Une quête de transparence plutôt opaque

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Quand les guerres de prix auront favorisé la sélection des pharmacies postales et des pharma-usines au détriment de la pharmacie de quartier, qu'adviendra-t-il du professionnel de la santé autrefois connu pour son accessibilité?

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La saga de l'acharnement du gouvernement contre les pharmaciens continue et l'on touche peu à peu aux «vraies affaires». Le rêve des milliardaires des assurances privées est en voie de devenir réalité: obliger les pharmaciens à détailler les marges bénéficiaires sur les factures.

Certaines ont déjà pris de l'avance et recommandent déjà à leurs clients d'aller chez tel ou tel entrepôt pour leurs médicaments parce que ça va coûter quelques dollars de moins. Tranquillement, vous y serez sûrement contraints, car ils ne paieront qu'à hauteur de ce que charge telle ou telle pharmacie postale.

Peut-on craindre des prix abaissés artificiellement grâce à des ristournes pour tuer la compétition à moyen terme? Difficile à dire, on verra bien. Une chose est sûre, le grand perdant, c'est vous. Le grand gagnant, vos assurances. Des milliardaires qui vont faire encore plus de milliards sur le dos de la population et des PME, c'est quasiment devenu banal.

Grâce au gouvernement actuel, les assurances privées n'ont déjà plus à couvrir complètement les médicaments originaux et peuvent se limiter au prix du générique (comme l'assurance publique, disent-ils). Évidemment, pour bon nombre d'assurés, cette grande économie pour l'assureur ne semble pas avoir été suivie d'une baisse des primes d'assurance... Sans compter que si les assurances privées veulent couvrir ce que l'assurance publique couvre, ne devrait-on pas payer un prix équivalent à celui au public? Surtout que l'assurance privée couvre principalement les travailleurs (plus jeunes, moins de problèmes de santé) et que les personnes âgées dont les besoins sont plus importants sont principalement avec l'assurance publique...

Aujourd'hui, ceux qui nous gouvernent pensent qu'il est nécessaire que les pharmaciens détaillent leurs marges bénéficiaires sur les reçus, mais, étrangement, pas les assureurs. Vous avez le droit de savoir combien le petit pharmacien du coin fait comme profit, mais comment oseriez-vous vous questionner sur le profit des géants de l'assurance? Pourtant, c'est bien la somme des deux qui sort de vos poches... Transparence à géométrie très variable, il faut croire.

Un service de qualité a un coût. Donner le droit à ces compagnies privées de déterminer quelle qualité de soins vous devriez avoir, est-ce raisonnable? Ce n'est pas comme si ces assurances étaient bon marché, on s'entend. Quand les guerres de prix auront favorisé la sélection des pharmacies postales et des pharma-usines au détriment de la pharmacie de quartier, qu'adviendra-t-il du professionnel de la santé autrefois connu pour son accessibilité? Qui pourra vérifier si vos étourdissements sont reliés à votre pression, glycémie ou votre nouveau médicament? 

Qui pourra vérifier comment vous prenez vos pompes et détecter les nombreuses erreurs si communes et qui réduisent l'efficacité de votre traitement? Qui pourra vous dire si les symptômes que vous décrivez sont une indication d'aller à l'urgence ou si l'on va attendre un peu et faire le suivi de la situation? Qui aidera à éviter des hospitalisations coûteuses et organiser la prise hebdomadaire, voire quotidienne, des traitements du patient qui parfois ne pourrait rester chez lui autrement? Votre pharmacien ne sera probablement plus accessible pour vous conseiller parce qu'il faudra qu'il soit rentabilisé à vérifier à la chaîne un gros volume de paniers de médicaments et que son rôle de conseiller est, quoique crucial pour la société, très peu rémunéré. Vous devrez alors possiblement vous résoudre à enrichir les cliniques privées qui donnent rarement des consultations gratuites... Mais n'ayez crainte, vos assurances auront sûrement un autre beau petit plan à vous proposer, directement coupé de votre salaire.

Les profits de l'assureur

Pourquoi ne pas demander aux assurances de dévoiler leurs profits sur les factures remises au client? Pourquoi ce refus de transparence de la part du gouvernement alors que l'assurance médicament est obligatoire par la Loi? Pourquoi ceux qui demandent une soi-disant transparence au pharmacien n'ont-ils pas l'obligation de l'appliquer pour eux-mêmes?

Serait-ce parce que si vous voyiez combien la multinationale d'assurance gagne, elle qui n'est ni accessible, ni locale, ni utile pour votre santé, vous comprendriez que votre pharmacien de quartier est précieux et que c'est lui et sa PME qu'il faut sauver avant qu'il ne soit trop tard? Serait-ce parce que la prochaine fois que votre assurance essaierait de vous convaincre d'opter pour une pharmacie postale qui leur coûterait moins cher, vous seriez sans doute assez conscientisés pour appeler et porter plainte contre un dirigisme qui met en danger votre accès à des soins de qualité? Serait-ce parce que la cible réelle c'est vous, le futur patient qui devra enrichir le privé dans un système où l'on a veillé à détruire tout ce qui fonctionnait dans la première ligne en santé?

Nos choix d'aujourd'hui façonneront le type de soins que nous aurons demain. Choisissons bien.

Sarah Fizazi, pharmacienne, Montréal

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