Les piluliers sont victimes de leur succès!

Le ministre Barrette a fait une sortie surprenante dernièrement sur les coûts... (Archives La Presse)

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Le Soleil

Le ministre Barrette a fait une sortie surprenante dernièrement sur les coûts élevés des piluliers. Il aimerait couper ce service pour nos aînés et pour le maintien à domicile de 40 %.

La vérité est que le pilulier est un outil essentiel pour la santé des patients. Avez-vous déjà pris des médicaments? Pour n'importe quel citoyen, prendre plusieurs médicaments, que ce soit 4, 8 ou 12, avec des posologies différentes est un véritable défi. 

Le gouvernement le sait très bien d'ailleurs. En 2013, le Règlement sur les conditions d'obtention d'un certificat de conformité et les normes d'exploitation d'une résidence privée pour aînés a rendu son utilisation obligatoire s'il n'y a pas de personnel infirmier 24heures sur 24 : «[Le] personnel ne peut administrer de médicaments prescrits et prêts à être administrés que conformément à l'article 39.8 du Code des professions (L.R.Q., c. C -26) ou à un règlement pris en vertu de l'article 39.9 de ce code.» Sans pilulier et en l'absence de personnel infirmier, une préposée sans formation adéquate devrait jongler avec plusieurs centaines de flacons de pilules quatre fois par jour...

Plusieurs facteurs contribuent à l'augmentation de l'utilisation des piluliers, dont le vieillissement de la population et la désinstitutionnalisation. En 2001, quelqu'un qui prenait huit médicaments était considéré comme très sévèrement malade. Alors que maintenant, beaucoup de patients prennent huit médicaments et plus par jour.

L'évolution de la pharmacothérapie et la complexification des traitements sont aussi des facteurs. Cela permet de traiter de nouvelles pathologies que l'on ne traitait pas avant ou qui demandait une hospitalisation. 

Le ministre doit reconnaître que les coûts des piluliers diminuent les coûts du système de santé en diminuant les hospitalisations reliées aux erreurs médicamenteuses. Le ministre ne semble pas le prendre en compte. Est-ce parce qu'il s'agit d'enveloppes budgétaires différentes ou parce que s'attaquer aux pharmaciens propriétaires est plus simple? C'est si facile de mettre la faute sur les pharmaciens qui font trop de piluliers! Pourquoi les fait-on? C'est tout simplement pour préserver la sécurité de nos patients, parfois confus ou inobservants.

Selon une étude canadienne, 1 visite sur 9 à l'urgence est liée aux effets indésirables des médicaments et 68 % d'entre elles auraient pu être évitées par un meilleur encadrement au moment de la prise de médicaments. Même lorsqu'un patient possède toutes les connaissances nécessaires, il arrive parfois qu'il rencontre certains obstacles : un nombre de prises de médicaments élevées, une difficulté à manipuler le comprimé ou la capsule, une tendance à oublier d'en prendre et une difficulté à intégrer l'administration du médicament dans l'horaire de la journée. La préparation intégrée des médicaments par jour et heure de prise par un pilulier est une solution parfaite à toutes ces situations.

Savez-vous que 20 % des hospitalisations sont dues à une mauvaise prise de médicaments? Savez-vous combien coûtent approximativement les frais d'hospitalisation à l'État? On dit que c'est beaucoup d'argent, mais combien au juste? En faisant une recherche rapide en ligne, vous trouverez probablement ces chiffres publiés sur la page de l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. On parle de 3267$ par journée d'hospitalisation, 697,47$ pour une visite à l'urgence, 11 019 $ pour une journée aux soins intensifs... 

Dans l'entente que l'AQPP avait signée avec le ministre d'avant, il est mentionné que lorsque les honoraires des piluliers dépassaient le 25 % des honoraires, les deux parties allaient s'asseoir et réviser le mode de rémunération! Or il n'y a pas eu de discussion, le ministre actuel décide unilatéralement de récupérer nos honoraires, car nous sommes rendus actuellement à 33 % des honoraires pour les piluliers.

Pourquoi s'en tenir à ce chiffre arbitraire de 25 % visiblement sous-estimé il y a 10 ans? Quelles en sont les bases? On en trouve aucune, ni du côté de l'AQPP ni du côté du MSSS. Mais le ministre affirme que c'est l'entente signée et qu'elle doit donc impérativement être respectée, sinon que vaudrait une signature?

Rappelons de l'AQPP a signé une entente avec le ministre en 2015 et que ce dernier a renié unilatéralement l'entente par la suite. Et cela, bien que les pharmaciens ont respecté leur part du contrat et que les remboursements ont été prélevés dans l'ensemble des pharmacies.

Les médecins ont eu des dépassements d'enveloppes de 400 millions $ eux aussi, mais ils n'ont pas eu à les rembourser contrairement aux pharmaciens. Le ministre a affirmé publiquement : «On ne peut pas leur reprocher de travailler plus.» Visiblement, ce discours ne s'applique pas de façon uniforme.

Le ministre insinue que les pharmaciens font grimper la mise de la médication en pilulier pour des motifs pécuniaires! Dans les faits, une fois déduits le coût de la main-d'oeuvre et les frais de matériels, la marge de profit reste mince. La motivation réelle des pharmaciens est de venir en aide à leurs patients. 

Mais qu'arriverait-il si les pharmaciens remettaient les médicaments en flacon aux patients vulnérables? Petit calcul. Admettons qu'on change 150 000 patients (il s'agit d'un chiffre arbitraire qui ne sert qu'à illustrer cette démonstration) servis en pilulier à un service en flacon.

Avec pilulier :

- 150 000 clients à 7 médicaments en moyenne

- Renouvellements x 52 semaines 

- Honoraire : x 4 $ 

- Total : 218 400 000 $ d'honoraires (cela ne compte pas le prix coûtant du médicament) 

Sans pilulier :

- 150 000 clients 

- 7 médicaments par mois 

- 150 000 x 7 x 8 $ honoraire x 12 mois : 

- Total : 100 800 000 $

Le différentiel est de 117 600 000 $. Et si tous les gens vont a l'hôpital pour une seule journée de plus par année : 150 000 x 3267 $ = 490 050 000 $ en dépenses.

Qui seront les grands perdants? Les patients, le gouvernement et nous tous les contribuables! M. Barrette et M. Couillard devront suivre un cours de comptabilité 101 et c'est urgent! Les piluliers et les services pharmaceutiques ne sont pas des dépenses, ce sont des investissements.

Thina Nguyen, pharmacienne de Montréal

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