La gestion des risques sanitaires dans un monde contaminé

Depuis 2012, les résidents se plaignent de vagues... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

Agrandir

Depuis 2012, les résidents se plaignent de vagues d'odeurs de solvant et de symptômes divers (nausées, maux de tête, irritation des voies respiratoires, étourdissements) liés aux émanations de COV provenant de l'usine de peinture Anacolor.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
Le Soleil

À Québec, les controverses sanitaires ont une existence permanente dans l'espace public : eau contaminée au TCE à Shannon, crise de la légionellose au centre-ville, poussière métallique aux alentours du port de Québec et composés organiques volatils (COV) à Cap-Rouge. Ces problèmes et leurs conséquences alimentent des contestations citoyennes, forçant dans la foulée les autorités publiques et les gouvernements à enrichir non seulement leur arsenal d'instruments techniques, mais aussi leurs discours.

La situation que vivent des citoyens de Cap-Rouge a fait la manchette à plusieurs reprises dans les derniers mois. Depuis 2012, les résidents se plaignent de vagues d'odeurs de solvant et de symptômes divers (nausées, maux de tête, irritation des voies respiratoires, étourdissements) liés aux émanations de COV provenant de l'usine de peinture Anacolor, située à 750 mètres de l'école primaire Marguerite-D'Youville et à un kilomètre du Centre de la petite enfance Polichinelle.

Au cours des dernières années, la production de l'usine a connu une croissance importante. Pendant cette période, trois campagnes de mesures des COV ambiants ont été menées. Il s'avère que 5 des 23 substances caractérisées lors de l'échantillonnage ont un potentiel cancérigène.

En septembre, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) a demandé à Anacolor de réduire ses émissions polluantes de 90 % et donnait à l'usine cinq mois pour agir. Le 30 septembre, l'entreprise déposait une contestation des conditions d'exploitation de son usine au Tribunal administratif du Québec.

Samedi dernier, on apprenait que la Direction de santé publique (DSP) de la Capitale-Nationale avait récemment produit un avis concernant les odeurs émises par Anacolor à Cap-Rouge. La DSP demande aux enseignantes et aux éducatrices du CPE Polichinelle que «les enfants qui fréquentent les milieux d'enseignement et de garde réintègrent les bâtiments lorsqu'il y a perception d'odeurs inhabituelles à l'extérieur». La DSP souligne également la nécessité que les incidents soient rapportés «aux représentants du MDDELCC en spécifiant l'heure de l'incident, la durée et les malaises et symptômes ressentis».

L'avis de santé publique produit par la DSP est un exemple de gouvernement du risque par l'adaptation [Soraya Boudia et Nathalie Jas, Gouverner un monde contaminé : les risques techniques, sanitaires et environnementaux, 2015]. Dans un tel mode d'action, «il ne s'agit plus de travailler à supprimer la catastrophe, mais de reconnaître son caractère inéluctable et de préparer les individus en leur donnant les outils qui doivent leur permettre de réduire eux-mêmes l'impact de la catastrophe à venir, ses conséquences immédiates comme à plus long terme» (p.393).

Certes, l'avis de la DSP vise à outiller la population afin qu'elle gère son exposition aux produits toxiques présents dans l'air, mais il transfère aux enseignantes et aux éducatrices une partie cruciale de la gestion du danger de la toxicité atmosphérique pour la santé des enfants. De nombreux citoyens sont perplexes vis-à-vis de ce rebrassage des responsabilités. De quelles ressources les enseignantes et les éducatrices disposent-elles pour évaluer adéquatement les risques auxquels s'exposent les enfants jouant dehors à tel ou tel moment de la journée? Du point de vue de la recherche menée sur les controverses sanitaires et environnementales, l'avis de la DSP transforme le territoire touché par les émanations de l'usine Anacolor en un laboratoire en plein air où s'expérimentera l'organisation du «vivre avec des contaminants atmosphériques».

La situation n'est pas réglée pour autant et la mobilisation des Carougeois permet de comprendre que les résidents n'acceptent pas de vivre dans un environnement dont le caractère intrinsèquement dangereux semble reconnu (et normalisé) par les autorités publiques, gouvernementales et industrielles.

Chantal Pouliot, Ph. D., Professeure titulaire, Faculté des sciences de l'éducation, Université Laval

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer