Trump et Twitter

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Le président désigné des États-Unis, Donald Trump

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Le Soleil

Les succès des campagnes présidentielles américaines de Barack Obama, où il a placé les réseaux sociaux au coeur de sa stratégie Internet, peuvent sembler comme étant un modèle à imiter pour les politiciens. Les réseaux sociaux, sans aucun doute, sont utiles à une bonne communication politique comme l'ont été la radio et la télévision à une autre époque.

Pour plusieurs, les réseaux sociaux permettent une nouvelle forme de communication politique. En écrivant de courts messages de moins de 140 caractères à propos de ce qu'il pense ou une photo de ce qu'il est en train de faire, le politicien permet un dialogue permanent entre lui et ses citoyens. Les réseaux sociaux permettent une communication directe entre le politicien et les électeurs, sans le filtre des médias traditionnels.

Toutefois, généralement, rien n'est plus ennuyant que de suivre un politicien sur Twitter. C'est bien souvent «l'ère du vide» pour reprendre la formule de Gilles Lipovetsky. Devant une catastrophe naturelle, le politicien exprime sa tristesse. Devant un attentat, il le condamne. Devant le décès d'une personnalité publique, il exprime ses condoléances aux proches. Devant une victoire sportive, il adresse ses félicitations aux athlètes. Et ainsi de suite devant une commémoration, une fête nationale ou tout autre événement. C'est la communication de la banalité.

En revanche, il existe des exceptions. Des politiciens qui se disent snobés par les médias à cause de leurs idées et pour qui Twitter devient une tribune efficace. Ils cherchent la provocation, telles des têtes brûlées de la politique, avec un comportement sur Twitter qui ferait faire une dépression à n'importe quel conseiller en communication.

Donald Trump, le président désigné des États-Unis, appartient sans conteste à cette catégorie. À première vue, le fil Twitter de Donald Trump se distingue de celui de ses confrères politiciens en étant beaucoup plus vulgaire, populiste et centré sur lui-même. Les attaques personnelles comme les réflexions simplistes se succèdent. Cependant, quand on l'observe plus attentivement, on remarque que Donald Trump utilise son compte Twitter pour prendre une position pamphlétaire, minoritaire et victimaire, en étant celui non seulement qui dirait la vérité que les médias cachent, mais en étant aussi celui qui s'opposerait à la pensée dominante des élites. Cette stratégie de communication semble lui apporter beaucoup de succès.

Le fait qu'il utilise Twitter et les médias sociaux plutôt que les médias traditionnels laisse sous-­entendre qu'il subit une intimidation médiatique. Un peu comme si les médias censuraient ses idées et ses valeurs pour promouvoir les leurs. Les idées et les valeurs que défend Donald Trump, qui seraient supposément censurées par les médias, sont ainsi présentées comme une sorte de fruit défendu. Son fil Twitter devient ainsi non seulement attrayant, mais également un moyen d'attaquer les médias traditionnels et les idées et valeurs qui leurs sont associées.

Le fil Twitter de Donald Trump a aussi du succès puisqu'il s'oppose à un discours progressiste qui est présenté comme une doxa dominante. En transgressant cette supposée pensée dominante - «pensée unique» pour reprendre la formule d'Alain de Benoist de la «nouvelle droite» -, il prend une posture rebelle. Il s'oppose au «politiquement correct» avec tout ce que cela implique comme pouvoir de séduction. Ainsi, son fil Twitter prend la forme d'un discours décomplexé, d'une volonté de briser des tabous et de s'opposer aux bien-pensants, voire à une police de la pensée.

Ce même type de discours populiste et antiélitiste existe au Québec. À défaut d'avoir une forte présence au sein du paysage politique, il se développe de plus en plus au sein du paysage médiatique et, bien évidemment, sur Twitter et Internet. Ici, comme ailleurs, un devoir de vigilance s'impose.

Philippe Bernier Arcand

Auteur de Le Parti québécois : d'un nationalisme à l'autre

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