendu comme la doctrine politique dominante depuis les années 80, le néolibéralisme - qui affirmerait notamment la nécessité de diminuer le rôle de l'État dans l'économie afin de laisser plus de place à la concurrence et au libre-échange - serait, selon trois économistes du Fonds monétaire international, un échec retentissant.

Bien entendu, le fait que le FMI (Fonds monétaire international) annonce la mort du néolibéralisme n'implique pas que tous les gouvernements s'étant engagés sur cette voie vont soudainement faire marche arrière. Il est cependant intéressant de constater que l'événement politique le plus marquant de 2016, soit l'élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, donne un certain poids à la thèse du Fonds monétaire. 

Les discours critiques à l'égard du néolibéralisme ne datent pas d'hier. À gauche, cette idéologie politique a été décriée et combattue sur de nombreux fronts. Des partis comme Syriza en Grèce se sont fait élire grâce à un programme visant à sortir le pays des mesures d'austérité. Aux États-Unis, Bernie Sanders incarnait pour plusieurs démocrates une solution au néolibéralisme. Pour le candidat ouvertement socialiste, l'élite économique américaine, incarnée notamment par Wall Street, était responsable de la situation économiquement difficile du pays. Malheureusement pour la gauche, ces deux tentatives ont échoué. 

La gauche n'a cependant pas le monopole de la critique du néolibéralisme. Bien qu'elle n'emploie que bien rarement le terme, nous assistons depuis plusieurs années à l'émergence d'une droite de plus en plus méfiante à l'égard des conséquences du néolibéralisme, comme la mondialisation, et dont Trump semble être la manifestation la plus récente. En effet, alors que la candidate démocrate défaite incarnait davantage une tendance néolibérale, notamment en ce qui a trait au libre-échange, le milliardaire américain a réussi à remporter la présidentielle américaine avec un programme s'inscrivant davantage dans une logique protectionniste. La volonté du président désigné de déchirer l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ainsi que celle de construire un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique témoigne bien d'un discours plus proche du repli économique et identitaire que du néolibéralisme. 

La victoire de Trump risque également d'avoir une influence sur les élections françaises de 2017. En effet, le Parti socialiste est considérablement affaibli à la suite de ses cinq années au pouvoir, et plusieurs commentateurs prévoient déjà que le deuxième tour de la présidentielle opposera le candidat du parti des républicains, François Fillon, à la chef du Front national, Marine Le Pen. Cette campagne pourrait donc ressembler à celle qu'ont connue les États-Unis en 2016. En effet, Fillon ne cache pas son adhésion aux idées néolibérales, avouant même apprécier se faire comparer à Margaret Thatcher. De son côté, le Front national admet ouvertement sa volonté d'instaurer des politiques de protectionnisme identitaire et économique (avec notamment la sortie de la France de l'euro). La victoire de Trump pourrait-elle galvaniser suffisamment les appuis de Marine Le Pen pour lui permettre de devenir présidente de la république? Il faudra attendre le 7 mai prochain pour le savoir.

Nous avons cherché ici à défendre l'hypothèse que l'élection de Trump pourrait signifier que nous sommes entrés dans une nouvelle phase du capitalisme. Est-ce que cela implique nécessairement la mort définitive du néolibéralisme? Nous croyons qu'il serait quelque peu téméraire d'affirmer une telle conclusion. Des concepts comme celui de néolibéralisme cherchent avant tout à rendre compte de la réalité. Mais comme cette dernière est extrêmement complexe, il est donc difficile de trouver des termes permettant de la décrire de manière précise. Le néolibéralisme sera sans doute un concept encore pertinent pour analyser et comprendre le capitalisme de demain, mais il est également fort probable qu'il ne pourra pas s'acquitter seul de cette tâche. 

Thomas Laberge, étudiant à la maîtrise en science politique, Montréal

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