Quel avenir pour Radio-Canada?

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Selon l'auteur de la lettre, BBC a démontré un sens entrepreneurial hors du commun qui, à la faveur des changements apportés il y a une dizaine d'années par le gouvernement britannique, a littéralement propulsé le système audiovisuel du pays, et du fait même sa culture, vers une domination du marché mondial.

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Point de vue
Le Soleil

C'est reparti. Plutôt mal, de fait. Car le sujet, politisé et fortement teinté par les aspects les plus délirants des médias sociaux, nous amène à examiner l'avenir des nos médias audiovisuels dans une perspective tout ou rien. Un débat pour les «zoufs» (dixit Guy A. Lepage), en noir ou blanc. Et pourtant, les enjeux véritables se situent bien au-delà de la sempiternelle rivalité entre télévision publique et privée.

Les positions se dessinent donc entre, d'un côté, le démantèlement de la Société Radio-Canada et, de l'autre, la majoration de la subvention de l'État de plus de 300 millions de dollars par année. Puisque nos gouvernements sont à l'oeuvre pour dessiner les politiques culturelles à l'ère du numérique, nous devrions avoir droit à un éclairage plus sérieux et plus complet des défis qui attendent les contenus de nos écrans. 

Ce n'est pas la négation de la contribution culturelle de Radio-Canada, ni la réduction de son mandat, ni l'ajout annuel de 300 millions $ à la subvention de la société d'État, ni le retrait virtuel des groupes privés d'une bonne partie de leurs obligations, qui vont dynamiser à nouveau notre système audiovisuel et le rendre plus performant, culturellement parlant.

Puisqu'il provient d'une institution phare du paysage audiovisuel, le plaidoyer de Radio-Canada mérite qu'on y prête plus d'attention. En faisant référence à l'expérience de la BBC, mère de toutes les télévisions publiques, la SRC a surpris cette semaine en faisant part de son désir d'abandonner le recours au financement par la publicité. Le coût pour les contribuables? 300 millions $ de plus chaque année. Une bagatelle, quoi.

Mais qu'en est-il de l'exemple de la BBC? Il faut avoir été un témoin attentif de la reconduction de sa «charte» l'année dernière pour saisir l'aspect ambivalent de son rôle au sein du système britannique. D'abord, la BBC a fait l'objet de réductions successives des redevances versées par l'État et elle a dû se résoudre à réduire son offre de services et fermer au moins une chaîne. Elle a dû essuyer aussi les charges parfois virulentes des télévisions privées qui l'accusaient... de concurrence déloyale. Il faut savoir que BBC, tout aussi culturelle qu'elle soit et exempte de publicité, a lancé The Voice en Angleterre et l'a maintenue à son antenne plusieurs saisons. Idem pour Dancing With The Stars et Strictly Come Dancing.

Mais ce qui caractérise davantage la BBC, c'est son modèle de financement à l'extérieur de la Grande-Bretagne. Le tiers de ses revenus ne provient pas de l'État, mais bien d'activités de production et de distribution internationale. BBC a démontré à cet égard un sens entrepreneurial hors du commun qui, à la faveur des changements apportés il y a une dizaine d'années par le gouvernement britannique, a littéralement propulsé le système audiovisuel du pays, et du fait même sa culture, vers une domination du marché mondial. Voilà la véritable source d'inspiration pour nos gouvernements et les dirigeants de groupes de radiodiffusion.

Radio-Canada a aussi prétendu que l'abandon de la publicité sur ses antennes sortira les télévisions privées du marasme dans lequel elles s'enfoncent. Rien n'est moins sûr, si on se fie à l'expérience française. L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, avait ordonné le retrait de la publicité sur les écrans de France Télévisions en période de haute écoute, ce qui n'a pas soustrait le groupe rival TF1 à des déboires chroniques. Les transferts ne sont pas automatiques. La cohabitation publique-privée n'est peut-être pas le meilleur instrument d'un ordre concurrentiel sain et stimulant, mais il est tout aussi périlleux de l'affubler de tous les maux. Les diffuseurs privés devraient réfléchir avant de sauter pieds joints sur cette planche de salut, potentiellement un mirage.

Mais de quoi notre télévision a-t-elle vraiment besoin pour survivre aux défis de l'avenir? D'abord que les investissements publics soient maintenus certes, mais qu'ils soient davantage dirigés vers les secteurs pouvant faire une différence. 

Il faut réfléchir autrement à l'avenir de notre télévision. De «secteur mou» qu'elle est devenue du point de vue économique, avec des incidences évidentes sur le plan culturel, la télévision a besoin d'un choc thérapeutique. Les aspects fondamentaux à privilégier touchent à la création, à l'innovation, au financement, à l'exportation, et à la mise en place de modèles plus entrepreneuriaux. 

D'abord investir dans la création. Ça adonne plutôt bien, nous excellons dans ce domaine. Nos créateurs sont parmi les plus brillants et les plus prolifiques de la planète. Il faut fournir à nos créateurs des occasions nouvelles et améliorées de se faire valoir ici, mais aussi, et beaucoup, à l'étranger. C'est la base de tout.

Puis il faut revoir la conception de notre modèle économique et industriel. Mobiliser l'entrepreneuriat, construire des entreprises fortes, innovantes et ambitieuses. C'est malheureux à dire, mais nos entreprises souffrent d'un niveau de dépendance trop élevé par rapport à l'argent public, plus susceptible de briser les élans que de les stimuler. Il ne s'agit pas de le retirer, bien au contraire, mais s'assurer qu'il travaille de pair avec les capitaux privés.

Ensuite, création doit rimer davantage avec innovation et ambition. L'expression est un peu galvaudée, mais notre télévision doit sortir de son habituelle zone de confort et revendiquer le monde. Il y a une limite à être le dernier des Mohicans. Le Canada fait figure de parent pauvre dans le domaine de l'exportation de ses produits audiovisuels. Notre posture mentale doit évoluer et s'inspirer de celle qui prévaut dans des zones comme la Scandinavie, la Hollande, Israël, la Turquie, la Corée du Sud et même la minuscule Islande, engagées avec conviction depuis longtemps dans l'économie mondiale. 

L'occasion est propice. Nous sommes invités à réfléchir aux principes et objectifs de la refonte de nos politiques culturelles. Évitons les pièges de la répétition des modèles anciens et désuets. Placer la création au coeur de nos politiques, stimuler l'esprit entrepreneurial, encourager l'innovation, imaginer de nouvelles alliances, accroître le financement privé, particulièrement en provenance de l'étranger, rejoindre les consommateurs là où ils sont, sont des ingrédients qui, bien dosés, devraient rendre l'avenir plus lumineux.

André Provencher, Ancien dirigeant d'entreprises médias et ex-président et éditeur du Soleil

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