Élection de Trump: la puissance phénoménale des médias sociaux

L'élection de Donald Trump témoigne avant tout de... (photo Carolyn Kaster, archives ap)

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L'élection de Donald Trump témoigne avant tout de la montée spectaculaire du «journalisme citoyen» et de la puissance phénoménale des médias sociaux, selon l'auteure.

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Point de vue
Le Soleil

Mercredi matin. 5h am. Je suis rivée devant mon écran de télé. Les images défilent. Partout, les réactions fusent. On se pince encore, convaincu d'être au beau milieu d'un cauchemar.

Hollywood nous a habitués aux fins heureuses. Mais cette nuit, le «côté obscur de la force» a triomphé.

Les analystes se perdent en conjectures, les traits tirés par une soirée électorale qui n'en finissait plus, les sourcils froncés devant l'impossible devenu réalité. Même le futur occupant de la Maison-Blanche affiche un air ébahi, comme s'il n'arrivait pas, lui aussi, à prendre la pleine mesure de ce qui venait de se produire.

Mon fils de 6 ans s'installe à mes côtés en pyjama, les cheveux ébouriffés. Son monde à lui n'a pas bougé. «On n'écoute pas les comiques, maman?»

«Non, pas ce matin. Il s'est passé quelque chose de surprenant cette nuit mon coeur. Quelque chose d'improbable et de grand à la fois. On a élu un nouveau président aux États-Unis... mais, comment dire... il est...» Rien ne me vient. Non, au contraire, les mots se bousculent dans ma tête. Comment expliquer ce qu'on ne pouvait prédire, ce qu'on ne pouvait imaginer? Comment expliquer «cette odeur de fin du monde» qu'on nous renvoie par le truchement de la télé? Comment raconter l'inconnu, la peur que cela sous-tend et cette angoisse collective devant ce qui pourrait maintenant survenir?

«Tu te rappelles la fable de La Fontaine Le lièvre et la tortue? Tu te rappelles à quel point on ne doute pas une seconde que le lièvre va remporter la course? Tu te rappelles qu'on se moque de la tortue qui avance lentement? Eh bien, hier, aux États-Unis, c'est la tortue qui a gagné la course...» «Oh...»

Depuis des jours, on analyse et suranalyse ce qui a bien pu se produire. On dissèque l'électorat. On le compartimente. On le divise.

On parle de sa colère. De sa rancune. De sa solitude. De son refus de l'élite et de l'establishment. On s'inquiète de ce qu'il est devenu et de ce à quoi il aspire. 

On tire toute sorte de conclusions et on s'inquiète devant ce qui pourrait être un incroyable exercice de projection : le peuple américain incarne-t-il vraiment la haine, la peur, la division, le grossier, voire le grotesque? 

Mais au-delà du choc «post-Trumpatique», l'élection américaine, comme le Brexit avant elle, marque la fin d'une époque : celle de la «dictature des médias».

«W.T.F.» La une du Daily Telegraph est éloquente. Pendant des semaines et des semaines, sondeurs et analystes nous ont gavés de pronostics, démonisant «l'adversaire», cherchant à prédire, voire téléguider notre conduite et tronquant, inévitablement la réalité.

La commotion est totale. On cherche un coupable. «La révolte de l'électeur blanc» trône au sommet des faux-fuyants.

Il faut combler le vide, expliquer l'inexplicable, justifier la «dérive»... à défaut d'amorcer une nécessaire introspection.

Je repense soudainement à cet article du Figaro datant de quelques années qui parlait des médias, le quatrième pouvoir, en ces termes : «Le seul pouvoir sans contre-pouvoir»...

Visiblement, au sortir de cette course, les médias sont au tapis... nettement devancés par le «tribunal de l'opinion publique» qui a choisi, en ce 8 novembre 2016, d'occuper pleinement sa zone de pouvoir.

L'univers médiatique comme l'industrie des affaires publiques à laquelle j'appartiens ne seront plus jamais les mêmes.

Ici, l'élection récente de Justin Trudeau a nourri les échanges sur l'importance presque surréelle de l'image en politique dans un monde qui a pourtant soif de vérité et d'authenticité. Celle de Donald Trump lève le voile sur cette ligne de plus en plus mince entre information et divertissement. 

Elle témoigne avant tout de la montée spectaculaire du «journalisme citoyen» et de la puissance phénoménale des médias sociaux.

Et si la politique était devenue une business, un show de téléréalité? Et si on devenait notre propre média en déployant, en continu, un flot de commentaires et d'impressions, sans filtre et sans gants blancs. Et si on refusait le noir ou le blanc pour écrire notre propre histoire?

Et si, individuellement, tout à coup, notre opinion comptait vraiment?

Et si en cette journée du 8 novembre, on refusait de se faire dicter la suite des événements? Trump a fait le pari d'une communication à des années-lumière de la bienséance et des règles non écrites. Il a été maintes fois sous-estimé. On s'est moqué de ses ambitions.

On a ridiculisé ses aspirations. Stratège, il s'est joué des médias, porté, voire magnifié par des partisans (dont plus de 14 millions d'abonnés) qui disposent maintenant de tribunes nombreuses et d'une voix pour porter et partager son message.

À la veille d'occuper ses nouveaux quartiers, on peut parier qu'il revisitera bien plus que la décoration. Je ne serais pas étonnée de voir apparaître le «Trump Channel», chaîne télé pour suivre, en direct et en continu, les coulisses de la Maison-Blanche et tout savoir sur la gestion d'une business d'envergure planétaire des plus enivrantes ponctuée de désormais célèbre «You're fired!»

Pour les passionnés de communication, gageons que la suite sera fascinante...

Elle commandera de l'écoute, de l'ouverture, une remise en question évidente et l'humilité de renoncer au traditionnel et au prémâché... Puisqu'après tout, la tortue a gagné.

Julie-Anne Vien, Associée - Cabinet de relations publiques NATIONAL, Québec

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