Entre la colère et le dégoût: sombre année pour les femmes

Pour les femmes qui, sur leur lieu de travail, dans des lieux publics, dans... (Archives La Presse)

Agrandir

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
Le Soleil

Pour les femmes qui, sur leur lieu de travail, dans des lieux publics, dans plusieurs institutions de haut savoir au Canada ou ailleurs, ont été victimes d'actes allant de propos dégradants ou gestes déplacés voire obscènes, à agressions sexuelles. Auxquelles dans certains cas on offre la «justice réparatrice», soit une discussion entre les personnes concernées pour qu'elles règlent leurs problèmes, tandis que le plus souvent, on tergiverse, on invoque le tort fait à l'accusé qui a une femme, des enfants, une famille, en négligeant le fait que la victime d'une agression a, elle aussi, une famille, un milieu de vie et elle aussi subira le poids de la suspicion avec, en prime, les reproches et les insultes si elle ne peut présenter une preuve en béton.

Pour les femmes des Premières Nations du Canada, dont on sait qu'au moins 1200 ont disparu depuis les années 80 sans que les gouvernements ne réagissent, il aura fallu plus de 30 ans pour qu'enfin soit créée une Commission d'enquête qui pourra tout au plus faire un constat et n'aura aucune possibilité de faire rouvrir des enquêtes ou d'ordonner des correctifs; cela en dépit des 93 recommandations du rapport Vérité et réconciliation, dont très peu ont été mises en pratique.

Pour les femmes autochtones de Val-d'Or qui allèguent avoir subi des sévices et des abus de la part de policiers, en principe là pour protéger. Au Québec, pas question de Commission. Après un an d'enquête, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) vient de décider de ne pas déposer d'accusations formelles. Cela peut paraître ahurissant, mais on conçoit que si des accusations doivent être portées, il faut des preuves solides pour les étayer. Et le DPCP a exposé les raisons qui l'ont mené à prendre une telle décision. Le fait entre autres que dans nombre de cas on ne pouvait identifier formellement l'agresseur. Et si l'on songe au déroulement de l'affaire Ghomeshi, force est de constater qu'à défaut d'une préparation suffisamment solide de la Couronne, on a abouti à un fiasco total. Cette faille a eu des répercussions dévastatrices. Cela a ravivé, si besoin était, l'idée préconçue que les accusatrices dans cette cause en particulier étant peu crédibles, les femmes en général devaient l'être tout aussi peu et qu'elles font tout un plat de pas grand-chose. À l'heure actuelle, les femmes autochtones estiment sans doute que l'on fait peu de cas d'elles.

Devant cet affligeant constat, même les plus courageuses se poseront la question : «Si je suis agressée, est-ce que je dénonce ou pas?» «Est-ce que ça vaut la peine?» Si après avoir été meurtries, elles doivent être salies par tout un processus au cours duquel on aura tendance au mieux à douter d'elles, au pire à faire d'elles des menteuses fabulatrices, des garces en mal de célébrités. Est-ce que ça vaut vraiment la peine?

Pourtant, s'il reste un élément à retenir des déclarations du DPCP, c'est qu'il ne remettait pas en question la crédibilité des plaignantes (et plaignants), indiquant clairement que ne pas déposer d'accusations ne voulait pas dire que les faits allégués ne s'étaient pas produits et ajoutant que cela ne devait pas décourager les victimes de porter plainte.

Chose certaine en tous cas, si les femmes agressées font ce qu'on attend d'elles : se la fermer, ne pas faire de vagues, ne pas faire désordre, rien ne changera jamais. La seule possibilité de modifier les choses, c'est d'agir. Non seulement il faut dénoncer, mais il faut aussi et surtout éduquer, faire changer les mentalités. C'est une oeuvre de longue haleine qui demande courage, détermination et opiniâtreté. (...)

Il est aussi important que les femmes réfléchissent à leur rôle dans la société, à la manière dont elles veulent le tenir et aux changements que cela implique dans celle-ci.

Qu'on le veuille ou non, il existe encore un double standard entre les hommes et les femmes; le séducteur est viril et performant, digne d'admiration, la femme séduisante est une femme facile ou une putain. Qu'on voile les femmes pour les «protéger» (de qui, au fait?) ou qu'on les dévoile en leur demandant de se trémousser pour annoncer un parfum ou une marque de bière, elles sont toujours perdantes socialement. (...)

Il y a donc lieu d'exiger des gouvernements que des plans d'action allant au-delà des voeux pieux soient mis rapidement en place avec des budgets substantiels; ne serait-ce que par le retour de l'éducation sexuelle dans les écoles, pour enseigner non seulement la mécanique des relations sexuelles, mais aussi et surtout les notions de respect, de consentement et de compréhension des attentes mutuelles. (...)

Les femmes ont le droit inaliénable de disposer d'elles-mêmes. Elles ont le droit d'être libres, d'être fières de leur corps, de vivre leur sexualité comme elles l'entendent, de circuler, d'étudier, de travailler, de s'amuser, de vivre sans crainte d'être agressées. Encore faut-il que tout le monde le comprenne et l'accepte. (...)

Debout pour toutes les femmes enlevées, mutilées, violées, exploitées, marginalisées, que ce soit dans des zones de conflits ou dans nos pays riches où l'on fait si peu cas d'elles.

Debout, debout, debout!

Huguette Breton, Directrice des femmes de l'Alliance de la fonction publique du Canada, Québec

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer