Fidel Castro, Justin Trudeau et la liberté d'expression

Des centaines de milliers de Cubains massés le... (AP, Dario Lopez-Mills)

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Des centaines de milliers de Cubains massés le long de cordons de sécurité ont agité des drapeaux au passage du convoi transportant les cendres de Fidel Castro, mercredi.

AP, Dario Lopez-Mills

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Point de vue
Le Soleil

Monsieur Trudeau, dans notre pays démocratique où il y a la liberté d'expression, j'ai l'impression que vous ne continuez pas à exercer cette liberté en raison des commentaires défavorables émis sur votre déclaration faite après le décès de Fidel Castro.

Il est vrai que vous êtes chef d'un pays, mais tous les Canadiens connaissent les liens d'affection et d'amitié entre Fidel et votre père, liens que vous aviez aussi. Vous avez parlé avec votre coeur à l'annonce du décès de Fidel, et c'était bien. Je crois que vous n'auriez pas dû écouter ceux qui ne tolèrent pas les expressions du coeur, car, à mon avis, le chef d'un pays doit pouvoir parler avec son coeur. Après votre première déclaration, vous avez dit que Fidel était un dictateur : bien! Cependant, que vous n'alliez pas aux funérailles de ce grand homme, c'est vous contraindre à ne pas suivre votre coeur et à renoncer à exercer votre liberté d'expression. Fidel est venu aux funérailles de votre père, et je crois que vous devriez lui rendre la pareille, soit être présent à ses funérailles. 

J'indique ici ce que je pense de Fidel et, à la fin, j'aurai un message pour vous, Monsieur Trudeau. Fidel était un grand homme! Cuba est une société qui ne ressemble à aucune autre dans le monde. Dans cette société, ont été mises de l'avant les plus belles valeurs : accès à des soins de santé, à la culture, à l'éducation; partage, etc. Oui, depuis la chute de l'URSS, la situation économique à Cuba est difficile, en partie en raison de l'embargo imposé par les États-Unis, embargo qui est toujours en place. Oui, Fidel a fait des erreurs, mais, en comparaison de ce qu'il a fait de bien, ce ne sont pas les erreurs qui pèsent le plus lourd dans la balance. 

Du temps de Batista, les casinos, la prostitution, etc., fleurissaient à La Havane. Quelques Cubains, acoquinés avec les Américains, étaient riches, mais c'était l'infime minorité de la population. Avant la révolution menée par Castro, la majorité des Cubains vivaient dans une extrême pauvreté, n'avaient pas de logement décent, pas suffisamment à manger, pas de soins de santé, pas de système d'éducation. N'eût été Fidel, Cuba serait actuellement dans la même situation que la plupart des pays de l'Amérique latine, soit une majorité de gens, dont des enfants, qui vivent dans des conditions misérables (parfois dans des dépotoirs, sur des détritus), des gens n'ayant pas accès à l'éducation, à la culture, des gens ayant à faire face à la violence, des adultes et des enfants qui meurent, faute de soins de santé gratuits. 

Je parle ici de pays qui sont des «démocraties», mais qui ne se préoccupent pas du bien du peuple. J'aurais voulu qu'il y ait plus de liberté d'expression à Cuba, car, pour moi, c'est une valeur importante. Cependant, je ne peux pas me limiter à cette valeur, si importante pour moi, lorsque j'analyse une société.  

Je vois la réalité, ainsi que les enseignements du passé, qui me permettent de savoir ce qui se passe lorsqu'un leader de gauche est au pouvoir, ou pourrait prendre le pouvoir. Je n'ai pas oublié Allende et le coup d'État du 11 septembre 1973 au Chili. Le socialiste Allende, qui voulait une société juste pour son peuple et qui ne voulait pas restreindre la liberté d'expression, a été assassiné lors d'un coup d'État fomenté par les Américains (je sais : Allende s'est donné la mort lors de l'assaut du palais de Modena, mais il ne l'aurait pas fait s'il avait pu mener à bien sa révolution). 

Lorsqu'un dictateur est de droite et qu'il massacre son peuple, il n'est pas souvent inquiété par les États-Unis et les autres puissances occidentales. J'aimerais qu'il n'y ait aucun manque dans une société, mais, à choisir entre les manques de la société cubaine et, par exemple, ceux de la société syrienne, je choisis le Cuba de Castro. Je crois que les Syriens, qui se font massacrer par El Assad sous le regard des puissances mondiales, aimeraient mieux un dictateur comme Fidel plutôt qu'un dictateur comme El Assad. Oui, Fidel était un dictateur, mais ce qu'il a apporté à son peuple est exceptionnel. 

Un dernier mot pour Justin Trudeau au sujet des funérailles de Fidel : «Que dirait votre père, s'il était vivant?»  Peut-être dirait-il : «Envoie promener ceux qui t'empêchent de faire ce que ton coeur te dicte. Va aux funérailles de Fidel.» Je sais que vous n'oserez pas y aller, ce qui démontrera qu'une personne, même aussi haut placée que vous, subit des conséquences en raison d'une opinion qu'elle a exprimée. Vous l'aurez appris à vos dépens, Monsieur Trudeau : il ne fallait pas dire trop de bien de Fidel, mais il fallait dire qu'il était un dictateur. Vous ne vivez pas à Cuba, mais, vous le savez maintenant, au Canada, l'expression d'une opinion peut entraîner des conséquences fâcheuses. D'autres personnes ont vécu cela avant vous et les conséquences ont été parfois catastrophiques. 

Me Huguette Gagnon, avocate à la retraite, Lévis

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