Urgences: la solution passe par les soins à domicile

Il est temps d'enlever nos lunettes roses et... (Archives La Presse)

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Il est temps d'enlever nos lunettes roses et d'arrêter de croire que l'offre actuelle de soins et services à domicile est suffisante et adaptée aux besoins, estime l'auteur.

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Point de vue
Le Soleil

Avec l'arrivée du mois de décembre, il faut croire que l'odeur du temps des Fêtes s'est propagée jusqu'au ministre de la Santé qui multiplie les annonces d'investissements un peu partout dans le réseau de la santé. De l'argent frais ou de l'argent préalablement coupé pendant le dernier exercice? C'est assez obscur, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse ici. Ce qui me semble important, c'est de discuter de la désirabilité sociale de ces mesures.

Le ministre a récemment annoncé l'investissement de 100 M$ entre autres pour financer l'ouverture de 1472 lits en CHSLD et pour désengorger les urgences. Ce faisant, il vise principalement les aînés en perte d'autonomie prononcée qui occupent un lit d'hôpital en attendant que l'on trouve un milieu de vie substitut au domicile.

Actuellement, plus de 3500 Québécois sont en attente d'une place en CHSLD. Notons que cette liste s'allonge chaque mois et que, même si les lits annoncés étaient tous ouverts, cela laisserait tout de même plus de 2000 personnes en attente. De plus, il y a fort à parier qu'avec l'ouverture des places promises on observera à court terme une diminution du temps d'attente pour une place en CHSLD suivie par le retour de temps d'attentes similaires à ceux que nous connaissons aujourd'hui. 

Toute seule, la solution proposée ne règle pas le problème réel qui est l'inadéquation entre l'offre et la demande de services pour le maintien des aînés à domicile. Il est aussi paradoxal de prétendre souhaiter prévenir l'hébergement de cette clientèle en investissant dans l'hébergement. La vraie solution se trouve dans un continuum de prise en charge et un renforcement des soins à domicile.

En pratique, l'annonce du ministre apportera des bénéfices à court terme pour un nombre assez limité d'aînés. Rappelons qu'à court terme, il y a aussi des élections... comme le hasard fait bien les choses!

La tentation de l'urgence 

Pourquoi tant d'aînés en fin de soins actifs occupent-ils des lits de courte durée à l'hôpital, et particulièrement aux urgences? Il est temps d'enlever nos lunettes roses et d'arrêter de croire que l'offre actuelle de soins et services à domicile est suffisante et adaptée aux besoins.

Avant de se présenter à l'urgence, nos aînés sont principalement à domicile ou en résidence pour personnes âgées. Or, en pratique, l'offre de soins et services dans ces milieux est limitée, peu flexible et mal adaptée à l'évolution des besoins. Et pour des gens à court de solutions, la seule porte qui est ouverte 24/7 et toute l'année, c'est la salle d'urgence. 

Le problème c'est que cela crée un cercle vicieux. Les études convergent pour démontrer les effets délétères de l'hospitalisation des aînés à l'urgence puis dans des lits d'hôpitaux de courte durée. Ces hospitalisations ont tendance à rapidement diminuer l'autonomie des ainés, à les rendre plus vulnérables et dans un état plus précaire qu'au départ. Investir dans les urgences n'a rien d'une solution pour répondre aux vrais besoins. 

D'autres solutions, qui ne gravitent pas uniquement autour du CHSLD ou de l'urgence, existent. Comme rehausser l'offre de services à domicile pour les aînés en perte d'autonomie et permettre une certaine flexibilité dans leur allocation. Ainsi, en cas d'urgence à domicile, la flexibilité du système permettrait une réponse rapide sans recourir à l'urgence. Une autre avenue est une allocation de soutien à l'autonomie comme celle proposée par Réjean Hébert en 2013. Elle permettrait aux usagers et aux familles de choisir les services dont ils ont réellement besoin pour assurer un maintien à domicile.

Les récentes annonces du ministre Barrette montrent bien que le gouvernement libéral est passé en mode préélectoral. La période de Noël rend encore plus évidente cette logique de distribution de cadeaux où le but est de redorer l'image du gouvernement beaucoup plus que de réellement améliorer les choses. Et si nos ainés méritaient mieux qu'une autre livraison de bibelots inutiles cette année? 

Et si pour une fois, au lieu de s'occuper des apparences, on essayait de trouver de vraies solutions?

Yan Giroux, étudiant à la maîtrise en sciences infirmières, boursier de la Chaire Politiques Connaissances Santé, Montréal

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