Le Québec fait-il semblant d'aimer les aînés?

S'il faut se réjouir de la volonté politique... (La Presse)

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S'il faut se réjouir de la volonté politique de lutter contre la maltraitance envers les personnes aînées, il faut cependant se désoler d'avoir besoin de nouvelles lois pour que les personnes aînées ne soient pas maltraitées, souligne l'auteure.

La Presse

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Le Soleil

Dans le rapport de synthèse d'un colloque tenu en France, le professeur Bernard Beigner affirmait que «la société contemporaine fait semblant d'aimer les vieux». Si l'affirmation semble dure, la question se pose sérieusement dans différents pays. Elle se pose aussi chez nous.

La maltraitance envers les personnes aînées est devenue un problème social au Québec. Régulièrement, des situations impliquant une ou plusieurs personnes aînées maltraitées au plan financier, psychologique ou physique sont dévoilées dans les médias. On peut notamment penser ici aux chroniques récentes de Mylène Moisan au sujet de Roger, un aîné exploité par sa nouvelle conjointe. Fréquemment, les tribunaux rendent des décisions qui font état de personnes aînées qui ont été exploitées par des membres de leur famille, des proches, des vendeurs, des prestataires de services, des professionnels, des fraudeurs sur internet, etc.

Le problème est si important que le gouvernement du Québec a adopté un Plan d'action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées en 2010. Ce plan d'action a été reconduit jusqu'en 2017 et un second plan gouvernemental est prévu pour 2017-2022. Le premier plan d'action a pour objectif : « de contribuer à augmenter le degré de vigilance et de connaissance sur le phénomène de la maltraitance envers les personnes aînées, de renforcer et de mettre en oeuvre de façon plus large des actions qui tiennent compte de sa complexité et d'assurer un continuum de services permettant de prévenir la maltraitance, de dépister les personnes qui pourraient être touchées et d'intervenir pour y mettre fin.»

Dans la foulée de ce plan d'action, le gouvernement a déposé le projet de loi 399 : Loi visant à enrayer la maltraitance des personnes vulnérables hébergées dans le réseau de la santé et des services sociaux en 2013, qui n'a cependant jamais été adopté. Le 19 octobre dernier, le Gouvernement a présenté un nouveau projet, le projet de loi 115 : Loi visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés et toute autre personne majeure en situation de vulnérabilité. Des consultations sur ce projet auront lieu au mois de janvier prochain.

S'il faut se réjouir de la volonté politique de lutter contre la maltraitance envers les personnes aînées, il faut cependant se désoler d'avoir besoin de nouvelles lois pour que les personnes aînées ne soient pas maltraitées. Alors que dans certaines sociétés la personne âgée est valorisée, notamment pour son expérience et sa sagesse, au Québec, il faut adopter de nouvelles lois pour s'assurer qu'elle ne soit pas maltraitée!

Heureusement, la plupart des personnes âgées ne sont pas des personnes vulnérables ou victimes de maltraitance et leur implication sociale est source de richesse pour la société québécoise. Nous ne voudrions pas faire de l'âgisme. Ce n'est cependant pas le cas de toutes les personnes aînées. Des études pancanadiennes rapportent que de 4 % à 7 % des personnes âgées qui vivent à domicile sont aux prises avec au moins un type de maltraitance infligée par leurs proches. Si cette prévalence est maintenue, de 92 000 à 161 000 aînés pourraient être victimes d'une forme de maltraitance en 2031 et de 116 000 à 203 000 en seraient victimes en 2061, suivant les projections démographiques pour le Québec. Certains croient d'ailleurs que les cas de maltraitance envers les personnes aînées qui sont déclarés ne seraient que « la pointe de l'iceberg ». En effet, certaines personnes aînées qui sont inaptes ne sont pas en mesure d'exprimer qu'elles sont maltraitées. D'autres aînés ne reconnaissent pas qu'ils sont maltraités, alors que d'autres encore hésitent à dénoncer la situation en raison du lien qui les unit à la personne qui les maltraite ou par peur de représailles (source : Gouvernement du Québec, Plan d'action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées 2017-2022 : Document de consultation - Appel de mémoires, direction des communications, ministère de la Famille, 2016).

Devant cette triste réalité, il ne faut pas faire «semblant». 

Le problème de la maltraitance envers les personnes aînées - comme celui de toute forme de maltraitance - est complexe et multifactoriel. La meilleure législation ne réussira jamais à résoudre tous les problèmes si la société ne s'intéresse pas davantage au sort de ses personnes âgées qui sont en situation de vulnérabilité. De meilleures lois peuvent certes améliorer la situation, mais face à un problème social, chacun de nous doit se sentir concerné.

Me Christine Morin, professeure à la faculté de droit de l'Université Laval, titulaire de la Chaire de recherche Antoine-Turmel sur la protection juridique des aînés 

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