Le monarque, le marché et les contribuables

Le déménagement du Marché du Vieux-Port équivaut à... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Le déménagement du Marché du Vieux-Port équivaut à «déshabiller Jacques pour habiller Paul», estime l'auteur.

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Point de vue
Le Soleil

Depuis un bon bout de temps à Québec, tous les débats publics sur le bien commun sont orientés par un seul homme. Fort jadis de son appui populaire, il mène la ville comme un monarque sans faire fi des opinions des uns et de ceux qui sont ou ont été son soutien jusqu'ici : les contribuables.

Le principe de l'écoute ou celui du respect n'existe plus. Il n'a pas de temps à perdre. Il faut du grand, du gros, du spectaculaire. L'argent des contribuables n'est pas important. L'important, c'est le deal. Et ceux qui sont contre ou proposent autre chose sont identifiés comme des cibles à abattre. Qui s'oppose s'expose. Nous sommes collectivement rendus là.

Il y a donc quelqu'un qui décide seul pour nous maintenant. Quitte à se tromper à profusion. Il fait cela sans nous consulter. 

À titre d'exemple, la décision de déménager le Marché du Vieux-Port. Vous savez, la décision de «déshabiller Jacques pour habiller Paul». Nous étions trois interlocuteurs principaux cette semaine à nous soulever contre le projet de déménagement non désiré du marché public du Vieux-Port au Centre Vidéotron. Et qu'est-ce que le maire a fait? Attaquer les personnes et nier la problématique.

Sa réponse à Daniel Vézina a été de lui rappeler qu'il avait une ville à gérer et que M. Vézina ferait mieux de s'occuper de son resto. 

J'ai entendu ces propos au moment où j'essayais de stationner ma voiture sur la rue Saint-Jean, face à l'épicerie Moisan. Les rues étaient encore pleines de neige parce que les autorités de la Ville n'avaient pas jugé nécessaire de ramasser, la veille. La ville était bloquée, et surtout les artères commerciales. Les restaurateurs et les commerçants pestaient contre le style de gestion du maire, car ils ont eu une journée à peu de revenus. Les clients sont restés au bureau ou à la maison. La circulation dans la ville ne fonctionnait pas cette journée-là. Une septième année de promesses non tenues, en passant. 

Aux marchands des Halles Fleur de Lys, le maire a dit que «les Halles, ça va très mal actuellement» et qu'il allait les déménager dans le Grand Marché. Mais qui est-il pour juger et disposer des biens et des personnes? Avez-vous vu leurs états financiers? Sommes-nous rendus dans ce genre de ville-là?

Enfin, la réplique principale de M. Labeaume aux arguments, aux faits et aux chiffres de Jean Rousseau est de l'accuser d'être en campagne électorale. «Who's talking?» 

Pour ne pas entendre le message des commerçants de plusieurs artères commerciales, le maire a sorti un autre lapin de son chapeau. Pour les gens de la 3e Avenue, il a dit : «On a un projet assez fou avec eux pour être sûrs qu'ils puissent profiter de tout ce qui va se passer à ExpoCité.» Mais quel est donc ce projet fou-fou-fou? 

Pour l'espace marché public du Vieux-Port, le maire a annoncé un nouvel emplacement avec installation temporaire qui sera réservé aux touristes pour la courte saison. Selon cette logique, on ne veut plus que les résidents du Vieux-Port puissent s'approvisionner dans leur quartier l'année durant.

Mais le plus choquant, c'est que la Ville a entre les mains une étude qui nous informe que plus de 61 % des répondants sont peu favorables au déménagement; que 54 % des gens sondés n'iront pas plus de trois fois par année au marché de l'amphithéâtre et que les gens qui utilisent ce type de commerce ont un revenu supérieur, ce qui n'est pas le cas des résidents du secteur. Qui donc ira au marché?

Quand on lit l'étude, le risque financier est énorme compte tenu du risque et l'investissement d'argent public est disproportionné. Qui investirait 25 millions $ dans un commerce qui risque de plafonner après les premiers mois et l'émerveillement de son ouverture? Ça, c'est un deal?

Nous comprenons que la Ville a volontairement caché cette étude puisqu'elle n'est pas favorable à la volonté unilatérale du maire. En plus des statistiques défavorables à la rentabilité du projet, on peut y lire que les marchés publics qui fonctionnent bien sont situés dans les quartiers historiques ou sur le bord des ports ou dans les centres-ville. Pourquoi on ne le développe pas là où il est??

Si nous étions des commerçants au Marché du Vieux-Port, nous serions inquiets. Nous savons que l'on vous a fait des pressions indues pour ne pas critiquer le projet du maire et rester positifs en public. Mais dans le fond de votre coeur, comment vous sentez-vous? Faites comme des dizaines de commerçants et de restaurateurs et mobilisez-vous. Prenez vos fourches et vos fourchettes et envahissez le château de Louis XVI. Vous avez le droit de parler. Vous avez le droit au respect. Vous avez le droit de choisir votre destinée et ne pas mourir.

Nous apprenions vendredi dernier que le régime des deals extraordinaires continue. Dernier en liste, le Centre Vidéotron dont les taxes ne reflètent pas la valeur du bâtiment. Mais vous, contribuables, n'aurez pas le même traitement et de toute façon vous n'avez pas le droit au chapitre.

Un roi qui ne respecte pas ses sujets et qui n'entend pas son peuple. Épiciers, restaurateurs, commerçants et citoyens, unissons-nous pour que l'on respecte les contribuables de cette ville. C'est aussi votre ville!

Marc Engel, Épicerie Fine La Réserve




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