Un cri du coeur

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Les pharmaciens travaillent d'arrache-pied pour surveiller la thérapie médicamenteuse et assurer l'utilisation juste et adéquate des médicaments.

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La Presse Canadienne

C'est le coeur gros que je vous écris ces quelques lignes. Ces derniers mois ont été éprouvants. J'ai peur pour mon avenir, mais surtout pour le vôtre et celui de vos proches. Je m'explique.

La profession que j'ai choisie est à un tournant majeur. Jamais autant de bouleversements se sont produits en si peu de temps. Les nouvelles des derniers jours ont été la goutte qui a fait déborder le vase.

Depuis des mois, le gouvernement libéral a décidé d'entrer en guerre contre les pharmaciens par l'entremise du ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette. Les pharmaciens sont les seuls professionnels de la santé à avoir été coupés dans leur rémunération avec la politique d'austérité du gouvernement libéral; politique qui soit dit en passant n'était aucunement justifiée selon les grands analystes financiers nord-américains. Le ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette, a renié sa signature de l'entente de principe avec l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires et a modifié les règles du jeu. Un ministre qui renie sa signature! De plus, le premier ministre Philippe Couillard ne fait aucune déclaration à ce sujet et accorde sa confiance à son ministre. Comme dit l'adage : qui ne dit mot consent. S'en est suivi un processus d'arbitrage, qui est en cours.

Où je veux en venir, c'est que le ministre en remet sur le dos des pharmaciens depuis deux semaines. Ce mépris à l'endroit de ma profession est injustifié. Comment peut-il croire que les pharmaciens sont responsables de tous les maux dans notre système de santé défaillant? Nous, les pharmaciens, travaillons d'arrache-pied pour surveiller la thérapie médicamenteuse et assurer l'utilisation juste et adéquate des médicaments. Lorsque cela est possible, nous essayons de faire le tri dans la polymédication de certains patients et enlever des médicaments qui ne sont plus nécessaires. Nous validons que les médicaments prescrits sont sécuritaires et adéquats pour vous. Nous évitons plusieurs consultations chez le médecin ou des hospitalisations soit en conseillant des mesures non pharmacologiques soit en vous recommandant des médicaments de vente libre. Souvent, nous nous faisons juste rassurants en vous disant que c'est une situation temporaire et que ça va rentrer dans l'ordre. Nous conseillons gratuitement les patients qui se présentent à la pharmacie ou par téléphone. Nous répondons même aux questions de gens qui ont été dirigés vers nous par le 8-1-1! Ironique? Nous tentons du mieux que nous pouvons, avec les moyens que nous avons, d'offrir un service rapide et de qualité. Ce n'est pas toujours facile. Certains patients se plaignent que c'est long à la pharmacie. Je peux les comprendre. Par contre, nous ne faisons pas attendre les gens de gaieté de coeur. Nous voulons juste assurer leur sécurité. Heureusement, la plupart des patients sont reconnaissants de notre travail.

Mais, je suis fatigué. Fatigué de courir partout pour continuer de servir les gens avec le sourire même s'il est rendu 20h30 et que je n'ai pas eu le temps d'aller souper encore. Fatigué de ne pas être reconnu à ma juste valeur par nos dirigeants. Je suis fatigué d'avoir l'impression que les pharmaciens doivent porter à eux seuls le fardeau de ces compressions.

Savez-vous qui va écoper de ces coupes? Nous, les pharmaciens évidemment. Mais aussi vous et votre entourage. Pour continuer à donner le même service en ayant moins d'argent, les propriétaires doivent commencer à facturer des montants ici et là pour compenser. La caissière en avant de la pharmacie risque de perdre des heures à cause des heures d'ouverture diminuées. L'attente sera plus longue partout dans la pharmacie, car le propriétaire ne pourra pas payer une deuxième caissière, il ne pourra pas engager un technicien de laboratoire de plus pour servir les patients, il devra couper des heures de commis de plancher pour servir les patients, il devra couper les heures des cosméticiennes les soirs et les fins de semaine. Les pharmaciens n'auront plus le choix de faire attendre encore plus les patients pour les servir adéquatement. Ils n'auront pas plus le temps d'accueillir les étudiants en pharmacie en stage pour les former. Ce sont donc vos emplois, ceux de votre famille, de vos frères et soeurs, parents, enfants qui sont menacés. Les 2000 pharmacies au Québec emploient environ 41 000 personnes. Ce sont des PME importantes. Depuis 18 mois, au moins 1000 emplois ont été coupés. Des pharmacies ont fermé dans de petits villages.

Je vous écris en tant que pharmacien salarié. Ce n'est pas mon entreprise, mais j'ai peur pour mon travail et pour mes collègues de tous les départements. J'ai peur pour les services que je donne à mes patients. Je devrai en faire autant, sinon plus, avec moins de moyens à ma disposition. J'ai peur que la population se rende compte trop tard du saccage qui est en train de se produire.

En tant que professionnel de la santé, je suis accessible et dévoué pour votre bien-être. Mais je suis fatigué d'être traité de la sorte par notre gouvernement. Aidez-moi à continuer à vous servir avec le sourire. Contactez vos députés, les ministres, partagez ce message : il faut que les gens réalisent que ce n'est pas seulement l'affaire des pharmaciens propriétaires, mais l'affaire de TOUS! Aidez-moi à continuer à vous aider.

Joël Lemelin, pharmacien salarié, Québec

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