Pétrole: les vieilles traditions ne fonctionnent plus

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La jeune économie biophysique cherche à analyser et à comprendre la dépendance de notre civilisation aux énergies fossiles - pétrole, gaz et charbon, par exemple.

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Le Soleil

Le jeune premier ministre Trudeau est remarquable pour les vieilles orientations qu'il adopte, en partant par sa volonté, durant la campagne et depuis, de relancer la croissance par des investissements dans les infrastructures.

On s'attend à voir cela dirigé vers le réseau routier, mais parmi les sources de croissance les mieux éprouvées se trouve l'exploitation des sables bitumineux, et cela figure parmi les priorités du nouveau gouvernement canadien. De là il n'y a qu'un petit pas pour soutenir que les pipelines (nouveaux ou vieux en expansion) figurent parmi les infrastructures les plus importantes qui soient.

Alors que les vieilles traditions se coulaient dans le béton (et l'asphalte) au fil des décennies, une nouvelle donne s'est montrée de plus en plus insistante. La jeune économie biophysique cherche à analyser et à comprendre la dépendance de notre civilisation aux énergies fossiles - pétrole, gaz, charbon - et commence avec un regard sur le rendement énergétique de nos sources d'énergie. Ce taux de rendement (ÉROI), disons le nombre de barils produits en fonction du nombre de barils investis dans l'exploitation, a connu un heureux départ, environ 100 pour 1 pour les énormes gisements de l'Arabie Saoudite dans les années 30. 

Pendant notre sommeil, axé sur les grandes tendances que ceci a permis pendant des décennies, l'énergie conventionnelle, dont ces gisements étaient le cas type, s'est progressivement épuisée, au point où l'ÉROI des gisements actuels dans leur ensemble se trouve aux environs de 17. Ce taux de rendement inclut une part de plus en plus importante de ce qu'on appelle les énergies non conventionnelles, dont les sables bitumineux, le pétrole et le gaz de schiste et les gisements en eaux profondes. 

Les énergies non conventionnelles ont une caractéristique en commun : elles coûtent plus cher à produire et leur prix est donc plus élevé. Derrière ce phénomène se trouve le fait que la hausse du coût est aussi énergétique : plus d'énergie (normalement fossile) est nécessaire pour développer les gisements d'énergie non conventionnelle, ce qui fait que leur rendement énergétique est plus faible. Le rendement des sables bitumineux, par exemple, se trouve en dessous de 5, et ceux-ci nous procureraient donc une contribution à nos besoins inférieure par un facteur de 20 par rapport à ce qui nous a soutenus au début de cette ère. L'économie biophysique estime - et c'est presque une évidence une fois qu'on regarde la situation en ces termes - qu'il nous faut un rendement supérieur à 5, probablement supérieur à 10, et voilà le problème.

Un avenir énergétique compromis

La lubie de voir remplacée l'énergie fossile par les énergies renouvelables (éolienne, solaire, autres) ne convainc manifestement pas les décideurs dans leur détermination d'assurer un approvisionnement sécurisé en énergie fossile pour les décennies à venir. Le rejet semble fondé, tellement cette filière, aussi souhaitable soit-elle, n'offrira pas un rendement énergétique suffisant et en quantités suffisantes pour alimenter notre gourmandise. 

Nous allons apparemment connaître bientôt les propositions du gouvernement Trudeau et celles des provinces sur les mesures à adopter face aux changements climatiques, et tout semble s'orienter vers l'effort de la vieille tradition de concilier le développement économique, prioritaire, avec les impacts environnementaux (et sociaux) jugés comme toujours échelonnés dans le temps et pouvant être mitigés. Nulle part dans les débats ni dans les orientations qui seront adoptées ne verrons-nous la moindre reconnaissance de ce qui est fondamental, le fait que notre système est fondé sur un approvisionnement en énergie (surtout fossile, et cela même au Québec pour près de la moitié) bon marché et ayant des rendements énergétiques importants. Dans les années à venir, avec l'épuisement progressif des gisements conventionnels, nous devrons composer avec un approvisionnement en énergie fossile presque exclusivement non conventionnelle et ayant un rendement énergétique qui frôlera l'inutilité. 

La remise en état des infrastructures du réseau routier nous mettra sur une voie où les transports commercial et automobile qui définissent notre passé, voire notre présent, ne seront pas à l'avenir la source d'un rendement justifiant les investissements; ces transports sont définis par une consommation importante d'énergie qui n'aura pas d'avenir dans les années qui viennent. La construction d'oléoducs pour transporter le pétrole venant des sables bitumineux nous mettra sur une voie où les rendements qui pourront y être associés iront de pair avec une dégradation inéluctable de notre niveau de vie; celui-ci ne pourra dépendre à l'avenir de sources d'énergie fossile bon marché et ayant un rendement énergétique utile ni d'énergies renouvelables en quantités suffisantes pour maintenir ce niveau de vie. 

Nous jouons donc à la roulette russe pour ce qui est des changements climatiques, mais aussi en ce qui a trait à notre niveau de vie à venir. 

Harvey L. Mead, premier commissaire au développement durable du Québec et blogueur sur Harveymead.org

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