Saine alimentation: levez les barrières!

J'attendais avec impatience l'arrivée du nouveau IGA dans mon quartier, tout... (Archives La Voix de l'Est)

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Le Soleil

J'attendais avec impatience l'arrivée du nouveau IGA dans mon quartier, tout près de l'intersection du chemin des Quatre-Bourgeois et de l'autoroute Robert-Bourassa. Dès que j'ai été mise au courant de son ouverture, il y a quelques semaines, je m'y suis rendue, pleine d'enthousiasme.

En arrivant près du commerce, je suis attentivement les indications pour garer ma voiture. Je me retrouve alors derrière le bâtiment, devant une barrière abaissée et une porte de stationnement souterrain fermée. Bon, j'ai dû me tromper. Je rebrousse chemin, repasse devant le IGA et suis d'autres flèches menant à un second stationnement : même scénario! Je ne fais donc ni une ni deux et mets le cap vers mon épicerie habituelle.

Quelques jours plus tard, je ne prends pas de chance et me rends au IGA à pied. Je constate à quel point l'épicerie est vaste, les allées sont larges et la variété des produits est très intéressante. Je vois alors un écriteau qui m'informe que le stationnement est gratuit pour deux heures avec 10 $ d'achats. Je m'enquiers auprès de la caissière de la manière de s'y prendre pour bénéficier de la gratuité et prends bien note que je ne dois surtout pas oublier de faire valider mon billet de stationnement quand je passe à la caisse.

La semaine suivante, je prends mon courage et mon volant à deux mains : à moi la barrière de stationnement, je suis capable! À ma stupéfaction, lorsque j'arrive à la barrière, elle est levée... C'est louche, mais je fonce.

Après avoir fait mes achats (de plus de 10 $!), je demande au caissier si c'est normal que la barrière ait été levée à mon arrivée. Il me dit qu'il ne sait pas trop, mais «qu'au pire» je n'aurai qu'à revenir le voir pour qu'il me donne un billet validé. Disons que c'est un pire qui ne me tente pas trop...Mais les étoiles sont bien alignées, la barrière est toujours levée à ma sortie. Est-ce que je suis fébrile à l'idée de revenir faire mes achats ici? Pas certaine du tout...

Cette histoire un peu longuette m'amène à vous parler de la manière dont les facteurs de notre environnement alimentaire, ainsi que la perception que nous en avons, peuvent influencer nos comportements alimentaires.

Un environnement qui influence nos choix

De plus en plus, il y a consensus sur le fait que pour engendrer une amélioration notable des habitudes alimentaires à l'échelle de la population, l'éducation et les discours santé ne suffisent pas: on a grandement besoin d'un coup de pouce de l'environnement. Dans le jargon de la santé publique, on dit que pour favoriser de meilleurs choix alimentaires, on doit rendre les environnements facilitants. En d'autres termes, on doit rendre plus faciles les choix alimentaires sains et rendre plus difficiles les choix alimentaires de moins bonne qualité. La nouvelle Politique gouvernementale de prévention en santé mise d'ailleurs beaucoup sur la modification de l'environnement alimentaire pour atteindre un de ses objectifs, celui d'améliorer l'accès à une saine alimentation.

De façon générale, lorsqu'on souhaite bonifier les caractéristiques de l'environnement alimentaire, on s'intéresse notamment à la qualité des aliments offerts, à leur accessibilité et à leur coût. Par exemple, pour l'accessibilité, on pourrait dire que l'ajout d'un supermarché dans un quartier, comme dans ma petite histoire, devrait favoriser la consommation d'aliments sains. À ce sujet, des études ont effectivement montré que dans un quartier donné, plus il y a de commerces offrant une variété intéressante de légumes et de fruits (épiceries et fruiteries), plus la consommation de ces produits frais par les résidents est élevée.

Le coût des aliments est un autre facteur qui a retenu l'attention des chercheurs. Ainsi, des études effectuées dans des cafétérias scolaires ou dans différents milieux de travail ont démontré que lorsque le prix des aliments sains était abaissé, on observait une augmentation de leur consommation. L'effet de la hausse du prix d'aliments de moindre qualité a aussi été dans la mire de certains chercheurs. Une étude longitudinale réalisée aux États-Unis a montré une relation inverse entre le prix des aliments de restauration rapide et leur consommation: un prix plus élevé entraînait une moindre fréquentation de ce type de restaurants1. L'idée de taxer les boissons sucrées est d'ailleurs soutenue par de tels résultats, couplés à ceux de certaines études ayant particulièrement ciblé ces breuvages2. À ce sujet, sachez que la proposition de taxer les boissons sucrées fait partie des stratégies qui seront explorées dans le sillage de la nouvelle politique gouvernementale.

Ne pas négliger les perceptions 

Je vous avais déjà mentionné, dans un billet précédent qui traitait de l'environnement alimentaire sous un angle différent, que la façon dont le consommateur perçoit son environnement est dans certains cas probablement tout aussi importante que les caractéristiques de l'environnement en tant que tel. Ainsi, dans les efforts visant à modifier l'environnement pour le mieux, on doit toujours considérer les perceptions des individus qui baignent dans cet environnement et ajuster les stratégies en fonction de ces perceptions.

Si on tente un parallèle avec mon histoire, on pourrait dire que même si le nouveau IGA est le supermarché le plus près de chez moi et que la variété de produits sains est au rendez-vous, tout cela n'aura vraisemblablement pas d'effet sur mes habitudes d'achat en raison de ma perception négative du facteur «stationnement». J'ai d'ailleurs l'impression que je ne suis pas la seule à avoir certaines réticences à l'égard de cette nouvelle épicerie vu le timide achalandage que j'ai pu y constater jusqu'à présent.

Mais bon, la beauté et la complexité de la chose c'est que les perceptions peuvent changer. Peut-être que cet hiver, quand il fera -30°C, je considérerai avec bonheur l'idée d'aller faire mes courses là où je pourrai utiliser un stationnement souterrain, bien au chaud et à l'abri des intempéries !

Simone Lemieux est professeure à l'École de nutrition de l'Université Laval.

Ce texte est d'abord paru sur le site «Les blogues de Contact». Pour participer à la discussion ou pour consulter les autres billets du site, rendez-vous ici: [LIEN http://contact.ulaval.ca/blogues/]. Les blogueurs conservent l'entière responsabilité des propos tenus dans leurs billets.

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