SRB: les élus en pleine déroute

Dans l'histoire du SRB, désormais une véritable épopée,... (Archives, image fournie par La Fabrique projection)

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Dans l'histoire du SRB, désormais une véritable épopée, le maire de Québec, Régis Labeaume, le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, le ministère des Transports (peu importe le ministre), et récemment la nouvelle chef de l'opposition à la Ville de Québec, Anne Guérette, nous ont tour à tour fait sourciller et soupirer de découragement.

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Point de vue
Le Soleil

Triste histoire qui se répète trop souvent à Québec: la principale préoccupation de nos élus est de se faire (ré)élire aux prochaines élections. C'est alors qu'on assiste à une jolie, mais désolante démonstration de populisme.

Au diable les convictions ou le mandat de servir la population et de travailler dans l'intérêt supérieur de sa ville. Qu'importe si le projet est sensé et s'il a des effets foncièrement positifs pour l'avenir de toute la région, y compris son économie. Tout ce qu'on veut, ce sont des votes et, à mots couverts, éviter les crises créées de toutes pièces par les radios d'opinion. 

Dans l'histoire du SRB, désormais une véritable épopée, le maire de Québec, Régis Labeaume, le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, le ministère des Transports (peu importe le ministre), et récemment la nouvelle chef de l'opposition à la Ville de Québec, Anne Guérette, nous ont tour à tour fait sourciller et soupirer de découragement.

Après maintes tergiversations interminables, l'administration Labeaume met finalement, en 2015, le projet de tramway au rancart - rappelons que le tramway faisait l'objet d'études depuis le début des années 2000 (15 ans!) - pour privilégier le projet de service rapide par bus (SRB). Les pouvoirs municipaux et provinciaux ont toujours cité comme motif principal le coût trop élevé d'un tramway, et ce, même si on construit des autoroutes pour beaucoup plus qui sont à refaire 10 ans plus tard.

Comme dans la dérive des voies réservées sur l'autoroute Robert-Bourassa, un fiasco aggravé par le manque de leadership d'un ministère des Transports qui semble ne connaître rien d'autre que la voiture (individuelle) électrique, on s'est aplati devant quelques sondages et le hurlement de certains animateurs de radio mal intentionnés. 

Dans une vision à long terme, un tramway aurait été un choix plus judicieux, mais le projet de SRB représente somme toute un bon compromis, surtout si l'option d'un SRB convertible en tramway est retenue, comme le souhaite officiellement la Ville. On aurait aussi préféré un tracé passant par la haute-ville, mais le maire Labeaume tient mordicus à ce qu'il passe sur Charest. On sourcille, mais on fait avec.

En mars 2016, le gouvernement du Québec sort de sa torpeur et finance enfin la création du bureau de projet après des mois de retard. En mai 2016, on nous laisse croire que la moitié du trajet pourrait être mis en service dès 2022, soit trois ans plus tôt que l'échéancier initialement prévu. Mais, oh surprise, le ministre des Transports, Laurent Lessard, décide bêtement de calmer les ardeurs de tout le monde en déclarant le mois dernier qu'il était toujours prématuré de parler d'une mise en service accélérée. Remplacez ici le mot «SRB» par «autoroute» et le ministre se serait tout simplement tu. Soupir. L'amour inconditionnel du ministère des Transports pour le bitume et l'automobile, quand tu nous tiens! 

Que cela ne tienne. Les maires Labeaume et Lehouillier semblent toujours déterminés à faire avancer le projet de SRB, d'autant plus qu'ils ont obtenu l'appui public du milieu des affaires de la région. La Chambre de commerce et d'industrie de Québec et l'Institut de développement urbain réclament même des élus qu'ils enterrent le fameux projet du troisième lien. Moment de réjouissance.

Mais voilà qu'Anne Guérette, désormais prête à tout pour accéder à la mairie (ce qui passe inévitablement par des gains chez l'électorat des automobilistes purs et durs), affirme publiquement à l'aube de son élection par son parti que le SRB «n'est pas le bon projet» et annonce qu'elle allait tout stopper pour «qu'on prenne un temps» et qu'on y réfléchisse. Double soupir. Autrement dit, on ne fera encore rien sur le plan du transport collectif à Québec pour les 15 prochaines années si elle est portée au pouvoir. Dans une fabulation qui trahit sa méconnaissance du domaine du transport, elle laisse même entendre qu'elle serait ouverte à plancher sur un métro pour Québec. Misère. 

Ce qui nous amène finalement à Gilles Lehouillier. Le maire de Lévis avait depuis le début appuyé le projet de SRB, souhaitant même ardemment qu'il se réalise plus rapidement et avouant du même souffle ses bienfaits: protection de l'environnement, développement durable et meilleure fluidité de la circulation. Sauf qu'en prenant connaissance des résultats d'un récent sondage, qui révèle que les Lévisiens sont de plus en plus frustrés par la congestion - qu'ils créent eux-mêmes - et qu'ils n'appuient le SRB qu'à hauteur de 54%, il se dit maintenant ouvert à un référendum sur le SRB pour de toute évidence s'éviter les foudres de ses électeurs, majoritairement automobilistes.

D'accord pour bien expliquer le projet à la population, mais pourquoi le soumettre à un référendum? Soumet-on les projets autoroutiers à un référendum? On ne doute pas que M. Lehouillier soit toujours en faveur du SRB, mais pourquoi saboter de façon électoraliste la crédibilité du projet en invoquant la possibilité d'une consultation référendaire?

Un mot: abracadabrant. Premièrement, toute cette hésitation des élus municipaux ne saura guère impressionner les instances ni provinciales ni fédérales; ce sont pourtant elles qui tiennent les ficelles du financement. Deuxièmement, et surtout, ce manque de volonté ferme ne fait que retarder l'entrée de la grande région de Québec dans le 21e siècle des transports, comme le font pourtant aujourd'hui de nombreuses villes d'Amérique du Nord et d'ailleurs.

Combien de temps encore continuerons-nous de miser futilement sur toujours plus de routes, toujours plus de congestion à coups de milliards de dollars littéralement gaspillés? Après près de deux décennies de discussions, d'études, de voyages techniques, de déclarations, d'annonces et de demi-promesses, pouvons-nous avoir le courage de nos convictions?

Pouvons-nous avoir l'honnêteté intellectuelle et politique d'admettre que la seule solution viable et durable à la congestion passe inévitablement par une offre diversifiée de modes de transport, laquelle doit être soutenue par une infrastructure lourde de transport en commun? Pas demain, aujourd'hui. 

Bruno Falardeau, natif de Québec

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